Le gardien de prison dans Actes 16
Sur cette parole : "Mon âme, loue le Seigneur." (Ps 145,2)

Sur le gardien de la prison, dont il est parlé dans les Actes.

Nous avons accompli la traversée du jeûne, et, par la grâce de Dieu, nous voici maintenant arrivés au port; mais ce n'est pas une raison pour nous de tomber dans la négligence, nous devons bien plutôt redoubler de zèle que nous touchons au but de nos efforts. C'est l'exemple que les navigateurs nous donnent : quand ils sont sur le point de franchir la barre du port avec leur vaisseau chargé de froment et de marchandises de tout genre, ils se montrent plus vigilants et plus précautionnés, de peur qu'après avoir parcouru de vastes mers, le navire ne vienne là se briser sur un écueil et ne périsse avec toutes ses richesses.


Ainsi devons-nous déployer plus de sollicitude et d'énergie pour que nos labeurs ne soient pas à la fin privés de leur récompense. Il faut donc que notre ardeur soit plus grande en ce moment. Voilà comment agissent encore les coureurs dans le cirque : à mesure qu'ils approchent du but, ils précipitent leur course. Et les athlètes également, après mille combats et mille victoires, le moment venu d'obtenir une dernière couronne, ils se raidissent plus que jamais et s'arment d'un nouveau courage. Encore une fois, c'est ainsi que nous devons agir. Ce que le port est aux matelots, la palme aux coureurs, la couronne aux athlètes, cette semaine l'est pour nous : ici, se résument tous les biens, c'est le combat qui décide de la couronne;

Voilà pourquoi nous l'appelons la grande semaine. Ce n'est que les jours dont elle se compose soient plus longs ou plus nombreux que ceux des autres semaines, puisqu'il y en a de plus longs et que le nombre en est toujours le même; c'est à cause des grandes choses opérées par le Seigneur en ces jours. La semaine où nous sommes a vu l'antique tyrannie du démon renversée, la mort détruite, le fort enchaîné et sa puissance abattue, le péché ôté du monde, la malédiction effacée, le paradis rouvert, l'accès du ciel redonné à l'homme, les hommes unis aux anges, le mur de séparation enlevé, le voile déchiré, le Dieu de paix pacifiant les cieux et la terre. De là lui vient le nom de grande semaine. Or, de même qu'elle est la principale dans l'année, de même le principal de ses jours est le samedi; ce jour est dans cette semaine ce que la tête est dans le corps humain. Aussi est-elle signalée chez les uns par un redoublement de zèle, chez les autres par des jeûnes plus austères ou des veilles plus prolongées, chez d'autres encore par des aumônes plus abondantes, de plus hautes vertus, une vie plus fervente et plus pieuse : tous s'efforcent par là de reconnaître l'immensité des bienfaits que le Seigneur a répandus sur nous.

Lorsque le Sauveur ressuscita Lazare, le concours des habitants de Jérusalem venant à sa rencontre, attestait la réalité de cette résurrection, et, dans le fait, leur empressement était une preuve du miracle : aujourd'hui le zèle qu'on déploie pour cette grande semaine témoigne également de la grandeur des choses qu'elle a vu s'accomplir. Ce n'est pas d'une seule ville, ce n'est pas uniquement de Jérusalem, que nous sortons pour voler au devant du Christ; c'est de toutes les contrées de la terre que se précipitent des foules empressées, d'innombrables Églises : elles ne portent et n'agitent plus des branches de palmier; c'est l'aumône, l'amour fraternel, la vertu, le jeûne, les larmes, les veilles, toutes les inspirations de la piété qu'elles vont offrir au divin Maître. Et ce n'est pas seulement nous qui célébrons cette semaine; les empereurs qui règnent sur cette partie du monde la célèbrent aussi, non d'une manière ordinaire, mais en prescrivant à tous les gouverneurs des cités de suspendre durant tous ces jours les affaires séculières pour les consacrer aux exercices de la religion. Il n'est pas jusqu'aux portes des tribunaux qui ne demeurent fermées. - Que tout procès et toute querelle cessent, disent-ils, que l'image du supplice disparaisse, que les mains des bourreaux se reposent un peu. Les bienfaits s'étendent à tous; faisons aussi quelque bien, nous qui sommes ses serviteurs. - Leur pieuse vénération ne s'arrête pas là; ils la manifestent par d'autres actes non moins significatifs. Des rescrits impériaux sont envoyés pour délivrer de leurs chaînes ceux qui sont plongés dans les prisons. A l'exemple du Seigneur descendant aux enfers et ramenant libres tous ceux que la mort retenait captifs, les monarques qui le servent, s'inspirent de son amour pour l'homme dans la mesure de leur pouvoir, brisant les liens du corps, ne pouvant pas briser ceux de l'âme.

