«Heureux est l'homme qui craint le Seigneur.» (v. 1).
1. Le commencement de ce psaume me paraît se rattacher étroitement à la fin
du précèdent, et ne former de ces deux psaumes qu'un seul corps dont toutes les
parties sont parfaitement unies entre elles. Dans le psaume précédent, nous
lisons : «La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse;» (Ps
110,10); dans celui-ci : «Heureux est l'homme qui craint le Seigneur.»
C'est la même vérité exprimée en d'autres termes, et qui de part et d'autre nous
enseigne la crainte de Dieu. D'un côté, le psalmiste donne à cet homme le nom de
sage; de l'autre, il le proclame heureux, et c'est là en effet le vrai bonheur,
tandis que tout le reste n'est que vanité, ombre, vaine futilité, soit les
richesses, soit la puissance, soit la beauté du corps ou l'éclat extérieur de la
fortune. Qu'est-ce en effet, que des feuilles qui tombent, des ombres qui
passent, des songes qui s'évanouissent ? La crainte du Seigneur est donc
le bonheur véritable. Mais les démons eux-mêmes ont aussi la crainte de Dieu et
tremblent devant Lui; le Roi-prophète nous avertit que cette crainte ne suffit
pas pour nous sauver, et il fait ici comme dans le psaume précédent. Après avoir
dit : «La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse,» il avait
ajouté : «Tous ceux qui la pratiquent sont remplis d'une intelligence
salutaire, joignant ainsi aux vérités qui sont l'objet de la foi, des règles
sages de conduite. De même ici, après avoir proclamé le bonheur de cette
crainte, il la distingue de celle qui a pour principe la connaissance et qui
existe chez les démons eux-mêmes, en ajoutant : « Qui a une volonté ardente
d'accomplir ses Préceptes.» Il exige donc, comme on le voit, une vie et une
conduite parfaitement réglées, et une âme remplie de l'amour de la sagesse.
Remarquez qu'il ne dit pas : «Il observera ses Commandements,» mais :
«Il aura une volonté ardente de les accomplir.» Ce qui est une disposition
beaucoup plus parfaite.
Or, en quoi consiste cette disposition ? À observer les Commandements de
Dieu avec un saint empressement, à les aimer passionnément, à en poursuivre
l'exacte observation, à les aimer non pour la récompense promise, mais pour
Celui qui les a établis, à faire ses délices de la pratique de la vertu, sans y
être porté par la crainte de l'enfer, par les menaces des supplices éternels,
mais par l'amour de Celui qui nous a donné ces lois. Le Roi-prophète lui-même
nous en donne un exemple lorsque dans un autre psaume il nous décrit la douceur
et le charme qu'il trouve dans l'observation des commandements. «Que tes paroles
sont douces à mon palais !» s'écrie-t-il; le miel le plus exquis est moins
agréable à ma bouche.» (Ps 118,103). C'est cette même disposition que saint Paul
exigeait lorsqu'il disait en termes allégoriques : «Comme vous avez fait
servir vos membres à l'impureté et à l'injustice pour l'iniquité, de même
faites-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification.» (Rm 6,19).
C'est-à-dire vous avez déployé tant d'activité, tant d'ardeur dans la poursuite
du vice qui ne vous promettait cependant aucune récompense, et ne vous montrait
en perspective que la peine et le châtiment; faites donc pour la vertu ce que
vous avez fait pour le vice. Et cependant l'Apôtre déclare qu'il est bien modéré
dans ce qu'il demande, en commençant par dire : «Je parle humainement à
cause de la faiblesse de votre chair;» (Rm 6,19); et en nous apprenant par là
que nous devons nous donner à la pratique de la vertu avec une ardeur et une
passion égales à celles que nous avons mises dans la poursuite du vice. Voici
donc le sens de ces paroles : S'ils ne font pas autant pour la vertu qu'ils
ont fait pour le vice, s'ils ne manifestent pas la même ardeur, quelle excuse
pourront-ils apporter ? Quel pardon obtenir ? Voilà pourquoi le
Roi-prophète s'exprime de la sorte : «Qui a une volonté ardente d'accomplir
ses Commandements.» Celui qui a pour Dieu la crainte qu'il doit naturellement
inspirer, reçoit ses Commandements avec affection, avec amour, et cet amour pour
Celui qui donne la loi en rend l'observation agréable et douce, bien qu'elle
paraisse offrir quelque difficulté. Que personne ne me fasse un crime si
j'emploie cette comparaison. Saint Paul m'y autorise : «Comme vous avez
fait servir vos membres à l'impureté, faites-les servir maintenant à la
justice.» Voici un homme dominé par un amour impur, on l'insulte, on l'outrage,
on le maltraite, on le couvre d'opprobres, on le chasse de son pays natal, il
est exclu de l'héritage paternel, n'a plus droit à l'affection de son père, il
est en butte à des épreuves plus pénibles encore, et cette passion déréglée lui
fait tout supporter avec plaisir. Eh quoi, on supporte avec délices de
semblables épreuves, avec quel amour donc devons-nous embrasser les
commandements de Dieu, qui nous ouvrent le chemin du salut, de la gloire, de la
