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PSAUME 120
Cantique des degrés; suivant une autre version : Chant de
l'ascension,-
"J'ai crié vers le Seigneur dans ma détresse, et Il m'a
exaucé." ,v.1.
1. Tous les autres psaumes ont des titres particuliers, ici au
contraire plusieurs psaumes se trouvent réunis sous un seul et même titre :
"Cantique des degrés;" ou suivant une autre version : "Chant de l'ascension."
Quelques interprètes leur donnent même nom le nom de degrés. Pourquoi cette
dénomination ? me demanderez-vous. À ne considérer que le point de vue
historique, c'est parce qu'il est question dans ces psaumes du retour de
Babylone et de la captivité du peuple de Dieu. Mais dans le sens anagogique ils
sont ainsi appelés parce qu'ils conduisent dans le chemin de la vertu. C'est
l'explication donnée par un grand nombre d'interprètes. En effet, le chemin qui
mène à la vertu est semblable à des degrés qui élèvent peu à peu l'homme sage et
vertueux jusqu'à ce qu'ils l'aient conduit jusqu'au ciel. D'autres, prétendent
que ce titre fait allusion à l'échelle que Jacob vit en songe et dont une
extrémité touchait aux cieux. C'est ainsi que les lieux trop élevés et qui sont
inabordables deviennent accessibles au moyen de degrés et d'échelles. Mais ceux
qui gravissent une côte élevée, arrivés à une certaine hauteur, sont
ordinairement pris de vertige; il est donc nécessaire d'affermir non seulement
ceux qui montent, mais ceux qui sont parvenus au sommet. Or, l'unique moyen de
sécurité est de ne point considérer l'espace que nous avons franchi pour en
concevoir de l'orgueil, mais de jeter les yeux sur celui qui nous reste à
gravir, et de nous efforcer d'y arriver. C'est ce que saint Paul nous enseigne
lorsqu'il disait : "Oubliant ce qui est derrière nous, et nous avançant vers ce
qui est devant nous." (Ph 3,13). Telle est l'interprétation de ce titre dans le
sens anagogique.
Revenons maintenant, si vous le voulez, au sens historique, il
a pour objet ceux qui ont été délivrés de la captivité. Quelle a été la cause de
cette délivrance ? Le désir qu'ils avaient de revoir la ville de Jérusalem.
Aussi pour ceux qui n'avaient pas ce même désir, la grâce de Dieu fut
complètement inutile, ils passèrent le reste de leur vie et moururent dans la
servitude, et le même sort nous attend si nous imitons leur conduite. Oui, si au
lieu d'être enflammés d'amour pour la céleste Jérusalem, nous restons attachés
étroitement à la vie présente, et plongés dans la fange des sollicitudes de la
terre, nous ne pourrons jamais arriver à la patrie. "J'ai crié vers le Seigneur
lorsque j'étais dans l'affliction, et Il m'a exaucé." Voyez vous à la fois
l'avantage de l'affliction et la promptitude du secours de Dieu ? L'avantage de
l'affliction qui leur inspire de faire à Dieu de saintes prières, la promptitude
avec laquelle Dieu vient à leur secours, puisqu'à peine L'ont-ils invoqué Il les
exauce. C'est ce qu'il avait fait précédemment pour leurs ancêtres dans
l'Egypte. "J'ai considéré attentivement, dit-Il, l'affliction de mon peuple,
j'ai entendu ses gémissements, et Je suis descendu pour le délivrer." (Ex
3,7-8). Vous donc, mon très-cher frère, lorsque la tribulation vous atteint, ne
vous laissez aller ni au désespoir ni à la négligence, mais redoublez bien
plutôt de zèle, car c'est alors que vos prières sont plus pures et la
bienveillance de Dieu pour vous plus grande. Faites en sorte que toute votre vie
soit une vie laborieuse et pénible, et rappelez-vous que tous ceux qui veulent
vivre avec piété en Jésus Christ seront persécutés. (cf. II Tim 3,12), et que
c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de
Dieu. (cf Ac 14,21). Ne désirez donc pas une vie molle et dissolue et ne
cherchez pas à marcher par la voie large qui ne conduit pas au ciel, mais prenez
bien plutôt la voie étroite et difficile. Voulez-vous parvenir dans les demeures
célestes ? fuyez les plaisirs, foulez aux pieds la pompe extérieure de cette
vie, méprisez les richesses, la gloire et la puissance, attachez-vous au
contraire à la pauvreté, à la componction du coeur, aux larmes, et à tous les
moyens qui peuvent assurer votre salut. Ces dispositions vous inspireront une
sécurité parfaite, et donneront des ailes à vos prières. Soyez animés de ces
sentiments, invoquez Dieu dans cet esprit, et vous serez infailliblement exaucé.