Nous vénérons donc, nous aussi, cette semaine; et, pour ma part, au lieu d'un rameau de palmier, je porte devant vous la parole doctrinale : j'ai donné mes deux oboles comme fit autrefois la veuve. Les enfants des Hébreux sortirent ayant des palmes à la main et faisant entendre ces acclamations : "Hosanna au plus haut des cieux, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur." (Mt 21,9) Sortons à notre tour, et, laissant éclater de généreux sentiments comme l'efflorescence de notre âme, redisons bien haut ce que nous chantions tout à l'heure : "Mon âme, loue le Seigneur; je louerai le Seigneur durant ma vie." La parole qui précède est de David tout comme celle-ci. Non, cependant; l'une et l'autre sont inspirées par la grâce divine. Le prophète a parlé sans doute; mais sa langue était mue par l'Esprit saint. De là ce qu'il dit ailleurs : "Ma langue est comme la plume d'un écrivain rapide." (Ps 44,2) De même que la plume n'écrit pas seule, et ne fait qu'obéir à la main, de même la langue des prophètes ne parlait pas d'elle-même, et n'était que l'instrument de la grâce. Pourquoi ne dit-il pas seulement : "Ma langue est comme la plume de l'écrivain," et ajoute-il : "D'un écrivain qui écrit avec rapidité ?" C'est pour vous apprendre que toute sa sagesse vient d'en haut; et de là cette extrême facilité, cette course impétueuse et multiple. Quand les hommes parlent en leur propre nom, ils coordonnent et pèsent leurs pensées, il leur faut beaucoup de réflexion et de temps; mais, ici, les paroles coulent comme de source, sans obstacle aucun, l'abondance des pensées dépassant la rapidité de la langue, le prophète a pu dire : "Ma langue est comme la plume d'un écrivain rapide." Le courant est ouvert, les flots se précipitent; et voilà pourquoi cette rapidité. Nous n'avons besoin ni d'examen, ni de méditation, ni de travail.

Mais nous, voyons ce qu'il dit : "Mon âme, loue le Seigneur." Unissons aujourd'hui notre voix à celle de David. Si nous n'avons pas sa présence corporelle, son âme est au milieu de nous. En effet, que les justes viennent à nous et qu'ils prennent part à nos joyeux cantiques, c'est Abraham qui nous le dit en parlant au mauvais riche. Celui-ci ayant demandé d'envoyer Lazare pour que ses frères, apprenant ce qui se passe dans l'enfer, corrigent leur conduite, le patriarche lui répond : "Ils ont Moïse et les prophètes." (Luc 16,29) Or, depuis longtemps Moïse et les prophètes étaient morts; mais on les avait encore par leurs écrits. Si le portrait inanimé d'un fils ou d'un ami produit sur vous l'heureux effet de la présence, après même que vous les avez perdus, tant cette image vous les représente au naturel, à plus forte raison jouissons-nous par les divines Écritures de la conversation des saints, puisque nous avons là l'image non de leur corps, mais de leur âme. L'âme se peint, en effet, dans sa parole. Voulez-vous que je vous montre à quel point il est vrai que les saints vivent encore et sont présents ? On n'invoque pas des témoins qui sont morts; et le Christ les appelle en témoignage de sa Divinité; Il cite notamment David, nous attestant ainsi la vie de ce prophète. Il voit les Juifs dans l'incertitude sur ce qu'ils doivent penser de lui-même, et Il leur dit : "Que pensez-vous du Christ ? De qui est-Il fils ?" Ils lui répondent : "De David." Et lui répond alors : "Comment donc David, éclairé par l'Esprit saint, l'appelle-t-il Seigneur et parle-t-il en ces termes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite ?" (Ps 109,1) Vous voyez bien que David est encore vivant ? S'il n'en était pas ainsi, comment le Sauveur l'appellerait-il en témoignage de sa Divinité ? Le temps même du verbe qu'Il emploie corrobore la force de cette observation; car Il parle au présent, afin de mieux établir que le prophète est toujours là, que sa voix se fait encore entendre.

