1. Dans d'autres endroits, nous voyons les Juifs invoquer le
souvenir de leurs ancêtres, comme un titre pour être sauvés; ici ils font appel
à leurs mérites, et en particulier aux vertus de douceur, d'humilité, de
mansuétude, vertus qui brillèrent aussi d'un vif éclat dans Moïse. Il était, dit
l'Écriture, le plus doux de tous les hommes qui étaient sur la terre. Cependant
quelques hérétiques ont cru devoir blâmer sa conduite, et s'inscrire en faux
contre le témoignage qui lui est rendu. Comment, nous disent-ils, Moïse le plus
doux des hommes, lui qui se jeta sur un Égyptien et le mit à mort, lui qui fut
la cause de tant de meurtres et de tant de guerres parmi les Juifs; lui qui leur
ordonna de tremper leurs mains dans le sang de leurs frères ? N'est-ce pas lui
encore qui obtint par ses prières que la terre s'entr'ouvrît, et que la fondre
descendît des cieux? N'est-ce pas lui qui a submergé les uns et livré les autres
aux flammes ? Mais si c'est là être doux, que faudra-t-il faire pour être
barbare et cruel ? Arrêtez, toutes ces paroles sont inutiles. Je le dis, et ne
cesserai de le répéter. Moïse était doux, et le plus doux des hommes, et si vous
le voulez, je ne vous donnerai d'autres preuves de sa douceur que les faits
mêmes que vous objectez. Je pourrais sans doute alléguer et le langage qu'il
tint à Dieu au sujet de sa soeur, et la prière qu'il fit pour le peuple, toutes
ces paroles vraiment apostoliques et dignes du ciel, enfin la douceur avec
laquelle il traitait le peuple. Voilà des témoignages sur lesquels je pourrais
m'appuyer, ainsi que sur beaucoup d'autres encore, mais si vous le voulez,
laissons-les de côté, et prouvons que Moïse fut le plus doux de tous les hommes
par les mêmes faits que quelques-uns objectent pour établir qu'il était dur,
cruel et inhumain.
Comment démontrer cette vérité ? En distinguant tout d'abord et
en définissant bien ce qu'il faut entendre par douceur et par cruauté. Frapper
un homme n'est pas nécessairement un acte de cruauté, de même que l'épargner
n'est pas nécessairement un acte de douceur. L'homme vraiment doux est celui qui
supporte patiemment les offenses qui lui sont personnelles, mais qui prend la
défense des opprimés et se déclare le vengeur sévère de ceux qui sont victimes
de l'injustice. Celui au contraire qui ne témoigne alors que de l'indifférence,
de l'apathie, et qui n'agit pas plus que ne le ferait un mort, n'a rien de
commun avec la douceur et la mansuétude. N'avoir que de l'indifférence pour ceux
qui sont opprimés par l'injustice, n'éprouver pour eux aucune sympathie, ne
point s'indigner contre leurs oppresseurs, ce n'est pas un acte de vertu, c'est
une omission coupable; ce n'est pas de la douceur, c'est de la lâcheté. Une
preuve invincible de la douceur de Moïse, c'est d'un côté cette ardeur qui le
fait voler au secours des opprimés, cette colère qu'il ne peut réprimer, tant
est grand son amour pour la justice; de l'autre, quand on l'outrage, cette
patience qui ne lui permet ni de se venger, ni d'user de représailles et lui
fait tout supporter avec une sage résignation. Or, s'il avait été si dur et
emporté qu'on le suppose, cet homme si aident, bouillant pour la défense des
autres, aurait-il pu rester aussi calme devant les outrages qui lui étaient
personnels ? N'est-ce pas alors que sa colère n'eût point connu de bornes? Car
vous savez que nos propres offenses nous sont bien plus sensibles que les
offenses faites aux autres. Moïse, au contraire, tire vengeance de l'injustice
faite à autrui, avec autant de vivacité que ceux qui en sont victimes, et il
passe avec le plus grand sang-froid sur les offenses dont il est l'objet. Il
nous montre ainsi réunies en lui ces deux qualités opposées, une haine prononcée
contre l'iniquité et une longanimité à toute épreuve. Mais, dites-moi, que
devait-il faire ? Laisser impunis l'injustice qui se commettait sous ses yeux et
un crime qui pouvait gagner le peuple tout entier? Ce n'est point la conduite
que devait tenir le chef du peuple de Dieu. Ce n'est là ni de la patience, ni de
la longanimité, c'est de la faiblesse, c'est de la lâcheté. Vous ne songez point
à blâmer le médecin lorsqu'il retranche un membre gangrené et qui menace
d'infecter le corps tout entier, et vous accusez de cruauté celui qui par un
acte sévère a retranché un mal plus dangereux que la gangrène et qui se
répandait par tout le peuple ? C'est là un jugement souverainement inconsidéré.