C'est ce qui fait dire au Prophète : "Lorsque j'étais dans l'affliction, j'ai
crié vers Dieu et Il m'a exaucé." Il veut vous apprendre à vous élever peu à
peu, à donner pour ainsi dire des ailes à vos prières, afin de ne point vous
laisser abattre par les tribulations, et de vous les rendre au contraire utiles
et profitables.
Le prophète Élisée, qui n'était qu'un homme, ne permit pas à
son disciple de repousser une femme qui venait le trouver : "Laissez-la lui
dit-il, car son âme est dans l'amertume." (4 R 4,27). C'est-à-titre qu'aux yeux
du prophète, son excuse et sa défense étaient son affliction. Comment donc
supposer que Dieu vous repousse si vous vous approchez de Lui avec une âme
plongée dans l'amertume ? Voilà pourquoi Jésus Christ Lui-même proclame
bienheureux ceux qui pleurent, et malheureux ceux qui sont dans la joie. (cf. Lc
6,25). Aussi commence-t-il ses béatitudes par ces paroles : "Heureux ceux qui
pleurent." (Mt 5,5). Si donc vous voulez monter ces degrés, retranchez de votre
vie tout ce qui sent la mollesse et la nonchalance, astreignez-vous à un genre
de vie sévère, séparez-vous de tous les soucis de la terre. C'est là le premier
degré; car il est tout à fait impossible de franchir ce degré et de rester
attaché à la terre.
2. Vous voyez combien le ciel est élevé, vous connaissez la
brièveté du temps, vous savez combien la mort est incertaine. Ne différez donc
point, ne tardez point d'un seul instant, mais entreprenez ce voyage avec un
zèle ardent, afin que vous puissiez monter deux, trois, dix et même vingt degrés
dans un seul jour.
"Seigneur, délivrez mon âme des lèvres injustes et de la langue
trompeuse." (Ibid., 2). Voyez-vous ici la pratique évidente de ce précepte
évangélique : "Priez, afin de ne point entrer en tentation?" (Lc 22,46). C'est
qu'en effet, mon très-cher frère, il n'y a point de tentation plus dangereuse
que d'être en butte aux attaques d'un homme trompeur. Un animal féroce est moins
à craindre, car il se montre tel qu'il est, tandis que le trompeur cache si
soigneusement son poison sous le voile de la douceur, qu'il est impossible de
découvrir ses embûches, et que vous tombez sans défiance dans la fosse creusée
sous vos pas. Aussi, le Roi-prophète ne cesse-t-il de prier Dieu de le délivrer
de ces ennemis cachés. Or, s'il faut éviter les hommes fourbes et dissimulés,
combien plus les trompeurs et ceux qui enseignent de fausses doctrines. Mais
regardez surtout comme des lèvres trompeuses celles qui cherchent à attaquer la
vertu et à entraîner dans le vice. Voilà pourquoi le Prophète demande à Dieu de
délivrer son âme, car c'est contre elle que tous les traits sont dirigés. "Quel
prix vous sera donné, quel fruit vous reviendra-t-il de votre langue trompeuse
?" (Ibid.,3). Une autre version porte : "Que vous donnera, que vous rapportera
la langue trompeuse?" Une autre : "Que vous a donné, que vous a rapporté la
langue qui est l'instrument de l'imposture ?" En s'exprimant de la sorte, le
Roi-prophète veut nous montrer toute l'étendue, comme aussi toute la laideur de
ce genre de méchanceté. Voyez en effet son indignation, sa colère même dans ces
paroles : "Que recevrez-vous, et quel fruit vous reviendra-t-il de votre langue
trompeuse ?" C'est-à-dire, quel supplice sera digne d'un tel crime ? C'est le
langage qu'lsaïe tenait aux Juifs : "Comment vous frapper encore davantage, vous
qui ne cessez d'ajouter à vos, prévarications ?" (Is 1,5); paroles qui
reviennent à celles du Prophète : "Que recevrez-vous, et quel fruit vous
reviendra-t-il de votre langue trompeuse ?" ou bien encore il veut dire que
l'homme fourbe trouve son supplice dans son crime et qu'il prévient le châtiment
