I, 1. Salut à vous, fils et filles tans la paix, par le nom du
Seigneur qui nous a aimés.
2. Devant la grandeur et la splendeur des desseins de Dieu à
votre égard, ce qui plus que toute autre chose me cause une
excessive joie ce sont vos âmes bénies et glorieuses,
tant la grâce du don spirituel que vous avez reçu s'est implantée
en elles. 3.
C'est ce qui augmente encore la joie que j'éprouve en moi-même,
pat l'espérance que j'ai d'être sauvé, quand je vois
qu'en toute
vérité l'Esprit s'est répandu sur vous, jaillissant
de l'intarissable source qu'est le Seigneur (cf. Tt 3, 5-6).
C'est à ce point que m'a frappé votre vue si ardemment
souhaitée. 4. Je suis intimement persuadé qu'après
avoir causé avec vous,
j'ai encore beaucoup à dire, car le Seigneur s'est fait mon
compagnon dans le chemin de la justice ; et je suis moi aussi tout à
fait
contraint de vous aimer plus que mon âme, car une grande foi
et une grande charité habitent en vous, " avec l'espérance
de sa
vie " (Tt 1, 2 ; 3, 7). 5. J'ai donc réfléchi que, si
je prenais soin de vous faire part de ce que j'ai reçu, l'aide que
j'aurais accordée à
des âmes telles que les vôtres ne serait pas sans récompense,
et je m'empresse de vous écrire brièvement afin qu'avec la
foi vous
ayez une connaissance parfaite.
6. Les maximes du Seigneur sont au nombre de trois :
* " L'espérance de la vie " (Tt 1, 2 ; 3, 7), commencement et
fin de notre foi ;
* La justice, commencement et fin du jugement ;
* L'amour oeuvrant dans la joie et l'allégresse, qui témoigne
de cette justice.
7. Le Maître, en effet, nous a révélé par
les prophètes les choses passées et présentes, et
nous a donné de goûter par avance aux
choses futures (cf. Justin, 1 Apol., XIII, 9-10 ; LII). Voyant donc
celles-ci s'accomplir, chacune à leur tour, comme il nous l'avait
dit, nous devons progresser dans la crainte de Dieu, nous donner davantage
et monter plus haut.
8. Pour moi, ce n'est pas comme maître, mais comme l'un d'entre
vous que je veux vous donner quelques enseignements, qui vous
apporteront de la joie dans ce temps où nous vivons.
II, 1. Puis donc que les jours sont mauvais, que l'ennemi est à
l'oeuvre et qu'il en a reçu le pouvoir, il nous faut veiller sur
nous-mêmes et rechercher les commandements du Seigneur. 2. Or,
la foi est secourue par la crainte et la patience, nos alliées sont
la longanimité et la tempérance. 3. Lorsque ces vertus
demeurent sans atteinte devant Dieu, la sagesse, l'intelligence, la science,
la
connaissance viennent leur tenir compagnie dans la joie (cf. Clément
d'Alexandrie, Strom., II, 6, 31).
4. Il nous a dit clairement par tous les Prophètes qu'il n'a
que faire des sacrifices, des holocaustes ou des offrandes. Il dit, par
exemple :
5. " Que m'importent vos innombrables sacrifices ? dit le Seigneur.
Je suis rassasié des holocaustes ;
La graisse des agneaux, le sang des taureaux et des boucs, je n'en
veux point ;
Pas davantage quand vous venez vous présenter devant moi.
Qui donc vous a invités à m'offrir ces dons de vos mains
?
N'allez pas fouler de nouveau mes parvis.
Si vous m'offrez de la fleur de farine, c'est en vain ; l'encens m'est
en horreur.
Vos nouvelles lunes et vos sabbats, je ne les supporte plus " (Is 1,
11-13).
6. Il a donc abrogé tout cela afin que la nouvelle loi de notre
Seigneur Jésus-Christ soit libre du joug de la nécessité
; qu'elle ne
connaisse pas l'offrande faite de main d'homme. 7. Il leur dit encore
: " Est-ce que j'ai prescrit à vos pères, quand ils sortirent
d'Égypte, de m'offrir des holocaustes et des sacrifices ? 8.
Non, mais voici la prescription que je leur ai faite (Jr 7, 22-23) : Ne
méditez pas en vos coeurs du mal l'un contre l'autre, chacun
contre son prochain. N'aimez pas le faux serment " (Za 8, 17).