Le chef d'un si grand peuple, d'une nation d'ailleurs si dure, si indocile, si
difficile à contenir, devait tout d'abord et dans le principe s'opposer au mal,
le couper dans sa racine pour l'empêcher d'aller plus avant. Vous me direz
encore : c'est à sa prière que la terre a englouti Dathan et Abiron. Que
dites-vous ? Fallait-il donc leur laisser fouler aux pieds le sacerdoce,
renverser les lois de Dieu, et détruire l'institution première et fondamentale
de leur religion, c'est-à-dire la dignité sacerdotale ? Fallait-il ouvrir le
sanctuaire à tous sans distinction , et par cette faiblesse sacrilège, laisser
renverser à qui le voudrait les barrières sacrées, et autoriser ce désordre et
le bouleversement dans les choses saintes ? Mais encore une fois, ce n'eût point
été de la douceur, mais de l'inhumanité, mais de la cruauté, que de voir d'un
oeil indifférent un mal qui prenait de si grandes proportions, et que d'épargner
deux cents hommes pour en perdre des milliers. Car enfin, dites-le-moi,
qu'aurait-il dû faire, lorsqu'il leur ordonna de massacrer leurs proches ? Dieu
était irrité, l'impiété s'accroissait de jour en jour, et rien ne pourrait les
garantir de la Colère divine. Devait-il laisser tomber le châtiment du ciel sur
toutes les tribus, livrer sa nation à une destruction générale, et s'autoriser
de ce supplice pour voir avec indifférence une faute devenue irréparable ? Ne
valait-il pas beaucoup mieux que la punition et la mort d'un petit nombre
d'hommes fit disparaître leur péché, détournât la Colère divine et rendit Dieu
propice à ceux qui avaient commis de tels crimes ? Si vous vous placez à ce
point de vue pour juger la conduite de cet homme juste, vous serez convaincu
qu'il était vraiment le plus doux des hommes.
2. Mais laissons ces considérations à méditer à ceux qui aiment
à les approfondir, et pour ne point donner à l'accessoire des proportions plus
grandes qu'au fond même de ce psaume, revenons à notre sujet. Quel était-il ?
"Souviens-Toi, Seigneur, de David et de toute sa douceur; comme il jura au
Seigneur, et en fit le voeu au Dieu de Jacob." (Ibid., 2). Le psalmiste avait
l'intention de parler de la douceur de David, il laisse donc de côté sa conduite
à l'égard de Saül, de ses frères, de Jonathas; il ne dit rien de la patience
dont il fit preuve envers ce soldat qui l'avait couvert d'outrages; il passe
sous silence beaucoup d'autres faits encore, et s'arrête sur une circonstance
qui fait ressortir le zèle ardent du saint roi. Pourquoi donc procède-t-il ainsi
? Pour deux raisons. La première, c'est que Dieu se complaît surtout dans cette
vertu. "Sur qui jetterai-Je les yeux, nous dit-Il, si ce n'est sur l'homme doux
et tranquille et qui écoute mes paroles avec tremblement ?" (Is 46,2). La
seconde, c'est que l'oeuvre la plus pressante, c'était de reconstruire le
temple, de rebâtir la ville, de rétablir leurs anciennes institutions. C'est
donc sur ce point qu'il insiste, en laissant de côté la première considération
comme évidente et avouée de tous, c'est-à-dire la douceur de David, et en
s'attachant à la seconde comme nécessaire au but qu'il se propose. Quel était en
effet le désir des Juifs ? C'était de voir leur temple reconstruit, et leurs
saintes cérémonies rétablies, or, comme David s'était surtout rendu célèbre par
son zèle pour le culte de Dieu, le psalmiste demande à Dieu la reconstruction du
temple comme la récompense de ce zèle ardent. "Souviens-Toi, Seigneur, de David
et de toute sa douceur" : il en a fait le serment au Seigneur, et le voeu au
Dieu de Jacob.