qui lui est réservé par là même qu'il engendre le vice de son propre fonds. Il
n'y a point en effet de plus grand supplice pour l'âme que le vice, avant même
qu'il soit puni. Quel châtiment donc -serait digne d'un tel crime ? Il n'y en a
point ici-bas, Dieu seul peut égaler ici le châtiment à la faute. L'homme
resterait nécessairement en dessous, car ce genre de méchanceté est au-dessus de
tout châtiment. Dieu seul peut le punir comme il le mérite, et c'est ce que le
psalmiste veut faire entendre en ajoutant : "Des flèches aiguës, poussées par
une main puissante, avec des charbons dévorants." (lbid., 4). Ces flèches sont
ici le symbole du châtiment. Une autre version porte : "Les flèches du puissant
sont aiguës avec des charbons amassés." Une autre : "Avec des charbons de
genévrier," expressions métaphoriques qui ont pour but d'augmenter en nous la
crainte du supplice. En effet, cette expression, "charbons amassés," et cette
autre : "charbons de genévrier," ont le même sens. L'une fait ressortir la
multitude des châtiments, et l'autre leur intensité. La traduction des Septante
: "Avec des charbons dévorants," présente la même idée, c'est-à-dire avec des
charbons qui dévastent, qui consument, qui anéantissent. Les saintes Écritures
veulent nous représenter la Vengeance de Dieu sous ces images terribles pour
nous, de flèches et de feu. Pour moi, il me semble voir ici une figure des
peuples barbares, et c'est dans ce sens qu'un interprète a traduit : "Délivrez
mon âme de la lèvre menteuse." Telles sont en effet leurs paroles, telles sont
leurs rusés et leurs embûches, tout y respire la fourberie et le crime y abonde.
"Malheur à moi, parce que mon exil s'est prolongé, j'ai habité sous les tentes
de Cédar." (Ibid., 5). Une autre version porte : "Malheur à moi parce que j'ai
prolongé mon séjour," Une autre : "Malheur à moi d'avoir été si longtemps dans
une terre étrangère." C'est le cri de douleur des captifs de Babylone, mais
saint Paul parlant de l'exil qui se prolonge sur cette terre, s'écrie aussi :
"Pendant que nous sommes dans ce corps comme dans une tente, nous gémissons sous
sa pesanteur," (II Cor 5,4). Et dans un autre endroit : "Non seulement les
créatures gémissent, mais nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit,
nous gémissons au dedans de nous." (Rom 8,23). Qu'est-ce en effet que la vie
présente ? un véritable exil. Et que dis-je, un exil ? elle est mille fois plus
triste qu'un exil. Aussi notre Seigneur Jésus Christ Lui-même l'appelle-t-il un
chemin. "La porte de la vie est étroite, et le chemin qui y conduit est
resserré," (Mt 7,14). La première chose confine la plus importante pour nous à
savoir, c'est que nous ne sommes dans cette vie que des voyageurs. Les anciens
patriarches le reconnaissaient hautement, et c'est ce qui les rend dignes de
toute notre admiration. Vérité que saint Paul exprimait lorsqu'il disait :
"C'est pour cette raison que Dieu ne rougit point d'être appelé leur Dieu," (Heb
11,16). Quelle est cette raison ? Parce qu'ils ont confessé qu'ils étaient
étrangers et voyageurs sur cette terre. (lbid., 13). Voilà la racine et le
fondement de toute vertu. Celui qui reste étranger au milieu des choses
d'ici-bas, deviendra citoyen du ciel. Celui qui est étranger ici-bas ne mettra
point sa joie dans les biens de ce monde, il n'aura aucun souci, ni de la maison
qu'il habite, ni des richesses, ni des aliments nécessaires à la vie, ni
d'autres choses semblables. Voyez ceux qui habitent un pays étranger, le but
unique de toutes leurs pensées, de tous leurs efforts, c'est d'être rendus à
leur patrie, et ils se hâtent chaque jour de se rapprocher de la terre qui les a
vu naître.