David chantait autrefois les psaumes composés par lui-même, et maintenant nous chantons avec David. Il avait une cithare formée de cordes matérielles; mais la cithare de l'Église est formée de cordes vivantes et spirituelles. Ces cordes ne sont autres que nos langues : elles rendent des sons divers, mais qui s'accordent dans un même sentiment de piété. Les femmes et les hommes, les vieillards et les enfants diffèrent beaucoup entre eux, et redisent néanmoins les mêmes cantiques sans aucune dissonance; l'Esprit saint dirige toutes les voix et les réunit dans une admirable symphonie; David lui-même l'avait déclaré, quand il convoquait pour le même concert tous les âges et tous les sexes : "Que tout souffle loue le Seigneur. Loue le Seigneur, ô mon âme." (Ps 150,5) Pourquoi laisse-t-il de côté la chair, et ne s'adresse-t-il au corps ? Veut-il scinder l'être animé ? Nullement mais il excite l'artiste avant de parler de l'instrument. Qu'il n'entende pas séparer le corps de l'âme, lui-même s'en explique ainsi dans un autre psaume : "Dieu, mon Dieu, je te cherche dès l'aurore. Mon âme a soif de toi, et combien ma chair se consume pour toi sur cette terre ! " (Ps 62,2) - Mais montrez-nous la chair elle-même prenant part au concert, me dira-t-on peut-être. - "Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint Nom." (Ps 102,1) Vous voyez donc que la chair est ainsi convoquée; car que veulent dire ces mots : "Et que tout ce qui est en moi bénisse son saint Nom ?" Les nerfs et les os, les veines et les artères, tout ce qui constitue le corps humain.

Comment les parties intérieures de notre corps peuvent-elles louer Dieu ? Elles n'ont ni voix, ni bouche, ni langue. On comprend que l'âme ait ce pouvoir; mais les organes intérieurs du corps humain, comment pourraient-ils bénir Dieu, je le répète, n'ayant ni parole, ni pensée ? - Ils ne peuvent tout comme les cieux peuvent raconter la Gloire de Dieu. (Ps 18,1) Les cieux n'ont pas davantage une langue, une bouche, une voix; c'est par la merveilleuse beauté du spectacle qu'ils déroulent à nos regards que nous sommes entraînés à louer leur Auteur. Il en est de même de nos organes : si vous les étudiez tous avec réflexion, si vous considérez la différence de leurs propriétés, de leurs vertus, de leurs effets, la manière dont ils sont composés, la place qu'ils occupent dans l'ensemble du corps, leur nombre et leur harmonie, vous vous écrierez avec le prophète : "Que tes oeuvres sont grandes et belles, Seigneur ! Tu as tout fait avec sagesse." (Ps 103,24) Ainsi donc, notre organisme intérieur publie la Gloire de Dieu, sans avoir ni voix, ni bouche, ni langue. Mais alors pourquoi David s'adresse-t-il à l'âme ? Pour qu'elle ne s'abandonne pas à la dissipation quand la langue parle, ce qui nous arrive souvent dans nos chants et nos prières : il veut que l'harmonie règne des deux côtés. Si, pendant que vous priez, vous n'entendez pas la parole de Dieu, comment Dieu écoutera-t-Il votre prière ? En disant donc : "Mon âme loue le Seigneur," il veut dire : Que mes prières partent du fond du coeur. Paul disait : Je chanterai dans mon coeur, mais je chanterai aussi avec mon intelligence." (1 Cor 14,15) L'âme est un artiste accompli, un musicien admirable; et le corps est un instrument, qui tient lieu de cithare, de flûte et de lyre. Les autres musiciens ne jouent pas à la fois de tous les instruments, ils les prennent et les quittent tour à tour; ils ne s'appliquent pas incessamment à la mélodie et dès lors ils n'ont pas toujours les instruments entre les mains : Dieu voulant vous apprendre que vous devez Le louer et le bénir sans cesse, a fait de l'instrument et de l'artiste un tout indissoluble.