9. Nous devons donc comprendre, si nous ne sommes pas sans intelligence,
l'intention toute de bonté de notre Père, et que, s'il
nous parle, c'est qu'il veut nous voir rechercher, sans nous égarer
comme ceux-là, le vrai moyen de nous approcher de lui. 10. Il
nous dit donc : " Le sacrifice pour le Seigneur, c'est un c_ur brisé
(Ps 50, 19) ; le parfum de bonne odeur pour le Seigneur, c'est
un c_ur qui rend gloire à son Créateur " (Aut. inc.).
Nous devons donc, frères, nous appliquer avec beaucoup de soin
à notre salut, pour empêcher l'ennemi d'insinuer en nous
l'égarement et de nous précipiter hors de notre vie.
III, 1. Le Seigneur dit également aux Juifs, à ce sujet
:
" A quoi bon, votre jeûne, dit le Seigneur.
Pourquoi ne faire entendre aujourd'hui que des cris ?
Ce n'est pas le jeûne que j'avais choisi, dit le Seigneur.
Ce n'est pas ainsi que je désire que l'homme humilie son âme.
2. Courber la tête comme un anneau, revêtir le sac et coucher
sur la cendre, n'appelez plus cela un jeûne agréable au Seigneur
"
(Is 58, 4-5).
3. Quant à nous, il nous dit :
" Voici le jeûne qui me plaît, oracle du Seigneur.
Romps les chaînes injustes,
délie les liens du joug de la violence,
renvoie libre les opprimés,
et déchire tout contrat inique.
Partage ton pain aux affamés,
vêts celui que tu vois nu,
héberge les sans-abri sous ton toit.
Si tu vois un misérable ne le méprise pas
et ne te dérobe pas aux parents qui sont de ton sang.
4. Alors, ta lumière poindra comme l'aurore, et tes vêtements
ne tarderont pas à resplendir
La justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t'environnera.
5. Alors, si tu cries, le Seigneur répondra ;
tu parleras encore, qu'il te dira : me voici ;
si tu exclus de chez toi le joug,
le geste menaçant et les propos impie,
si tu donnes de tout coeur ton pain à l'affamé,
si tu traites avec la miséricorde l'âme humiliée
" (Is 58, 6-10).
6. Frères, le Seigneur longanime a voulu que la foi de son peuple
soit sans mélange, de ce peuple qu'il s'est acquis en son
bien-aimé, et c'est pour cela qu'il nous avertit à l'avance
de toutes choses, de peur que, nouveaux venus en Israël, nous ne nous
brisions contre sa loi.
IV, 1. Il nous faut donc examiner à fond les circonstances présentes
et chercher ce qui peut nous sauver. Fuyons absolument
toutes les oeuvres de l'iniquité ; sinon, ce sont elles qui
se saisiront de nous. Haïssons l'égarement du temps présent,
afin d'être
aimé dans le temps à venir. 2. Ne relâchons pas
à ce point nos âmes qu'elles se croient permis de courir en
compagnie des
pécheurs et des méchants ; sinon, nous finirons par leur
ressembler
3. Le scandale de la fin s'est approché, comme dit l'Écriture
par la bouche d'Énoch (cf. Hénoch 89, 61-64). Le Seigneur
a réduit
les temps et les jours afin que se hâtât son bien-aimé,
et qu'il entrât en possession de son héritage. 4. Le prophète
aussi s'exprime
ainsi : " Dix royaumes se lèveront sur la terre ; après
eux se lèvera un petit roi la qui soumettra à la fois trois
des rois " (cf. Dn 7,
24).
5. Et Daniel dit encore à ce propos : " Je vis la quatrième
bête féroce, puissante, et terrible plus que tous les monstres
marins ; il
lui poussa dix cornes, d'où sortit une petite corne qui abaissa
d'un coup trois des grandes cornes " (cf. Dn 7, 7-8). 6. Vous devez
comprendre.
Je vous en prie, une fois encore, moi qui suis l'un d'entre vous, et
qui vous chéris tous et chacun plus que ma vie, veillez sur
vous-mêmes et ne ressemblez pas à certaines personnes,
n'accumulez pas les fautes en disant que l'Alliance est aux Juifs comme
à
nous. 7. Elle est à nous assurément. Mais eux l'ont perdue
définitivement, lors même que Moïse venait de la recevoir.