Ainsi, celui qui est enflammé du désir des biens célestes ne se
laisse ni abattre par les tribulations, ni enfler d'orgueil par les prospérités
de la vie présente, il passe entre ces deux écueils comme celui qui ne songe
qu'à continuer sa route. Voilà pourquoi notre Seigneur nous ordonne de dire dans
vos prières : "Que ton règne arrive," (Mt 6,1; Lc 11,2). Il veut que nous
ayons toujours dans le coeur le désir et l'amour de ce jour
heureux, et que l'ayant sans cesse devant les yeux, nous n'arrêtions même plus
nos regards sur les choses présentes. Eh quoi ! les Juifs, tant était grand leur
désir de revoir Jérusalem, pleurent encore au souvenir du passé, même après leur
délivrance, quelle sera donc notre excuse, quelle sera notre défense, si notre
coeur n'est embrasé d'un ardent amour pour la Jérusalem céleste ?
3. Voyez comment les Juifs eux-mêmes déplorent le malheur où
ils sont réduits de vivre au milieu de leurs ennemis : "J'ai habité, disent-ils,
sous les tentes de Cédar, trop longtemps j'ai demeuré en ces lieux." Ils ne
gémissent pas seulement d'être retenus sur une terre étrangère, mais d'habiter
au milieu de peuples barbares. C'est aussi ce que faisaient les prophètes dans
leurs lamentations sur la vie présente. "Malheur à moi, disaient-ils, parce que
le saint a disparu de la terre, et il n'y a plus de juste parmi les hommes."
Mich 7,1-2). Et le psalmiste lui-même s'écrie : "Sauvez-moi, Seigneur, parce
qu'il n'y a plus d'homme saint sur la terre." (Ps 11,2). En effet, ce qui rend
cette vie un fardeau accablant, ce ne sont point seulement les nombreuses
vanités et les soucis multipliés dont elle est remplie, mais le grand nombre de
méchants qu'on y rencontre. Rien n'est plus désagréable, rien n'est plus pénible
que de vivre avec de tels hommes. Ni la fumée, ni la vapeur ne fatiguent autant
les yeux que le commerce avec les hommes pervers ne porte la tristesse dans
l'âme. N'entendez-vous pas notre Seigneur Jésus Christ Lui-même vous apprendre
combien il est pénible de vivre avec les méchants ? Lorsqu'Il s'écrie : "Jusques
à quand serai-Je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-Je ?" (Mt 17,17),
n'est-ce pas dire en termes équivalents : "J'ai habité sous les tentes de Cédar
?" Ces peuples barbares qui n'ont que des tentes ou des huttes pour habitation,
traitent ceux qu'ils ont vaincus avec la cruauté des bêtes sauvages dont ils
semblent avoir pris les instincts féroces. "Trop longtemps j'ai demeuré en ces
lieux." Comment le peuple juif peut-il dire "trop longtemps," puisque la
captivité ne dura que soixante-dix ans ? Ce qui lui fait trouver long ce temps,
ce n'est pas le nombre des années, mais les dures épreuves de l'exil. Le temps
est court, il est vrai, mais il paraît long à ceux qui souffrent. Tels doivent
être nos sentiments, et quelque courte que soit notre vie sur la terre, le désir
des biens célestes doit nous la faire paraître bien longue. Si je parle de la
sorte, ce n'est point pour accuser la vie présente, loin de moi cette pensée,
car elle est l'oeuvre de Dieu; non, je voudrais seulement vous exciter à l'amour
des biens éternels, détacher votre coeur des jouissances de la vie présente et
l'affranchir de la servitude du corps. Je voudrais que vous ne soyez pas comme
ces âmes basses et vulgaires qui regardent la vie la plus longue comme étant
toujours trop courte. Quoi de plus déraisonnable ? mais aussi quoi de plus
grossier que ces hommes à qui l'on offre le ciel et tous ces biens "que l'oeil
n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus," (I Cor 2,9), et qui soupirent
ardemment après des ombres, et veulent traverser le détroit de cette vie, bien
qu'ils soient continuellement le jouet des flots soulevés, des tempêtes et des
naufrages ? Que les sentiments d'un saint Paul étaient bien différents. Il se
pressait, il se hâtait d'arriver au ciel, une seule chose le retenait, le salut
des hommes.