Que l'exercice de la louange doive être continuel, l'Apôtre vous le dit en ces termes : "Priez sans cesse, rendez grâce en toutes choses." (1 Th 5,17-18) C'est parce qu'il faut prier sans cesse que l'instrument est indissolublement uni à l'artiste. "Mon âme loue le Seigneur." C'est une voix seule qui parla d'abord ainsi, la voix de David; et maintenant qu'il est mort, des langues innombrables redisent cette parole, et ce n'est pas ici seulement, c'est dans toutes les contrées du monde. Vous voyez donc bien qu'il n'est pas mort, qu'il est toujours vivant ? Et comment serait-il mort, celui qui possède tant de langues et qui parle par tant de bouches ? C'est une grande chose en vérité que l'exercice de la louange : il purifie notre âme, il nous inspire de plus en plus la piété. Voulez-vous savoir la puissance des hymnes chantées en l'honneur de Dieu ? C'est en chantant de la sorte que les trois jeunes Hébreux éteignirent les flammes de Babylone; ou plutôt non, ils ne l'éteignirent pas, chose bien plus étonnante, ce feu dévorant, ils le foulaient aux pieds comme de la boue. Ce chant pieux, en pénétrant dans la prison, fait tomber les chaînes de Paul, ouvre les portes de cette triste demeure, en ébranle les fondements, remplit de crainte l'âme du geôlier. L'historien sacré nous représente Paul et Silas chantant des hymnes au milieu de la nuit. (voir Ac 16,25) Qu'arrive-t-il ensuite ? Quoi donc ? Une chose inouïe et pleinement incroyable : les chaînes tombent, et ceux qui les portaient en chargent leurs gardiens libres. Il est dans la nature des fers de retenir et de dompter un homme; mais ici c'est le geôlier lui-même qui se traîne aux pieds de Paul, l'homme libre est l'esclave du prisonnier.

Les chaînes matérielles nous enlèvent la liberté; mais les chaînes portées pour le Christ ont une puissance telle qu'elles soumettent aux captifs ceux qui ne le sont pas. Le geôlier les avait jetés dans le fond d'un cachot, et sans en sortir ils ouvraient les portes extérieures; il avait mis leurs pieds dans les ceps, et ces pieds liés déliaient les mains des autres. Puis le geôlier se prosterne devant l'Apôtre, en poussant des gémissements, en versant des larmes, saisi de frayeur, dans une profonde angoisse. - Que s'est-il donc passé ? Est-ce toi qui l'as enchaîné, ô saint apôtre ? est-ce toi qui le retiens prisonnier ? - Ne t'étonne pas, ô homme, qu'il ouvre la prison; n'a-t-il pas reçu le pouvoir d'ouvrir les cieux ? "Tout ce que vous liez sur la terre, sera lié dans le ciel; et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel;" (Mt 18,18) Il rompt les liens du péché; faut-il s'étonner qu'il rompe des liens de fer ? Il brise les chaînes imposées par les démons et délivre les âmes qu'ils ont rendues captives; et vous ne comprendriez pas qu'il brise les chaînes des prisonniers ? Remarquez un double prodige : il lie et délie en même temps; en faisant tomber leurs chaînes, il enchaîne leur coeur. Les prisonniers ne savaient pas même qu'ils étaient délivrés. Il ouvre et ferme simultanément : il ouvre les portes de la prison, et ferme les yeux de leur âme. Ne sachant donc pas que les portes sont ouvertes, ils n'usent de leur liberté pour prendre fuite. Ce double pouvoir dont il vous ai parlé ne vous est-il pas assez manifeste ?