L'Écriture
dit en effet : " Moïse demeura sur la montagne quarante jours
et quarante nuits sans manger et sans boire et il reçut du Seigneur
l'Alliance: les Tables de pierre écrites du doigt de la main
du Seigneur " (cf. Ex 31, 18 ; 34, 28). 8. Mais pour s'être tournés
vers
les idoles, ils ont réduit à néant cette alliance.
Voici, en effet, ce que dit le Seigneur : " Moïse, Moïse, descends
vite, car ton
peuple a péché, ce peuple que tu as fait sortir d'Égypte
" (Ex 32, 7 ; Dt 9, 12). Moïse comprit et jeta les deux Tables de
ses
mains et leur alliance se brisa afin que celle du bien aimé
Jésus fût scellée dans notre coeur par l'espérance
de notre foi en lui. 9.
Tout ce que je désire vous écrire, ce n'est pas en maître,
mais en ami qui ne réserve rien de ce qu'il possède, moi
qui ne suis qu'un
rebut à votre service.
Faisons bien attention puisque voici les derniers jours, car tout le
temps de notre vie et de notre foi nous serait inutile, si
maintenant, dans le temps du péché et au milieu des scandales
à venir, nous ne tenions pas bon comme il convient à des
fils de
Dieu. 10. Pour que le Ténébreux ne puisse s'infiltrer
parmi nous, fuyons toute vanité, haïssons sans biaiser les
oeuvres de la
mauvaise voie. Ne vivez pas dans l'isolement comme si vous étiez
déjà justifiés, mais rassemblez-vous et étudiez
ensemble ce qui
concerne l'intérêt commun. 11. Car l'Écriture dit
: " Malheur à ceux qui se croient sages et s'estiment très
avisés " (Is 5, 21).
Soyons des hommes spirituels, des temples parfaits pour Dieu. Autant
qu'il est en nous, a " exerçons-nous à la crainte " (Is 33,
18) de Dieu et luttons pour garder ses commandements, afin que ses
saintes volontés nous réjouissent.
12. Le Seigneur jugera le monde " sans acception de personnes " (1
P 1, 17). Chacun obtiendra le prix de ses oeuvres. Qui aura
fait le bien sera précédé de sa justice ; qui
aura mal agi verra venir à lui le salaire de son iniquité.
13. Ne nous reposons jamais sur
notre qualité d'élus, nous nous endormirions dans nos
péchés, et le mauvais prince prendrait pouvoir sur nous et
nous repousserait
du Royaume du Seigneur. 14. Une chose encore, frères, à
quoi il vous faut penser, lorsque vous voyez, après de tels signes
et de
tels miracles accomplis en Israël, ce peuple se trouver néanmoins
abandonné : tâchons qu'il ne se trouve pas chez nous aussi,
comme dit l'Écriture, " beaucoup d'appelés et peu d'élus
" (Mt 20, 16 ; 22, 14).
V, 1. Si le Seigneur a souffert de livrer sa chair à la destruction,
c'était pour nous purifier par la rémission des péchés
qui s'opère
par l'aspersion de son sang. 2. L'Écriture parle de lui à
ce sujet, tantôt pour Israël, tantôt pour nous :
" Il a été frappé à cause de nos péchés,
écrasé à cause de nos crimes, et c'est grâce
a ses plaies que nous sommes guéris. On
l'avait conduit comme un agneau à la boucherie, comme devant
les tondeurs, une brebis muette " (Is 53, 5-7)
3. C'est pourquoi nous devons rendre au Seigneur les plus grandes actions
de grâces, de nous avoir révélé le passé
et le présent ;
et même l'avenir ne nous est pas tout à fait obscur. 4.
Or, l'Écriture dit : " Ce n'est pas en vain qu'on tend les filets
pour les
oiseaux " (Pr 1, 17). C'est-à-dire : on mérite de périr
si, connaissant la voie de la justice, on s'en tient éloigné
pour aller dans celle
des ténèbres.
5. Autre chose, frères : Le Seigneur a enduré de souffrir
pour nos âmes, lui le Seigneur du monde entier à qui Dieu
avait dit dès
l'origine du monde: " Faisons l'homme à notre image et ressemblance
" (Gn 1, 26). Eh bien, comment a-t-il enduré de souffrir de
la main des hommes ? Apprenez-le : 6. " Les prophètes ont reçu
de lui la grâce de prophétiser à son sujet. Eh bien
! comme pour
anéantir la mort et prouver sa résurrection il devait
se manifester dans la chair, il a enduré de souffrir, 7. afin d'accomplir
la
promesse faite à nos pères, de s'acquérir pour
lui-même le peuple nouveau en montrant durant son séjour sur
cette terre que c'est
lui qui ressuscite les morts, lui qui juge.