"J'étais pacifique avec ceux qui haïssaient la paix; lorsque je
leur parlais, ils s'élevaient contre moi sans sujet." (lbid., 7). Voyez comme le
prophète fait ressortir tout ce qu'une telle vie a de pénible. Il ne dit pas :
J'étais pacifique avec ceux qui n'ont pas la paix, mais : "J'étais pacifique
avec ceux qui haïssaient la paix." Voilà l'avantage de la tribulation, voilà les
fruits de la captivité. Mais qui de nous aujourd'hui pourrait tenir ce langage ?
C'est beaucoup pour nous d'être pacifiques avec les amis de la paix, pour lui,
il l'était avec ceux qui haïssaient la paix. Comment pourrons-nous arriver à ce
degré de vertu, si nous vivons ici-bas comme des étrangers (car j'en reviens de
nouveau à cette condition nécessaire, comme des voyageurs qui ne se laissent
arrêter par aucune des choses qui se présentent à leurs regards ? En effet, la
cause principale des dissensions et des guerres, c'est l'amour des biens de la
terre, la passion de la gloire, de l'argent et des plaisirs. Coupez tous ces
liens, qu'aucun d'eux ne retienne votre âme enchaînée, vous verrez alors quel
est le principe de ces guerres, et quel fondement il faut donner à la vertu.
C'est pour cela que Jésus Christ nous recommande d'être comme des brebis au
milieu des loups. (Mt 10,16). Il ne veut pas que vous puissiez dire : J'ai tant
souffert, que mon caractère en est aigri. Vos souffrances fussent-elles mille
fois plus nombreuses, vous dit-Il, conservez la douceur de la brebis, et vous
triompherez facilement des loups. Vous êtes en lutte avec un homme pervers et
corrompu, mais les forces dont vous disposez vous rendent supérieur à tous les
efforts des méchants. Quoi de plus doux qu'une brebis ? Quoi de plus féroce
qu'un loup ? Et cependant la brebis triomphe du loup, comme nous le voyons dans
la personne des apôtres. Car rien n'égale la puissance de la douceur, ni la
force de la patience. Et c'est pourquoi Jésus Christ veut que nous soyons comme
des brebis au milieu des loups. Mais ce n'est pas assez de cette recommandation,
et il semble que cette douceur de la brebis ne suffit pas à celui qui se déclare
son disciple, il ajoute donc : "Soyez simple comme des colombes." C'est-à-dire
qu'Il veut que nous réunissions la mansuétude des deux animaux les plus
remarquables par leur douceur et leur simplicité, tant est grande la douceur
dont nous devons faire preuve parmi les hommes d'un caractère violent. Ne dites
donc pas : C'est un méchant homme, je ne puis le supporter; car s'il faut faire
preuve de douceur, c'est surtout dans nos rapports avec les hommes sans
humanité; c'est alors que cette vertu apparaît dans toute sa force, c'est alors
qu'elle atteint son objet dans toute son étendue, et que ses fruits brillent de
tout leur éclat. "Lorsque je leur parlais, ils s'élevaient contre moi sans
raison." Une autre version porte : "Lorsque je leur parlais, ils me déclaraient
la guerre" ou bien : "Lorsque, je leur parlais, ils combattaient contre moi;"
c'est-à-dire, c'est au moment même que je m'entretenais avec eux, que je leur
donnais des marques d'amitié, en leur adressant les paroles les plus
bienveillantes, c'est alois qu'ils s'emportaient, et qu'ils ourdissaient leurs
ruses, sans que rien fut capable de les arrêter. Et cependant en face de ces
dispositions haineuses, ma douceur ne se démentait pas. Voilà quels doivent être
nos sentiments; qu'ils ne répondent à notre amour que par des outrages et des
mauvais traitements, qu'ils nous tendent des pièges, ne laissons pas de leur
opposer la même vertu.,
Rappelons-nous la parabole qui nous commande d'être comme des
brebis au milieu des loups, et nous leur inspirerons ainsi des sentiments plus
doux, et nous mériterons les biens du ciel. Puissions-nous les posséder tous un
jour, par la grâce et la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ à qui soit
la gloire dans les siècles des siècles. Amen.
- Jean Chrysostome
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