plus haute sagesse, et qui rendent notre âme meilleure ? Peuvent-ils encore nous
offrir quelque difficulté ? Ces difficultés viennent non pas de la nature des
commandements, mais de la lâcheté d'un grand nombre. Recevez-les avec amour, ils
deviendront aussitôt légers et faciles. Jésus Christ Lui-même nous en
assure : «Mon joug est doux et mon fardeau léger.» (Mt 11,30). Voulez-vous
vous convaincre que c'est la lâcheté d'un trop grand nombre qui rend difficiles
des choses naturellement aisées, tandis que la ferveur fait disparaître toutes
les difficultés ? Voyez les Juifs : lorsque Dieu leur donnait la manne pour
nourriture, ils en témoignaient du dégoût au point de souhaiter la mort. Saint
Paul au contraire luttait avec la faim, et il était dans la joie, il
tressaillait d'allégresse. Aussi, tandis que les Juifs faisaient entendre ces
plaintes : «Notre âme languit à cause de cette manne; il n'y avait
peut-être pas de tombeaux en Égypte, c'est pour cela que Tu nous as amenés, afin
que nous mourrions au désert;» (Nb 11,6; Ex 14,11), saint Paul s'écriait :
«Je me réjouis dans les souffrances que j'endure et j'accomplis dans ma chair ce
qui manque à la Passion de Jésus Christ.» Quelles sont ces souffrances ? La
faim, la soif, la nudité et d'autres épreuves semblables. «Il a une volonté
ardente d'accomplir ses Commandements.» Comment établir en nous cette
disposition ? En craignant Dieu, en L'aimant de tout notre coeur, et par une
considération attentive de la nature de la vertu. Avant même qu'elle reçoive les
couronnes qui lui sont réservées, elle trouve en elle-même sa récompense. Si
vous fuyez la fornication, l'homicide, pensez à la douce satisfaction que vous
goûterez de n'être point condamné par votre conscience, de n'avoir point à
rougir devant vos parents ou vos amis, et de pouvoir jeter sur tous des regards
purs et innocents. Il n'en est pas ainsi de l'adultère, il craint tous les
hommes, il redoute leur approche, les ombres mêmes lui sont suspectes.
2. L'avare et l'envieux sont sujets aux mêmes châtiments. Mais que le sort de
celui qui sait s'affranchir de ces vices est bien différent ! «Sa race sera
puissante sur la terre.» (Ibid. 2). Sous le nom de race, l'Écriture désigne
souvent, non les enfants qui naissent par voie de génération, mais la filiation
qui vient de la conformité de la vertu. Voilà pourquoi saint Paul expliquant ces
paroles : «Je vous donnerai cette terre à vous et à votre postérité,»
ajoute : «Tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas tous Israélites, et
ceux qui sont de la race d'Abraham ne sont pas tous enfants d'Abraham; mais
c'est Isaac qui sera appelé votre fils.» (Rm 9,7). Et ailleurs : «Toutes
les nations seront bénies dans votre fils.» (Ga 3,8). Il ne peut être ici
question des Juifs, les faits seuls le prouvent suffisamment. Comment ceux qui
sont sous le poids de la Malédiction divine pourraient-ils devenir pour les
autres une source de bénédiction ? Dieu veut donc parler ici de l'Église qui est
devenue la postérité d'Abraham par la communauté d'une même foi. Tels sont aussi
les hommes vertueux et les enfants de ceux qui ont la crainte de Dieu en
partage. «Sa postérité sera puissante sur la terre.» Pourquoi dit-il : «Sur
la terre ?» Pour nous apprendre que cette promesse s'accomplira avant
qu'ils sortent de cette vie et qu'ils soient en possession des biens éternels.
Car, comme je l'ai dit, la vertu trouve en elle-même sa récompense avant celles
qui l'attendent dans l'autre vie. L'homme qui craint Dieu a donc une postérité
puissante, et celui qui s'entoure de la vertu comme d'un rempart a lui-même une
puissance sans égale; c'est ce que les apôtres et les prophètes enseignent à
l'envi. Notre Seigneur vient Lui-même confirmer cette vérité, lorsqu'Il
dit : «Tout homme qui entend mes paroles, et les accomplit, sera comparé à
un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre, et la pluie est tombée, les
fleuves se sont débordés et les vents ont soufflé, et ils ont fondu sur cette
maison, et elle n'a pas été renversée, car elle était fondée sur la pierre.» (Mt
7,24-25). Combien de fois les soulèvements des peuples, la colère des rois, les
glaives, les lances, les traits, les fournaises, la dent des bêtes féroces, les
précipices, les mers, les embûches, les calomnies, les complots de tout genre
ont été mis en oeuvre contre les apôtres ! Rien cependant n'a pu les ébranler,
ils ont été supérieurs à toutes ces épreuves, et ils se sont élevés comme sur
des ailes au-dessus des flèches de leurs persécuteurs, qu'ils ont fini par
attirer dans leurs rangs. C'est qu'en effet rien n'égale la puissance de la
vertu, elle est plus ferme que la pierre, plus forte que le diamant; de même que
le vice est ce qu'il y a de plus abject et de plus faible, malgré l'immensité de
ses richesses et l'étendue de sa puissance.