8. Enfin, en enseignant Israël et en lui montrant tous les miracles
et les signes que vous savez, il proclama son message et lui
montra son excessif amour. 9. Puis il choisit pour ses propres Apôtres,
pour ceux qui devaient être plus tard les hérauts de
l'Évangile, des hommes plus que pécheurs afin de montrer
" qu'il n'était pas venu appeler les justes, mais les pécheurs
" (Mt 9,
13), et c'est à cette occasion qu'il fit bien connaître
qu'il était le fils de Dieu.
10. S'il n'était pas venu dans la chair, comment les hommes
auraient-ils pu, sans mourir, soutenir sa vue, alors que le soleil, oeuvre
périssable qu'il a façonnée de ses mains, ils
ne peuvent le regarder en face et soutenir ses rayons ? 11. Si le Fils
de Dieu est venu
dans la chair, c'est donc pour mettre le comble aux iniquités
de ceux qui ont persécuté à mort les prophètes.
12. C'est pour cela
qu'il a enduré de venir. Dieu dit en effet que la meurtrissure
de sa chair, c'est à eux qu'il la doit : e " Ils frapperont le berger
et les
brebis du troupeau périront " (cf. Za 13, 6,7 ; Mt 26, 31).
13. Mais c'est lui qui a voulu souffrir de la manière qu'il a souffert.
Il
fallait, en effet, qu'il souffrît sur le bois. Car le prophète
dit de lui : " Délivre de l'épée mon âme " (cf.
Ps 21, 21) ; et : " Transperce
mes chairs car une bande de vauriens m'assaille " (cf. Ps 118, 120
; 21, 17). 14. Et ailleurs : " Voici : j'ai tendu mon dos aux
fouets et mes joues aux soufflets. J'ai rendu mon visage dur comme
la pierre " (Is 50, 6-7).
VI, 1. Sur le temps où il aura accompli sa mission, que dit-il
?
" Qui oserait m'intenter un procès ?
Qu'alors nous comparaissions ensemble!
Qui estime avoir un droit contre moi ?
Qu'il s'approche de moi.
2. Malheur à vous! Tous, vous vous en irez en loques comme un
vêtement
Et la teigne vous rongera " (Is 50, 8-9).
Le prophète parle encore du temps où il sera placé
comme une solide pierre à moudre : " Voici que je pose pour assises
de Sion
une pierre précieuse, de choix, une pierre d'angle de grande
valeur " (Is 28, 16 ; cf. Rm 11, 33 ; 1 P 2, 6). 3. Et aussitôt il
ajoute :
" Celui qui croira en lui vivra éternellement " (cf. Is 28,
16). C'est donc sur une pierre que repose notre espérance ? A Dieu
ne
plaise ; mais il veut dire que le Seigneur a durci sa chair : " J'ai
rendu mon visage dur comme pierre " (Is 50, 7). 4. Ailleurs le
prophète dit : " La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la tête de l'angle " (Ps 117, 21) ; et encore : " Voici
le jour que
le Seigneur a fait ; jour de grandes merveilles " (Ps 117, 23-24).
5. Je vous écris tout simplement pour que vous compreniez, moi,
pauvre rebut aux pieds de votre charité.
6. Que dit encore le prophète ? : " Une bande de vauriens m'assaillent
" (Ps 21, 16) ; " Ils m'ont environné comme les abeilles un
rayon de miel " (Ps 117, 12) ; et : " Ils ont tiré mes vêtements
au sort " (Ps 21, 19).
7. Ainsi comme il devait se révéler dans la chair et
y souffrir, sa passion a été prédite d'avance. Le
prophète, en effet, dit au sujet
d'Israël : " Malheur à leur âme : car le complot
qu'ils complotent c'est à eux qu'il nuira lorsqu'ils disent : Lions
le juste, car il nous
gêne " (Is 3, 9-10 ; cf. Sg 11, 12).
8. Et que leur dit Moïse, un autre prophète: " Entrez dans
le pays que j'ai promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob.
Prenez-en possession, c'est votre héritage, une terre où
coulent le lait et le miel " (Ex 33, 1-3 ; cf. Lv 20, 24).
9. Mais apprenez ce que dit la gnose : " Espérez en Jésus
qui se manifestera à vous dans la chair. " Or l'homme est une terre
de
souffrance puisque Adam fut modelé avec de la terre.