Si j'entre dans l'intérieur de la maison, si je monte sur mon
lit de repos. (Ibid., 3). Si je permets à mes yeux de dormir et à mes paupières
de sommeiller. (Ibid., 4). Si je ne donne aucun repos à mes tempes, avant
d'avoir trouvé un lieu pour le Seigneur, et un tabernacle pour le Dieu de Jacob.
(Ibid., 5)." Mais quel rapport ce zèle de David a-t-il avec vous ? Parce que je
suis descendant de David, et qu'en récompense de ce zèle qui vous fût agréable,
vous avez promis d'affermir sa race et son trône. Nous venons donc réclamer
l'effet de ces promesses. Remarquez, il ne dit pas : Avant d'avoir bâti (car
cette faveur ne lui fut pas accordée), mais : "Avant d'avoir troué un lieu pour
le Seigneur, et un tabernacle." Il ne dit rien de celui qui doit construire ce
temple, et ne parle que de celui qui a promis de le bâtir, pour vous apprendre
l'excellence d'une intention vertueuse et la récompense que Dieu accorde
toujours aux efforts de la bonne volonté. Voilà pourquoi le prophète parle ici
de préférence de David, parce que c'est lui plutôt que son fils qui a bâti le
temple. David avait promis, tandis que Salomon reçut l'ordre. Voyez quelle
sainte activité ! Non seulement il n'entrera point dans sa maison, il ne montera
point sur son lit de repos, mais il ne veut même pas jouir librement du repos
que la nature nous rend nécessaire, jusqu'à ce qu'il ait trouvé un lieu et un
tabernacle au Dieu de Jacob. N'est-ce pas le contraste que Dieu reprochait aux
Juifs, lorsqu'il leur disait : "Vous habitez dans des maisons ornées de lambris,
quand mon temple est désert ?" (Agg 1,4).
"Avant d'avoir trouvé un lieu au Seigneur, un tabernacle au
Dieu de Jacob. "Admirez de nouveau le zèle et la sollicitude extrême de David.
C'est un roi qui parle ainsi : "Avant d'avoir trouvé un lieu pour le Seigneur,
un tabernacle pour le Dieu de Jacob;" un roi qui voit tout marcher sous ses
ordres. C'est qu'il n'avait pas seulement l'intention de bâtir un temple, mais
qu'il voulait le faire dans le lieu le mieux choisi et le plus convenable à la
sainteté du temple. Il fallait donc chercher, tant son âme déployait de
vigilance. "Voici que nous 'avons ouï dire qu'elle était dans Ephrata, nous
l'avons trouvée dans les champs de la forêt." (Ibid., 6). Le prophète raconte
ici les faits anciens, et nous montre l'arche errante alors de longues années;
et changeant continullement de place. Voilà pourquoi il dit : "Nous avons appris
qu'elle était dans Ephrata," c'est-à-dire nos pères nous ont appris, et nous
avons entendu leurs récits, que l'arche après avoir erré ainsi dans les champs
et dans les campagnes, s'arrêta enfin dans une demeure certaine. Puisse la même
chose s'accomplir encore aujourd'hui ! Ephrata figure ici la tribu de Juda au
sein de laquelle l'arche fut portée après de longues pérégrinations. "Nous
entrerons dans ses tabernacles, nous l'adorerons dans le lieu où il a posé ses
pieds." (Ibid., 7). Vous le voyez, il se sert ici d'expressions matérielles et
figurées, pour s'accommoder à l'intelligence grossière de ses auditeurs, et
c'est pour cette raison qu'il leur parle du tabernacle de Dieu, de ses Pieds, du
lieu où Il a posé les Pieds. Tous ces détails ont pour objet d'indiquer
l'endroit où reposait l'arche, car c'est de là que Dieu faisait entendre ces
oracles terribles sur les destinées des Juifs, oracles qui dissipaient les
obscurités en même temps qu'ils prédisaient l'avenir. "Lève-Toi, Seigneur, pour
entrer dans ton repos, Toi et l'arche de ta sainteté." (lbid., 8). Une autre
version porte : "De ta Force." Une autre : "De ta puissance." Ces deux
interprétations sont également conformes à la vérité. L'arche était pour les
Juifs une source de sainteté, et les inscriptions qui s'y trouvaient gravées
produisaient à la fois dans l'âme la sainteté et la force.