Or, si telle est la puissance des justes sur la terre, jugez ce qu'elle sera
dans le ciel. «La génération des justes sera bénie.» Voyez de quel éclat
resplendit cette puissance, et comme elle trouve partout des prédicateurs, des
panégyristes et des admirateurs, non point parmi les premiers venus, mais parmi
les sages. Ce ne sont donc point les hommes dont les affections sont basses et
rampantes qui pourront en avoir l'intelligence, il n'y a que les âmes droites
qui soient dignes de la louer, de l'admirer, de la célébrer. Considérez quelle
doit être la grandeur d'un bien qui mérite d'être loué par les anges, par les
apôtres, par des hommes vraiment admirables; car si tels doivent être les
panégyristes de cette félicité, réfléchissez et jugez ce qu'elle doit être en
elle-même. «La gloire et les richesses sont dans sa maison.» Le Roi-prophète
s'élève de nouveau des choses sensibles aux biens spirituels. L'Écriture, en
effet, donne le nom de richesses aux fruits que produisent les bonnes oeuvres,
comme dans ces paroles de l'Apôtre : «Faire le bien, être riche en bonnes
oeuvres.» (1Tm 6,18) Ce sont là, en effet, les vraies richesses; les autres n'en
portent que le nom, sans en avoir la réalité. Veut-on cependant voir ici les
richesses matérielles ? Ce que dit le Roi-prophète subsiste dans tout son
entier. Car qui fut plus riche sous ce rapport que les apôtres, vers lesquels
les trésors affluaient de tous côtés comme d'autant de sources abondantes ?
«Tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient et en
apportaient le prix, et ils le déposaient aux pieds des apôtres.» (Ac 4,34).
Voyez-vous quelles richesses immenses ? Ils possédaient les biens de tous,
sans en avoir la sollicitude, car ils en étaient les économes plutôt que les
maîtres. Ceux qui possédaient ces biens y renonçaient, ils se chargeaient
eux-mêmes de les vendre et d'en recueillir le prix, et ils en abandonnaient aux
apôtres la libre distribution. C'est ce qui faisait dire à saint Paul :
«Nous sommes comme n'ayant rien, et nous possédons tout.» (2Cor 6,10). C'est une
chose admirable, en effet, qu'au milieu d'une si grande opulence, les apôtres
surent tenir leur coeur élevé bien au-dessus de ces richesses, et qu'ils n'en
furent jamais les esclaves. Voilà le riche par excellence, celui qui n'a pas
besoin de richesses. «La gloire et les richesses sont dans sa maison.» Le reste
n'a point besoin d'explication. Ils ont eu la gloire qui vient de Dieu. Cette
gloire les suivait, selon ces paroles de notre Seigneur : «Cherchez d'abord
le royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné comme par surcroît.» (Mt
6,33). Qui jamais fut l'objet d'une plus grande vénération ? Ils étaient reçus
comme des anges de Dieu, les fidèles apportaient le prix de leurs biens et le
déposaient à leurs pieds; disons-le, ils recevaient plus d'honneurs et de gloire
que les têtes couronnées. Quel roi, en effet, fut jamais environné d'une gloire
plus éclatante que saint Paul, dont la parole excitait partout l'admiration, qui
ressuscitait les morts, guérissait les malades, mettait les démons en fuite, et
opérait tous ces miracles par le simple contact de ses vêtements ? Il faisait de
la terre un véritable ciel, et il amenait tous les hommes à la pratique de la
vertu.