Ces choses ont lieu pendant la nuit, pour qu'elles s'accomplissent sans tumulte et sans désordre d'aucune sorte. Les apôtres ne faisaient rien par ostentation ou par intérêt personnel. Voilà donc que le gardien de la prison se prosterne devant les prisonniers. Que fait Paul ? Vous avez vu ses oeuvres étonnantes et merveilleuses; voyez maintenant sa sollicitude et sa bonté. "Il se récria et dit à cet homme : Ne te fais aucun mal, nous sommes tous ici." (Ac 16,28) Il ne laisse donc pas sous le coup d'une frayeur mortelle celui qui l'avait si cruellement enchaîné, il n'éprouve aucun sentiment de vengeance. " Nous sommes tous ici," dit-il. Quelle admirable simplicité ! Il ne dit pas : C'est moi qui suis l'auteur de ces merveilles. Que dit-il donc ? "Nous sommes tous ici." Paul se met au nombre des prisonniers. Le geôlier voyant le miracle, rend grâces à Dieu. Cet homme était vraiment digne d'inspirer le zèle et l'affliction. Il n'alla pas s'imaginer qu'il n'avait sous les yeux que des prestiges. Et pourquoi ne s'arrêta-t-il pas à cette pensée ? C'est qu'il les avait entendus célébrant les louanges divines, et que les séducteurs ne rendent pas gloire à Dieu. Il en avait sans doute reçu beaucoup dans sa prison; mais aucun n'avait accompli de telles choses, brisé les fers des prisonniers, fait preuve d'une telle sollicitude. Paul désire reprendre ses fers, il ne fuit pas de peur d'exposer la tête de cet homme. Celui-ci se précipite le glaive à la main et portant un flambeau : le diable veut empêcher sa conversion par la mort; mais Paul élève la voix et sauve cette âme en prévenant ce malheur. Ce n'est pas d'une voix ordinaire, c'est à haute voix qu'il s'écrie : "Nous sommes tous ici." Une telle sollicitude étonne et ravit le geôlier; l'homme libre se prosterne devant le captif; et que dit-il ? "Seigneur, que dois-je faire pour me sauver ?" (Ibid., 30) - Mais c'est toi qui les a enchaînés, et c'est d'eux seulement que tu te réclames ? Tu les as mis dans les ceps, et voilà que tu cherches un moyen de pénitence et de salut ?

Remarquez-vous son ardeur et son zèle ? Il n'hésite pas; affranchi de la crainte, il n'est pas quitte envers le bienfait et soudain il court au salut de son âme. C'est la nuit, et le milieu de la nuit. Il ne dit pas alors : Examinons bien les choses, attendons le jour. Non, tout à coup il s'élance vers le ciel. - Il y a quelque chose de merveilleux dans ce prisonnier, se dit-il, il est supérieur à la nature humaine. J'ai vu son pouvoir miraculeux et sa bonté non moins admirable. Il n'a reçu de moi que de mauvais traitements, je l'ai réduit à la condition la plus déplorable; et puis il me reçoit dans ses bras, moi qui l'avais chargé de liens. Il pouvait me livrer à la mort, et non seulement il n'en fait rien, mais encore il m'empêche d'exécuter la pensée que j'avais de m'enfoncer le glaive dans la gorge. - C'est avec raison qu'il dit : "Seigneur, que dois-je faire pour me sauver ?" ce n'étaient pas les miracles seuls qui convertissaient les hommes, c'était encore et même avant tout la vie des apôtres. Voilà pourquoi le Sauveur avait dit : "Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux." (Mt 5,16) Vous avez vu l'ardeur du geôlier; voyez celle de Paul; aucune hésitation, aucun retard; les mains liées par les chaînes, les pieds engagés dans les ceps, malgré les maux qui l'accablent, il enseigne, aussitôt la religion à cet homme, ainsi qu'à toute sa maison; après le bain sacré, après la table spirituelle, il lui fournit encore l'aliment corporel. Mais pour quel motif a-t-il ébranlé la prison ? Pour éveiller l'attention du gardien sur ce qui vient de se passer. Il a brisé les liens matériels des prisonniers pour en venir à briser les liens spirituels du geôlier.

