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Psaume 123 - Cantique des degrés; C'est vers Vous que je lève les yeux


"C'est vers Vous que je lève les yeux, vers vous qui habitez dans les cieux." v. l.

Vous voyez éclater en toutes circonstances les avantages de la captivité. Les Juifs étaient attachés étroitement jusque-là aux choses de la terre, et mettaient leur confiance dans les Assyriens et les Égyptiens, aussi bien que dans la force de leurs remparts et la multitude de leurs richesses. Ils renoncent à tous ces appuis, pour se jeter dans les Bras invincibles de Dieu en qui seul ils placent leur espérance; ils ne peuvent aller prier Dieu dans leur temple qui a été détruit, ils L'invoquent alors au plus haut des cieux. L'Écriture nous dit que Dieu habite dans les cieux, N'allons pas croire qu'il puisse être renfermé dans un espace quelconque, Lui qui remplit tout de son Immensité. Cette expression signifie simplement que Dieu se repose de préférence au milieu des puissances célestes. C'est dans le même sens que l'Écriture nous Le représente comme habitant au milieu des hommes : "J'habiterai en eux, et je marcherai au milieu d'eux." (Il Cor 6,16). C'est pendant leur séjour chez ces peuples barbares que les Juifs reçoivent les plus sublimes leçons, et que dans cette privation absolue de toutes les ressources de la vie, ils apprennent que Dieu, en quelqu'endroit qu'on L'invoque, exauce promptement nos prières.

Les premiers rayons d'une vie toute nouvelle allaient bientôt briller à leurs regards, aussi le prophète prélude à ce grand changement et sous le voile de la comparaison, il annonce que les observances des lieux prescrits par la loi, cesseront d'être obligatoires. "Comme les yeux des serviteurs sont fixés sur les mains de leurs maîtres, et comme les yeux de la servante sont attachés sur la main de sa maîtresse; ainsi nos yeux sont fixés vers le Seigneur notre Dieu, en attendant qu'Il ait pitié de nous." (Ibid., 9). Quelle piété vive et ardente ! Leur espérance n'est pas un sentiment passager, elle les tient constamment attachés à Dieu, objet de leurs aspirations et de leurs désirs. Que signifie en effet cette comparaison qu'ils apportent ? C'est qu'ils n'espèrent et qu'ils n'attendent d'aucun autre secours et protection. Car de qui le serviteur et la servante attendent-ils la nourriture, le vêtement et les autres choses nécessaires à la vie ? De leurs maîtres seuls; aussi ils ne se retirent point, mais ils restent en leur présence, jusqu'à ce qu'ils en aient reçu ce qui leur est nécessaire, et qu'ils leur en aient témoigné leur reconnaissance. Voilà ce qu'ils font invariablement. Si donc le psalmiste apporte cet exemple de la servante et des serviteurs, c'est pour nous montrer qu'ils ont les yeux constamment fixés sur Dieu, qu'ils n'ont point d'autre espérance, que l'attente de son secours est l'unique objet de leurs désirs, parce qu'ils Le regardent comme la source de tous les biens.

Quel admirable changement ! Il fallait auparavant les presser de recourir à Dieu, et ils ne répondaient que par l'indifférence et le dégoût. Mais aujourd'hui, l'adversité les a rendus meilleurs, ils ne veulent plus se séparer de bien, loin de là, ils Lui promettent une fidélité constante à son service, et le supplient d'avoir pitié d'eux; en effet, le psalmiste ne dit pas : En attendant qu'il nous ait donné notre récompense, ou le salaire qu'il nous doit; mais : "En attendant qu'il ait pitié de nous.") Vous donc, à homme, persévérez constamment dans la prière, que Dieu vous accorde ou non ce que vous Lui demandez; quand même Il ne vous exaucerait pas pour le moment, ne vous éloignez point de Lui, et vous recevrez infailliblement l'objet de votre prière. Eh quoi ! la persévérance d'une pauvre veuve a triomphé d'un juge inhumain, (Lc 18), quelle excuse donc pouvez-vous apporter, vous qui vous laissez gagner si facilement par le découragement, par la négligence, par la tiédeur ? Ne voyez-vous point dans quelle dépendance les servantes sont vis-à-vis de leurs maîtresses sur lesquelles elles tiennent constamment fixés leurs pensées comme leurs regards ? Imitez leur conduite, attachez-vous à Dieu seul, abandonnez tout le reste pour être au nombre de ses serviteurs, et vous obtiendrez de Dieu tout ce que vous Lui demanderez d'utile.

"Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, parce que nous sommes rassasiés d'opprobres outre mesure. (Ibid., 3). Oui notre âme est rassasiée à l'excès." (Ibid., 4). Entendez-vous le langage d'un coeur contrit ? C'est au nom de la miséricorde qu'ils demandent à être sauvés, que dis-je ? ils n'invoquent point cette miséricorde comme s'ils en étaient dignes, ils s'appuient sur les châtiments qui leur ont été infligés, comme le disait Daniel : "Nous sommes diminués plus que toutes les nations qui sont sur la terre. " (Dan 3,37). Les Juifs tiennent ici le même langage. Nous avons souffert des maux extrêmes, nous avons été dépouillés à la fois de notre patrie et de la liberté, nous sommes devenus les esclaves des barbares, en butte à leurs outrages, en proie aux dures privations de la faim, de la soif et de la misère, l'objet continuel des insultes de nos ennemis qui nous foulaient aux pieds; daignez donc nous épargner et avoir pitié de nous. Que signifient ces paroles : "Notre âme est remplie outre mesure?") C'est-à-dire notre âme est épuisée, consumée par la grandeur de nos maux. On en voit beaucoup qui au milieu des plus rudes souffrances montrent un courage à toute épreuve. Mais pour nous, cette ressource nous est ôtée, l'adversité nous accable et nous abat. Ils n'ont pas usé comme ils le devaient de la bonne fortune, Dieu les en punit par les levers de l'adversité, c'est la conduite que nous Lui voyons tenir constamment. Adam avait abusé des joies du paradis terrestre, Dieu l'en punit en le chassant dehors. L'égalité d'honneur que Diên avait accordée à Eve son épouse, fut cause de sa perte, Dieu lui fit trouver le remède à cette faute dans la soumission et la dépendance. Les Juifs eux-mêmes s'étaient laissé entraîner par la liberté et le calme d'une longue sécurité, dans des excès monstrueux de dérèglement, et de dissolution; Dieu les ramène à Lui par une voie tout opposée. Voici donc le langage qu'ils Lui tiennent pour implorer sa miséricorde : "Notre âme a été rassasiée outre mesure. Elle est devenue un sujet d'opprobre à ceux qui sont dans l'abondance, et de mépris aux superbes." Suivant une autre version : "Notre âme a été rassasiée outre mesure des discours de ceux qui sont dans l'abondance et des mépris des superbes." Suivant une autre : "Elle a été rassasiée des railleries des insolents." Suivant une troisième : "Elle a été rassasiée du mépris de ceux qui regorgent de biens." Ils reproduisent constamment la même pensée, et ils déplorent l'extrémité de leurs malheurs, lorsqu'ils disent : "Notre âme est rassasiée du mépris de nos ennemis." La version des Septante présente un autre sens : "Puissent nos maux passer à nos ennemis, leur faire éprouver ce qu'ils nous ont lait souffrir, et réprimer ainsi leur faste et leur arrogance." C'est ce que nous voyons fréquemment arriver, et c'est la conduite ordinaire de Dieu, il réprime les pensées des esprits superbes, et humilie les âmes orgueilleuses pour les retirer de la voie qui les conduirait à leur perte. L'orgueil, en effet, est le plus dangereux de tous les vices. Si donc Dieu a permis les tentations, les peines, la mort du corps, les malheurs sans nombre qui nous accablent, les infirmités et les maladies, c'est comme autant de freins destinés à réprimer les excès de l'âme superbe et enflée par l'orgueil. Gardez-vous donc de vous troubler, mon très-cher frère, lorsque l'épreuve vous atteint, rappelez-vous ces paroles du Prophète : "Il est bon que vous m'ayez humilié afin que j'apprenne vos jugements." (Ps 118,71). Recevez le malheur comme un remède, faites de la tentation un usage convenable, et vous arriverez ainsi à une tranquillité parfaite. Puissions-nous tous eu être trouvés digues par la grâce et la Miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient la gloire et l'empire dans les siècles des siècles. Amen.


- Jean Chrysostome






Pour vous préparer à rencontrer Dieu,

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