3. S'ils ont opéré de si grandes choses sur la terre jugez ce que sera la
gloire qui les attend dans le ciel. Que signifie cette expression : «Dans
sa maison» ? C'est-à-dire, avec lui. Les richesses matérielles ne sont pas
à vrai dire avec celui qui les possède; que dis-je ? leur possession est
loin d'être assurée, elles sont entre les mains des délateurs, dans les mains
des flatteurs, dans les mains des magistrats, dans les mains des serviteurs. Le
maître de ces richesses les dissémine de tous côtés, parce qu'il n'ose les
garder toutes chez lui. Et encore les environne-t-il de gardes, de sentinelles,
précautions inutiles et qui ne peuvent empêcher ces richesses de s'échapper. «Et
sa justice demeure dans tous les siècles.» Un autre interprète traduit :
«Et sa miséricorde demeure dans tous les siècles» Le Roi-prophète veut parler
ici de la vertu en général, ou de celle qui est directement opposée à
l'injustice; ou bien selon la version d'un autre interprète, il entend par bonté
la miséricorde, l'aumône. Telle est, en effet, la puissance de la miséricorde,
elle est immortelle, impérissable, et rien ne peut jamais l'éteindre. Aucune des
choses humaines ne peut échapper à sa destruction, les fruits de l'aumône seuls
ne se flétriront jamais, et ils résistent à l'action des événements les plus
contraires. Le corps lui-même tombe en dissolution, mais l'aumône est à
l'épreuve de la mort, elle précède l'âme, et va lui préparer ces demeures dont
Jésus Christ a dit : «Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon
Père.» (Jn 14,9). Ce qui lui assure une supériorité marquée sur toutes les
choses humaines, c'est ce caractère de stabilité et de perpétuité qui n'est le
privilège d'aucun des biens de la vie présente. Alléguerez-vous la beauté ?
Une maladie suffit pour la flétrir et la vieillesse la détruit sans retour. La
puissance ? À quelles vicissitudes n'est-elle pas sujette ? Les richesses,
on quelqu'autre de ces biens qui ont plus de prix et d'éclat dans la vie
présente ? Mais ces richesses, mais ces biens nous abandonnent de notre
vivant, ou nous laissent à notre mort dépouillés de tout et privés de toute
ressource. Il n'en est point ainsi des fruits de la justice, ils échappent à
l'action du temps aussi bien qu'aux atteintes meurtrières de la mort, et au
contraire, ils sont assurés à jamais, en entrant dans ce port que les flots ne
peuvent agiter.
«Du sein des ténèbres la lumière s'est levée sur les coeurs droits.» (Ibid.
4). Le Roi-prophète décrit ici le bonheur de l'homme qui craint Dieu, et il
énumère les fruits de cette crainte dans la vie présente. Ses biens sont
immortels, il sera comblé de gloire, élevé au-dessus de tous les autres hommes;
il verra les imitateurs de ses vertus, devenus ses enfants, triompher de toutes
les attaques, et au milieu des plus grandes calamités, il jouira d'une sécurité
parfaite. Tel est le sens de ces paroles : «Du sein des ténèbres la lumière
s'est levée sur les coeurs droits.» C'est-à-dire qu'au milieu même de la plus
profonde obscurité, Dieu fera briller sa lumière aux yeux des hommes ainsi
disposés et qui marchent dans la voie droite. Que signifient ces paroles :
«Dans les ténèbres ?» C'est-à-dire qu'au milieu de l'affliction, des
angoisses, de la tentation et des dangers (car c'est ce que signifie le mot
ténèbres), Dieu les comblera d'une joie ineffable. C'est ce que saint Paul
exprimait en ces termes : «Je désire que vous n'ignoriez pas l'affliction
qui nous est survenue en Asie, parce qu'elle a été au-dessus de nos forces,
jusqu'à nous donner le dégoût de la vie.» Voilà les ténèbres. « Or, si nous
avons reçu en nous-mêmes cette réponse de mort, c'est afin que nous ne mettions
point notre confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts et
qui nous a délivrés de si grands dangers de mort.» (2Co 1,8-10). Voyez-vous la
lumière se lever ? Considérez la même vérité dans les trois enfants. Ils
s'attendaient à être consumés, et une douce rosée descendit sur eux. (Dn 3,24.)
Daniel et les autres prophètes ont éprouvé cette même protection. (Dn 6,22).
Voulez-vous entendre ces paroles dans un sens figuré ? Vous verrez qu'elles
ont eu leur accomplissement à l'égard du monde entier. Des ténèbres épaisses
couvraient la terre et la mer, et l'erreur était répandue partout lorsque le
Soleil de justice se leva du milieu des ténèbres. Comme les hommes, détournant
leurs yeux du ciel, cherchaient Dieu sur la terre, c'est de la terre même qu'Il
a voulu sortir pour apparaître à leurs yeux, et Il S'est abaissé jusqu'à eux,
afin de les élever jusqu'à la hauteur infinie de la Divinité. «Le Seigneur est
clément, miséricordieux et juste.» Le prophète a déclaré que la Justice de Dieu
était éternelle, et c'est un des motifs de consolation qu'il donne. Cependant,
un grand nombre d'hommes au coeur droit et miséricordieux sont quelquefois
atteints par l'infortune, il leur apporte donc un autre motif de consolation.