Le Christ avait fait le contraire : on Lui présentait un paralytique atteint d'une double paralysie, l'une morale, l'autre physique. Il le délivre d'abord de la première, celle qui provient du péché, en lui disant : "Mon fils tes péchés te sont pardonnés." (Mc 2,5) Puis, comme les spectateurs doutaient, blasphémaient et prononçaient ces paroles : "Nul ne peut remettre les péchés, si ce n'est Dieu seul," (Ibid., 7) voulant leur montrer qu'il était vraiment Dieu et les juger par leurs propres paroles, en leur appliquant cette sentence : "Je te juge par ta propre bouche," (Luc 19,22) Il leur dit : Vous affirmez que nul ne peut remettre les péchés, si ce n'est Dieu seul; c'est d'après vous-mêmes que je vous juge. - Là les choses de l'ordre spirituel passaient avant celles de l'ordre matériel : ici les liens matériels tombent avant celles de l'ordre spirituels. Voyez-vous quelles est la puissance des chants religieux, quelles merveilles opèrent la prière et les divines louanges ? Toujours la prière est douée d'une grande vertu; mais, quand la prière est secondée par le jeûne, elle communique à l'âme une plus grande énergie. L'homme alors règne sur ses propres pensées, son intelligence est plus lumineuse, l'âme voit les choses d'en haut. C'est pour cela que l'Écriture unit partout le jeûne et la prière. Où le voyons-nous ? "Ne vous privez pas réciproquement, si ce n'est d'un mutuel accord, afin de vaquer au jeûne et à la prière." (1 Cor 7,5) Ailleurs, il est dit : "Cette espèce de démons n'est chassé que par la prière et le jeûne." (Mt 17,20) Ailleurs encore : "Après qu'ils eurent prié et jeûné, ils leur imposèrent les mains." (Ac 1,33)

Vous le voyez, partout la prière avec le jeûne. La lyre rend alors des sons plus mélodieux et plus suaves. Les cordes n'en sont pas relâchées par l'ivresse des sens; l'intelligence est pleine de vigueur, l'âme veille au sein de la lumière. Voilà comment il faut s'approcher de Dieu et Lui parler, seul à seul. Quand nous avons quelque chose d'important à dire à nos amis, nous les prenons à part afin de leur parler. A combien plus forte raison ne devons-nous pas en agir de même envers Dieu ? Entrons pour Lui parler dans le lieu le plus calme et le plus retiré de notre demeure, et nous obtiendrons absolument tout ce que nous Lui demandons, pourvu que nous Lui demandions des choses utiles. C'est un grand bien que la prière, encore une fois, quand elle part d'une âme reconnaissante et vigilante. Mais comment prouvons-nous que nous sommes reconnaissants ? C'est en nous appliquant à rendre grâces au Seigneur, non seulement lorsqu'Il nous accorde, mais aussi lorsqu'Il nous refuse l'objet de notre demande. Dans l'un et l'autre cas c'est pour notre bien qu'Il agit. Que vous avez donc reçu ou non, il dépend de vous de recevoir en ne recevant pas, et que vos voeux soient remplis alors même qu'ils paraissent déçus. Parfois, il vaut mieux pour nous ne pas obtenir qu'obtenir ce que nous demandons. Si cela n'était pas, Dieu nous accorderait toujours; mais il arrive que son refus soit une faveur éminente. C'est encore ainsi qu'Il diffère souvent de nous exaucer; ce n'est pas pour nous imposer une privation, ce retard est un artifice de sa Sagesse pour nous faire persévérer dans la prière. Trop souvent, après que nous avons obtenu ce que nous demandions, nous perdons le zèle pour la prière; c'est donc pour l'entretenir en nous qu'il diffère ses dons. Ainsi font les pères qui aiment vraiment leurs enfants : les voyant adonnés à la paresse et pleins d'ardeur seulement pour le jeu, ils tâchent de les retenir en leur faisant les plus belles promesses; de là de fréquents délais, ou même quelquefois des refus. Il n'est pas rare que nous demandions des choses nuisibles; or, Dieu qui connaît mieux que nous en quoi consiste notre bien, n'a garde alors d'écouter notre demande, Il nous fait du bien à notre insu et comme en dépit de nous-mêmes.