3. Rien de plus juste que ce langage du prophète, car Dieu se
servit, non pas une ou deux fois, mais bien souvent de l'arche pour faire
éclater sa Puissance; par exemple, lorsqu'elle fut prise par les habitants
d'Azot et qu'elle renversa les idoles; quand elle frappa de mort ceux qui
avaient osé la toucher; quand son retour fit cesser le fléau qui désolait les
Philistins, et dans une foule d'autres prodiges opérés alors et où la Puissance
de Dieu paraît avec le même éclat. Mais que signifient ces paroles : "Lève-Toi
pour entrer dans ton Repos ?" C'est-à-dire, mets un terme à tes marches
errantes, que l'arche cesse d'être portée de côté et d'autre, et qu'elle trouve
enfin un lieu de repos. "Tes prêtres seront revêtus de justice." (Ibid., 9). Une
autre version porte : "Qu'ils soient enveloppés." Une autre : "Qu'ils soient
revêtus." Cette dernière version est plus claire, ce n'est point une prédiction,
c'est une prière où l'on demande à Dieu la grâce de la vertu. Cette justice
qu'il demande, c'est l'ensemble des rites sacrés du sacerdoce, du culte, des
sacrifices, des offrandes, avec la sainteté de la vie, rigoureusement exigée des
prêtres. "Et que tes saints tressaillent de joie," là où ces merveilles
s'accomplissent. Vous le voyez, il ne demande ni la reconstruction de la ville,
ni l'abondance des choses nécessaires à la vie, ni les autres genres de
prospérité matérielle, mais il ne désire que la splendeur du temple, un lieu de
repos pour l'arche sainte, la perfection de la vie dans les prêtres, les
cérémonies sacrées, le culte, le sacerdoce. Mais comme en demandant à Dieu
toutes ces choses, les Juifs étaient coupables d'un grand nombre de péchés, le
psalmiste invoque encore le souvenir de son ancêtre."En considération de David,
ton serviteur, ne repoussez pas le visage de ton Christ," (Ibid., 10). Que
signifient ces paroles : "En considération de David, ton serviteur ?" Non
seulement en considération de sa vertu, et du zèle qu'il a fait paraître pour Te
construire un temple, mais parce que nous le Lui avez promis,"En considération
de David, ton serviteur, ne repousse pas le visage de ton Christ." Quel est ce
Christ ? Celui qui a reçu l'onction sainte et qui a maintenant la conduite et le
gouvernement du peuple.
"Le Seigneur a fait à David un serment très véritable et Il ne
le trompera point. J'établirai sur ton trône le fruit de tes entrailles."
(Ibid,, 11). Après avoir invoqué le souvenir de David, sa vertu, son zèle pour
le temple, rappelé les faits d'autrefois et demandé à Dieu de faire revivre les
vertus des anciens jours, il apporte à Dieu le motif le plus déterminant, les
promesses de Dieu. Qu'avait-il promis ? "Je placerai sur ton trône le fruit de
tes entrailles." Toutefois ces promesses n'étaient point absolues, elles étaient
soumises à une condition. Laquelle ? Écoutez la suite : "Si vos enfants gardent
mon alliance, et ces préceptes que Je leur enseignerai, et que leurs enfants les
gardent aussi pour toujours, ils seront aussi sur ton trône." (Ibid., 12). Non
content de ces conventions verbales, Dieu leur en remit les titres entre les
mains et ils lui répondirent : "Nous ferons et nous écouterons tout ce que Dieu
nous a dit," (Ex 24,7). Mais une des deux parties fut infidèle à ces
conventions, le psalmiste en revient donc au sujet de son discours, et met tout
en oeuvre pour répandre la consolation dans leur âme : "Car le Seigneur a choisi
Sion, Il l'a choisi pour sa demeure." (Ibid., 13). C'est là pour toujours le
lieu de mon repos. C'est là que J'habiterai, parce que Je l'ai choisi. (Ibid.,
14). C'est-à-dire, ce n'est pas l'homme qui a choisi ce lieu, c'est Dieu
Lui-même qui l'a désigné pour condescendre à leur faiblesse. Voici donc le sens
complet de ces paroles : Tu as choisi ce lieu, Tu l'as désigné Toi-même, Tu as
jugé qu'il réunissait les conditions voulues, ne le laisse donc pas tomber en
ruine, ne le laisse pas détruire, puisque Tu as dit : "C'est là que
j'habiterai."