«Le Seigneur est clément, miséricordieux et juste;» paroles d'où l'on peut tirer
une double conclusion. Si Dieu est miséricordieux et pardonne si souvent aux
pécheurs, pourra-t-Il, à plus forte raison, laisser la vertu sans récompense
après cette vie ? Si elle ne reçoit pas cette récompense dès cette vie,
Dieu la lui donnera infailliblement dans l'autre. Le Roi-prophète ajoute :
«Il est juste.» S'il est juste, comme il l'est en réalité, il rendra à chacun
suivant ses oeuvres, quand même il ne l'aurait pas fait dans cette vie, preuve
incontestable de la résurrection future. Combien d'hommes vertueux voyons-nous
en proie à mille souffrances, tandis que les méchants mènent la vie la plus
calme et la plus tranquille ? Or, comment chacun recevra-t-il suivant ses
oeuvres, s'il n'y a point de résurrection, une autre vie, des récompenses
éternelles ? Mais comme cette idée de la justice avait pu répandre l'effroi
dans l'âme des auditeurs, en leur rappelant le compte qu'ils devraient rendre de
leurs péchés, il s'empresse d'appliquer le remède en ajoutant : «Heureux
l'homme qui a compassion et qui prête, il réglera tous ses discours dans le
jugement.» (Ibid. 5).
4. Voyez que de récompenses il promet à l'homme miséricordieux ! Le fruit de
ses bonnes oeuvres est éternel, il sera délivré de toutes ses épreuves, il
deviendra semblable à Dieu qui est Lui-même miséricordieux; enfin il obtiendra
la rémission de ses péchés. Car tel est le sens de ces paroles : «Il
réglera tous ses discours dans le jugement;» c'est-à-dire il trouvera un avocat,
un défenseur assuré; et il n'a point à craindre de condamnation après que ses
aumônes auront si éloquemment plaidé sa cause. Un autre interprète
traduit : «Qui règle toutes ses actions avec jugement,» c'est-à-dire, il
jouira d'une prospérité sans égale, et la prudence qui le guide ne lui permettra
aucune action contraire à la raison. L'homme dur, inaccessible à la compassion
et à la miséricorde, est incapable de bien régler sa conduite. Quoi de plus
triste, en effet, qu'un homme qui voit son âme en danger, et qui ne craint pas
de la sacrifier à ses richesses ? Voilà pourquoi notre Seigneur Jésus
Christ a fait l'éloge de cet économe qui, appelé par son maître et se voyant en
danger, déchira les obligations des débiteurs et en diminua le montant. (Lc
16,8). N'est-ce pas en effet le comble de l'absurdité que des hommes sacrifient
tous leurs biens pour échapper aux dangers qui les menacent dans la vie
présente, et qu'ils refusent de faire le même sacrifice, alors que leur âme est
menacée d'un supplice éternel ? Voilà pourquoi le Roi-prophète appelle
l'homme miséricordieux un économe prudent qui sait à peu de frais se procurer
d'immenses richesses, le ciel pour de l'argent, un royaume pour un vêtement, les
biens éternels pour un morceau de pain et un verre d'eau froide. Peut-on
imaginer une administration plus sage que celle qui sacrifie des biens fragiles,
passagers et corruptibles pour entrer en possession des biens impérissables de
l'éternité, et qui par cette espérance, donne à l'âme dès cette vie une
tranquillité assurée ? Voilà pourquoi le psalmiste dit : «Il réglera
ses discours dans le jugement,» ou suivant une autre interprétation : «Il
règle toutes ses actions avec le jugement.» D quel jugement veut-il
parler ? Évidemment du jugement dernier. Ou bien ces paroles signifient que
cet homme soumet toute sa conduite à une règle fixe et immuable, qu'on n'y
remarque aucune confusion, mais l'ordre le plus parfait, et que toutes ses
actions se succèdent en suivant la voie droite qu'il s'est tracée. Il n'éprouve
aucune agitation, aucun trouble, parce que la miséricorde aplanit pour lui
toutes les difficultés. C'est ce qu'exprime plus clairement la version du second
interprète : «Il réglera ses actions avec jugement.» Celui qui règle ainsi
ses actions est véritablement miséricordieux, tandis que celui qui s'affranchit
de cette règle est frappé de stérilité.