Faut-il s'étonner que nous ne soyons pas exaucés, quand nous savons que Paul éprouva la même chose ? Il demanda souvent sans obtenir; et non seulement il ne s'en attrista pas, mais encore il en rendit grâces à Dieu. "Voilà pourquoi, dit-il, j'ai par trois fois prié le Seigneur." (2 Cor 12,8) Trois fois est ici pris pour un grand nombre de fois. Si l'Apôtre a si souvent demandé en vain, n'est-il pas bien juste que nous persévérions dans la prière ? Mais examinons de plus près dans quelles dispositions il était après avoir essuyé de tels refus. Au lieu de s'en attrister, nous venons de le dire, il s'en glorifiait. Vous l'avez entendu : "Voilà pourquoi j'ai prié par trois fois le Seigneur; et Il m'a répondu : Ma grâce te suffit ; car ma Puissance éclate dans l'infirmité." Puis il ajoute : "Volontiers donc je me glorifierai dans mes infirmités." (Ibid., 9)

Quelle reconnaissance dans le serviteur ! Il a demandé d'être délivré de ses infirmités, et Dieu n'a pas voulu; bien loin cependant de s'abandonner à la tristesse, Paul se glorifie de ces mêmes infirmités. Mettons nos âmes dans de semblables dispositions : que Dieu nous accorde ou nous refuse ce que nous Lui demandons, rendons-Lui également grâces; car dans les deux cas, c'est pour notre bien qu'Il agit. S'il a le pouvoir de donner, Il a celui de donner quand il veut et ce qu'il veut, ou même de ne pas donner. Vous ne savez pas ce qui vous est profitable; Il le sait parfaitement. Vous demandez souvent des choses nuisibles et pernicieuses; et pourvoyant à votre salut beaucoup mieux que vous-même, Il refuse de vous exaucer, Il a tout prévu pour votre bien sans attendre votre prière. Si les pères selon la chair n'accordent pas tout à leurs petits enfants qui les sollicitent, ce n'est certes pas qu'ils dédaignent leur bonheur, c'est plutôt par sollicitude pour eux : à plus forte raison devons-nous reconnaître cette même conduite en Dieu, lui dont l'amour et la prévoyance n'ont pas d'équivalent sur la terre. Vaquons donc sans cesse à la prière, non seulement le jour, mais encore la nuit. Écoutez ce que dit notre saint prophète : "Au milieu de la nuit je me levais pour rendre hommage à l'équité de tes jugements." (Ps 119:62) Voilà donc un roi, occupé de tant de soins, chargé de tant de peuples, de cités et de provinces, obligé de pourvoir à la direction des affaires et dans la paix et dans la guerre, voyant toujours se dresser devant lui de nouveau sujets de sollicitude, au point de ne pouvoir pas respirer un instant, et qui malgré cela s'applique à l'exercice de la prière le jour et la nuit. S'il en était ainsi d'un monarque, au milieu des délices et des soucis, des distractions et des labeurs de la royauté; si, dans une telle condition, il montrait plus de zèle et d'assiduité que les moines eux-mêmes qui vivent sur les montagnes, quel espoir de pardon pouvons-nous avoir, je vous le demande, nous qui, menant une vie si calme et si libre, n'ayant à nous occuper que de nous, non seulement dormons les nuits entières, mais encore dans le jour ne nous acquittons pas avec l'application convenable des prières obligées ?