Mais à cette promesse se trouvaient jointes des conditions.
Quelles étaient ces conditions ? "Si vos enfants gardent mon alliance." "Je
donnerai à sa chasse une bénédiction abondante." (Ibid., 15). Une autre version
porte : "Je bénirai sa nourriture." Cette chasse est ici le symbole de
l'abondance des choses nécessaires à la vie, et de la fertilité de la terre, et
le psalmiste demande à Dieu que tous ces biens coulent abondamment sur eux. En
effet, telles étaient autrefois les conditions d'existence des Juifs. Ils ne
ressentaient aucune des nécessités temporelles, tant que Dieu leur était
favorable. On ne voyait chez eux ni disette, ni famine, ni peste, ni mort
prématurée, ni aucun de ces accidents si fréquents parmi les hommes, mais tout
coulait pour eux comme de source, sous la Main de Dieu qui suppléait Lui-même à
l'impuissance des choses humaines. Voici donc ce que veut dire le psalmiste : Tu
as promis de répandre tes Bénédictions sur sa chasse, c'est-à-dire de lui
procurer l'abondance des choses nécessaires et de lui en assurer la jouissance.
"Je rassasierai ses pauvres de pain, le revêtirai ses prêtres du salut, et ses
saints seront transportés de joie. (Ibid., 16). C'est là que Je ferai paraître
la puissance de David, J'ai préparé un flambeau pour mon Christ. (Ibid,, 17). Je
couvrirai de confusion ses ennemis, et Je ferai éclater sur lui la gloire de ma
sainteté." (Ibid., 18). Vous voyez réunis tous les éléments de la prospérité :
Ils ne manquent point de choses nécessaires à la vie, les prêtres sont en
sûreté, le peuple dans la joie, le roi revêtu de puissance. Ce flambeau, c'est
ou le roi lui-même ou la Protection divine, ou le salut, ou la lumière, toutes
choses qui emportent avec elles une prospérité incomparable, Quel est donc ce
bonheur ? C'est de voir tous leurs ennemis réduits à se cacher, sans qu'un seul
puisse les troubler dans la jouissance de ces biens. Il ne dit pas qu'ils seront
anéantis, mais qu'ils seront couverts de confusion. Il veut les forcer à se
cacher tout vivants, à s'ensevelir dans leurs retraites, et par cette triste
nécessité à rendre témoignage à la force et au bonheur du peuple juif. "Je ferai
éclater sur lui la gloire de ma sainteté." Qu'est-ce à dire sur lui ? "Sur mon
peuple." Au lieu de "sainteté," une autre version porte "force." Une autre : "Sa
distinction." Une autre : "Le caractère qui le distingue." Quel est le sens de
ces paroles ? Le psalmiste veut parler ici du bonheur, de la sécurité, de la
paix du peuple et de la royauté. Les biens que je lui ai réservés dès le
commencement, seront toujours florissants, pleins de vigueur; on ne les verra
jamais ni se flétrir, ni tomber. Ils seront immuables, mais aux conditions dont
nous avons parlé plus haut. Quelles sont-elles ? "Si vos enfants gardent mon
alliance." Les promesses de Dieu ne suffisent pas pour nous assurer ses grâces,
nous devons encore faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les obtenir, et
nous garder de les attendre dans la négligence et la tiédeur. Beaucoup de
promesses divines restent sans effet, parce que les hommes à qui Dieu les a
faites s'en rendent indignes; de même aussi que beaucoup de menaces ne sont pas
suivies du châtiment, si ceux qui avaient irrité Dieu se convertissent et
apaisent sa Colère. Instruits de ces vérités, prenons garde que les promesses ne
nourrissent en nous la négligence si nous ne voulons contribuer à notre ruine;
prenons garde que les menaces ne nous jettent dans le désespoir, mais
convertissons-nous à Dieu. Nous obtiendrons ainsi les biens éternels par la
Grâce et la Miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient la gloire
et le règne dans les siècles des siècles. Amen.
-
Jean Chrysostome