«Parce qu'il ne sera jamais ébranlé.» (Ibid. 6). Encore une fois, que peut-on
comparer à cette sage administration qui ouvre à l'homme une voie qui le délivre
de tous les dangers imprévus, le fait entrer dans un port où il est à l'abri des
tempêtes de la vie, le soustrait à toutes les épreuves qui sont le partage de
l'humanité, ou lui donne la force de ne pas y succomber ? N'est-ce pas une
chose admirable, en effet, que de n'être ni ébranlé, ni renversé par la violence
des tribulations ? Mais quoi ? N'a-t-on pas vu bien
des hommes miséricordieux qui chancelaient sous le poids de
l'adversité ? Non jamais. On les a vus devenir pauvres, réduits à la
dernière indigence, précipités dans toute sorte d'infortunes; mais ces épreuves
ne les ont point abattus, parce qu'ils avaient toujours devant les yeux, le
souvenir de leurs actions, qu'ils attiraient sur eux la Bonté et la Protection
de Dieu ? et que le témoignage d'une bonne conscience était pour eux une
ancre ferme et assurée. Le Roi-prophète ne dit donc pas : «Ils ne seront
point en butte aux mauvais desseins de leurs ennemis,» mais : «Ils n'en
seront point ébranlés.» C'est ainsi que Jésus Christ parlant de l'homme qui a
bâti sa maison sur la pierre, ne dit pas qu'il ne sera point assailli par la
tempête, mais qu'il en supportera l'effort sans qu'elle puisse le renverser. (Mt
7,27). En effet, ce qui est digne d'admiration, ce n'est point de faire preuve
de calme et de sécurité en l'absence de toute tentation, mais de rester
constamment inébranlable au milieu des assauts redoublés que nous livrent nos
ennemis. Il est du reste impossible qu'une âme riche en oeuvres de miséricorde
soit jamais submergée par les tempêtes de l'infortune. «La mémoire du juste sera
éternelle.» (Ibid. 7). Voyez, ce n'est pas seulement pendant sa vie, mais après
sa mort que le juste continue d'en instruire un grand nombre et de leur donner
d'utiles leçons. Que pourrait-il donc éprouver de fâcheux pendant sa vie,
puisque même après sa mort il enseigne aux autres la confiance et la
sécurité ? Le Roi-prophète le choisit comme exemple pour convaincre les
plus incrédules qu'une récompense éternelle, fruit de ses bonnes oeuvres,
l'attend dans les cieux. Son corps est enseveli dans la terre, à laquelle il est
confié comme un dépôt, mais sa mémoire vit dans tous les coeurs.
Telle est la puissance de la vertu, le temps ne peut rien sur elle, et une
longue succession de jours ne saurait la flétrir. Dieu le permet ainsi dans
l'intérêt des méchants. Les justes n'ont point besoin des louanges des hommes,
mais ces louanges qui leur sont données sont nécessaires aux méchants à qui
elles inspirent l'amour de la vertu, et qu'elles détournent quelquefois du vice.
Où sont donc ceux qui élèvent des tombeaux magnifiques et se construisent de
somptueuses demeures ? Qu'ils apprennent le moyen d'immortaliser leur
mémoire. Ce n'est point par ces constructions de pierre, ni par ces enceintes de
murs, ni par ces tours, mais par le spectacle d'une vie toute de bonnes oeuvres.
Le Roi-prophète parle de la sorte dans l'intérêt de ces incrédules de profession
qui ne pensent jamais à l'éternité, et il cherche à les arracher à la séduction
des biens présents et sensibles, pour les élever jusqu'aux biens de l'éternité,
et comme je l'ai dit bien des fois, il montre qu'avant la récompense des cieux,
la vertu trouve déjà en elle sa récompense. «Il ne redoutera point les bruits
calomnieux.» Suivant une autre version : «Il ne craindra pas les nouvelles
fâcheuses.» De même qu'il n'a point dit précédemment : Il ne sera point en
butte aux attaques de ses ennemis, mais il n'en sera point ébranlé; de même ici
il ne dit pas que les bruits fâcheux n'arriveront point à son oreille, mais
qu'il les entendra sans en être effrayé.
5. Et comment sera-t-il inaccessible à la crainte ? Il verra les
horreurs d'une guerre imminente, des villes entières renversées par des
tremblements de terre, les voleurs et les brigands se livrer à un pillage
général, des barbares envahir sa patrie, la maladie, la colère d'un juge mettre
ses jours en péril, mille autres calamités enfin, et la crainte n'effleurera
point son âme. Car il a déposé bien à l'avance toutes ses richesses dans un
asile inviolable, et loin de craindre à l'approche de la mort, il s'empresse de
partir pour ces régions où il doit retrouver toute sa fortune. «Là où est le
trésor de l'homme, dit notre Seigneur, là est aussi son coeur.» (Mt 6,21). Voyez
les négociants qui ont envoyé devant eux dans leurs pays d'énormes cargaisons de
marchandises, ils n'ont point de repos qu'ils ne soient de retour pour jouir du
spectacle de leur fortune. À plus forte raison, le juste qui depuis longtemps a
mis en dépôt dans le ciel toutes ses richesses doit-il désirer de rompre les
liens qui l'attachent à la terre pour s'envoler librement vers les biens
éternels. Rien donc n'est capable de l'effrayer : «Il a le coeur toujours
préparé à espérer au Seigneur.» Un autre interprète traduit : «Son coeur est
ferme.» C'est la même pensée et l'explication du mot a préparé.» Voici donc le
sens de ces paroles : Rien ne sera capable de l'ébranler ou d'attacher son
coeur aux choses de la terre, il tend vers Dieu de tout son être et il attend
l'accomplissement de son espérance, il s'appuie constamment sur cette espérance
comme sur un ferme soutien sans se laisser ni amollir, ni distraire par les
jouissances de la vie présente. Car c'est là l'effet naturel des préoccupations
de la terre, elles divisent notre âme et détournent nos pensées des biens
éternels. Il faut donc répéter de nouveau cette maxime de l'Évangile : «Là
où est le trésor de l'homme, là est aussi son coeur.» (Mt 6,21).