Quelle arme que la prière et quelle beauté ! c'est un port assuré, un trésor inépuisable, une richesse qu'on ne peut nous ravir. Quand nous allons solliciter les hommes, il ne faut pas reculer devant les frais ni devant les flatteries les plus obséquieuses, il y a mille démarches à faire, mille précautions à s'imposer. Souvent il n'est pas permis d'aborder directement le maître et de lui demander la faveur qu'on attend de lui; on est dans la nécessité de recourir avant tout à ceux qui gèrent ses intérêts et sa maison, de les gagner par des présents, par des paroles adroites, par tous les moyens possibles, si l'on veut arriver au but qu'on s'est proposé. Les choses ne vont pas ainsi par rapport à Dieu : Il nous accorde sa grâce beaucoup plus aisément sur notre propre demande que sur la demande d'autrui. Et d'ailleurs, nous trouvons ici notre avantage, comme nous l'avons déjà dit, soit qu'Il nous accorde, soit qu'Il nous refuse; tandis que là nous éprouvons la plupart du temps un dommage dans les deux cas. Puisqu'il nous est donc plus profitable et plus facile de nous adresser à Dieu, gardons-nous de négliger la prière. Dieu vous sera d'autant plus favorable et vous octroiera d'autant mieux l'objet de vos désirs, que vous le prierez par vous-même avec une conscience pure, un esprit vigilant, une attention soutenue, contrairement à ce que font un si grand nombre, dont la langue prononce les paroles de la prière, mais dont la pensée erre partout ailleurs, dans leur maison, sur les places publiques et les grandes routes. Il faut reconnaître en cela les manoeuvres du diable : comme il sait bien que nous pouvons alors obtenir le pardon de nos péchés, il s'efforce de nous fermer le port de la prière, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour éloigner notre âme des paroles que nous prononçons, afin que cet exercice soit pour nous une perte plutôt qu'un gain.

N'ignorant pas ces choses, quand tu approches de Dieu, n'oublie pas, ô homme, à qui tu parle. Pour exciter ta vigilance, il suffit que tu te souviennes, en effet, de celui qui doit t'accorder sa grâce. Porte tes yeux vers le ciel, et que la foi te rende présent le Dieu qui t'écoute. Quand tu abordes un homme revêtu de quelque dignité, n'importe laquelle, serais-tu du caractère le plus insouciant, toutes tes facultés sont aussitôt éveillées, ton âme est là tout entière : combien plus, en pensant que nous allons parler au souverain Maître des anges, puiserons-nous dans cette pensée une vive et profonde attention ? S'il faut t'indiquer une autre voie pour secouer ta torpeur, je consens à te la dire. La prière finie, nous nous apercevons fréquemment que nous n'avons rien entendu de ce que nous venons de dire. Dans ce cas, reprenons aussitôt notre prière; et, si la même chose nous arrive encore, reprenons-la trois et quatre fois, s'il le faut, et ne la quittons pas que nous ne l'ayons faite tout entière avec un esprit attentif. Dès que le démon verra cette persévérance et cette énergie, il cessera de nous tendre ses embûches, sachant désormais qu'il n'obtient d'autre résultat que de nous obliger à redire plusieurs fois notre prière. Nous recevons, mes bien-aimés, de nombreuses blessures, soit de la part de la famille, soit de la part des étrangers, dans notre maison et sur le marché, dans les affaires publiques et privées, de la part des voisins et des amis. Portons remède à toutes ces blessures dans le temps de la prière. Si nous allons à Dieu d'un coeur ardent et sincère, avec autant d'attention que de ferveur, en Lui demandant pardon de nos fautes, Il nous accordera pleinement ce pardon. Puissions-nous tous l'obtenir par la grâce et l'amour de notre Seigneur Jésus Christ, à qui gloire, en même temps qu'au Père et au saint Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

- Jean Chrysostome





Pour vous préparer à rencontrer Dieu,

voici les 5 pas vers le ciel









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