«Son coeur est puissamment affermi, il ne sera point ébranlé.» (Ibid. 8)
Voilà un homme qui a bâti sur la pierre. Que pourrait craindre, en effet, celui
qui, dépouillé de tout, n'est embarrassé de rien, et ne donne prise à personne
sur lui ? Que pourrait craindre celui qui est assuré de la Bonté et de la
Protection de Dieu ? La sécurité dont il jouit a donc une double
cause : la protection du ciel et l'heureuse disposition de son âme. Aussi
rien n'est capable de l'ébranler, ni les revers de fortune, ni les outrages, ni
les calomnies. Il est invulnérable à tous ces coups, parce qu'il habite une
région inaccessible au crime et aux complots des méchants; car vous le savez,
tous ces complots ont pour cause ou pour objet l'argent, et c'est là que
viennent se concentrer tous les efforts des hommes. «Jusqu'à ce qu'il ait vu la
ruine de ses ennemis.» Quels sont ces ennemis ? Les esprits mauvais et le
démon lui-même.
«Il a répandu ses biens avec libéralité sur les pauvres, sa justice demeure
dans tous les siècles.» (Ibid. 9). Le Roi-prophète a jusqu'ici rappelé le devoir
de l'aumône et parlé du prêt charitable et de la miséricorde. Or, il y a
plusieurs degrés dans l'aumône; l'un donne moins, l'autre avec plus de
libéralité. Voyons donc quel est cet homme miséricordieux dont il parle. Est-ce
celui qui donne de son superflu, ou celui qui distribue tous ses biens sans
réserve ? Il est évident que c'est celui qui épuise toutes ses ressources,
qui répand ses biens avec une pieuse profusion, et dont saint Paul parle en ces
termes : «Celui qui sème dans les bénédictions, moissonnera aussi dans les
bénédictions.» (2Cor 9,6). Considérez la justesse des expressions du prophète.
Il ne dit pas : Il a donné, il a distribué, mais :«Il a répandu,» pour
exprimer la libéralité de celui qui donne, libéralité qu'il compare à l'action
de semer. C'est ce que font en effet ceux qui sèment. Ils répandent la semence
qu'ils tenaient en réserve, et ils sacrifient un bien certain à l'espérance d'un
bien à venir. En cela, ils font beaucoup mieux que d'amasser, et mieux vaut
répandre de la sorte que d'accumuler sans cesse. Vous semez votre argent, mais
vous recueillez la justice, vous répandez des richesses périssables pour
acquérir des biens immortels. C'est ce que font aussi les laboureurs. Cependant,
pour eux, l'espérance de l'avenir est incertaine, car c'est la terre qui reçoit
leur semence. Vous, au contraire, vous semez dans la Main de Dieu, et il est
impossible que votre semence soit perdue. Lors donc que considérant la beauté de
l'or vous hésitez à vous en déposséder, rappelez-vous la conduite de ceux qui
sèment, de ceux qui prêtent ou qui trafiquent de leur argent. Ils commencent
tous par de grands frais et de grandes dépenses, et sur des espérances souvent
bien incertaines; car les flots de la mer, le sein de la terre, les créances des
débiteurs, n'ont rien de bien rassurant. Combien de fois voyons-nous celui qui
prête perdre sans retour son capital ? Mais celui qui sème dans le ciel n'a
rien à craindre de semblable, il est assuré de recueillir et son capital et ses
intérêts, si toutefois on peut appeler intérêts une récompense qui leur est bien
supérieure. En effet, le capital c'est l'argent, les intérêts, c'est le royaume
des cieux. Voyez-vous la nature particulière de ce prêt qui produit des intérêts
supérieurs au capital ? Voilà pour la vie future, et en attendant, dès
cette vie vous jouirez d'une liberté sans égale, vous serez à l'abri de tous les
complots. Vous éteindrez la convoitise des hommes fourbes et artificieux, tous
les jours de votre vie s'écouleront dans la paix, car votre esprit, au lieu
d'être accablé par les soucis des richesses de la terre, s'élèvera sur les ailes
de l'espérance, jusqu'à la jouissance des biens éternels. «Sa force s'élèvera
dans la gloire.» Il revient sans cesse sur ce qui est l'objet des plus vifs
désirs des hommes, l'éclat et la gloire dont ils seront environnés dans l'autre
vie, et qui dès cette vie même leur seront libéralement accordés. Car il n'est
point sur la terre de gloire plus éclatante que celle de l'homme
miséricordieux.
6. Prenez, si vous le voulez, un homme qui prodigue follement ses richesses
dans les cirques et les théâtres, mettez près de lui un homme miséricordieux, et
vous verrez quel fruit chacun d'eux recueille de ses dépenses. L'homme
charitable est l'objet constant de toutes les louanges, de l'admiration
générale; on le proclame le père, le refuge de tous les malheureux. Pour
l'autre, au contraire, après qu'on lui a prodigué un seul jour des
applaudissements aussi ridicules que déplacés, on l'accuse d'être un homme sans
entrailles, sans humanité, qui recherche la vaine gloire, se rend pour cela un
instrument de libertinage, et se met au service de la corruption. Si dans les
réunions, l'entretien tombe sur ce sujet, on ne parle des dépenses de ce dernier
que pour les condamner; mais s'agit-il de l'autre, au contraire, il n'est pas
d'hommes si impudents, si pervers, si cruels, si inhumains, qui lui refusent
leurs éloges et leur admiration. Tel est le privilège de la vertu qu'elle force
l'admiration de ceux mêmes qui n'ont pas le courage de la pratiquer, tandis que
le vice est un objet d'horreur, de blâme et de condamnation pour ceux-là même
qu'il tient asservis sous ses lois. Les hommes de folles dépenses n'obtiennent
pas même les éloges des femmes de mauvaise vie, des conducteurs de chars, des
danseurs qu'ils enrichissent, et qui sont les premiers à les diffamer, tandis
que pour l'homme miséricordieux ce ne sont pas seulement les pauvres qu'il
assiste, mais ceux mêmes qui sont en dehors de ses libéralités, qui l'admirent
et qui l'aiment.
« Le pécheur le verra et en sera irrité, il grincera des dents et séchera de
dépit.» (Ibid. 10). La vertu est un spectacle fâcheux et importun pour le vice.
De même que le feu embrase les épines, ainsi la bonté irrite les hommes cruels
et inhumains, car elle est un reproche et une condamnation de leur méchanceté.
Mais voyez comme le pécheur, tout rongé qu'il est par l'envie, n'ose formuler
d'accusation contre l'homme juste, ni soutenir le regard pur et limpide de la
vertu. La douleur qui le mine intérieurement se manifeste par des grincements de
dents, mais il n'ose prononcer aucune parole et il renferme au dedans de lui le
chagrin qui le déchire. Tels sont les tristes fruits du vice; quand même il
franchirait les degrés du trône et se tiendrait auprès de ceux dont la tête est
ceinte du diadème, il est toujours ce qu'il y a de plus vil, de plus craintif,
de plus lâche. Il est toujours dans le trouble et dans l'agitation, comme une
mer ballottée par l'orage, fût-il d'ailleurs élevé au faîte de la puissance. Il
en est tout autrement de la vertu. Fût-elle réduite à la dernière indigence,
plongée dans les cachots elle brille d'un plus vif éclat que les rois eux-mêmes,
elle jouit d'une sécurité parfaite, elle est dans un fort inaccessible aux
agitations de la tempête. Non seulement elle est à l'abri des attaques des
méchants, mais son silence seul suffit pour en tirer vengeance et leur faire
expier cruellement la peine de leurs crimes. Que peut-on imaginer de plus
malheureux qu'un homme qui vit dans l'iniquité, qui est esclave de ses
richesses, pour qui le spectacle de la vertu est un tourment et les louanges
qu'on lui donne un véritable supplice; qui se torture lui-même par les
déchirements de sa conscience et les douleurs intérieures de son âme, et qui
devient son propre bourreau ? Avez-vous considéré d'un côté la supériorité
et la puissance de la vertu, de l'autre la faiblesse et la misère du vice ?
Là encore ne se borne pas son infortune, elle s'étend beaucoup plus loin, comme
le psalmiste le déclare dans les paroles qui suivent : «Le désir des pécheurs
périra.» Qu'est-ce à dire : «Le désir des pécheurs périra ?» Il n'aura
aucune fixité. Les biens que désire le pécheur sont fragiles et passagers, son
désir partage le sort de ces biens périssables, il s'éteint, il périt, parce
qu'il n'a point de racine. Si tel est ici-bas la déplorable condition des
pécheurs, que sera-ce dans l'autre vie ? Évitons un si triste sort, et
pour cela fuyons le chemin du vice pour prendre celui de la vertu, marchons
constamment dans cette voie qui nous offrira le calme, la sécurité, la joie, la
gloire, qui nous ouvrira le ciel, nous obtiendra l'Amitié de Dieu, nous
inspirera l'amour de la sagesse, et nous comblera de tant de biens que la parole
même est impuissante à les exprimer. Puissions-nous les obtenir par la Grâce et
la Miséricorde, etc.
-
Jean Chrysostome