10. Pourquoi donc est-il dit " Allez dans une terre excellente où
coulent le lait et le miel " (Ex 33, 3).
Loué soit notre Seigneur, frères, qui nous a donné
la sagesse et l'intelligence de ses secrets. Le prophète nous trace
bien une
allégorie du Christ. Qui saura le comprendre, si ce n'est celui
qui est sage et instruit et aimé du Christ ?
11. Lorsqu'il nous a renouvelés par la rémission des
péchés, il nous a donne une forme nouvelle, nous donnant
une âme d'enfant
comme s'il nous créait à nouveau. 12. Car c'est de nous
que parle l'Écriture lorsque Dieu parle ainsi au Fils : " Faisons
l'homme à
notre image et ressemblance, et qu'il domine sur les oiseaux du ciel
et le poissons de la mer " (Gn 1, 26). Et le Seigneur, voyant
l'_uvre merveilleuse que nous étions, dit encore : " Croissez,
multipliez, remplissez la terre ! (Gn 1, 28).
Ces paroles sont donc à l'adresse du Fils. 13. Mais je vais
vous montrer encore comment il affirme avoir fait, dans les derniers
temps, une deuxième création. Le Seigneur dit en effet
: " Voici, je vais faire les dernières choses comme les premières
" (cf. Mt
19, 30 ; 20, 16). C'est à cela que se réfère la
parole du prophète : " Entrez dans le pays où coulent le
lait et le miel et rendez-vous
en les maîtres " (Ex 33,3 ; Gn 1, 28). 14. Or, remarquez-le,
nous avons été créés à nouveau comme
on peut le lire dans un autre
prophète : " Quant à ceux-là, dit le Seigneur,
--c'est-à-dire ceux que l'Esprit du Seigneur voyait d'avance-- je
leur ôterai leur
coeur de pierre et je leur donnerai un coeur de chair " (Ez 11, 19
; 36, 26). C'est que lui-même devait se manifester dans la chair
et habiter chez nous. 15. Oui, c'est un temple saint pour le Seigneur,
frères, que l'habitation de nos coeurs. 16. Car il dit encore :
" Où me présenter devant le Seigneur mon Dieu pour être
glorifié ? " (cf. Ps 61, 3) ; et il répond : " Je te confesserai
dans
l'assemblée de mes frères, je te chanterai au milieu
de l'assemblée des saints " (cf. Ps 21, 23).
C'est donc bien nous qu'il a conduits dans cette terre excellente.
17. Pourquoi donc le lait et le miel ? Parce que l'enfant est nourri
d'abord de miel, puis de lait. C'est pourquoi nous aussi, nourris par
la foi en la promesse et par la parole, nous vivrons et serons
les maîtres de la terre. 18. Le Seigneur avait prophétisé
comme nous disions plus haut : " Qu'ils croissent et se multiplient et
dominent sur les poissons " (Gn. 1, 28). Or, qui donc peut maintenant
commander aux bêtes, aux poissons, aux oiseaux du ciel ?
Car il nous faut remarquer que commander, c'est avoir le pouvoir d'imposer
l'ordre donné. 19. Or ceci n'est pas encore réalisé
;
le Seigneur nous a dit quand il en serait ainsi : lorsque nous serons
entrés pleinement dans l'héritage du testament du Seigneur.
VII, 1. Mettez-vous donc dans l'esprit, enfants de l'allégresse,
que notre excellent Seigneur nous a tout révélé d'avance
afin que
nous sachions à qui doivent aller toujours nos actions de grâces
et nos louanges. 2. Or, si le Fils de Dieu, lui, le Seigneur, " qui
doit juger les vivants et les morts " (2 Tm 4, 1) a souffert pour que
ses meurtrissures nous donnent la vie, croyons aussi que le Fils
de Dieu n'a pu souffrir qu'à cause de nous .
3. Mais, sur la croix, " il fut abreuvé de vinaigre et de fiel
" (cf. Mt 27, 34-48). Écoutez comment les prêtres du Temple
l'avaient
indiqué. Il y avait, dans l'Écriture, ce précepte
: " Celui qui ne jeûnera pas le jour du jeûne sera mis à
mort " (cf. Lc 23, 29) parce
que le Seigneur devait, pour nos péchés, offrir en sacrifice
le vase renfermant son esprit, pour accomplir ce que figurait le sacrifice
d'Isaac sur l'autel. 4. Or, qu'est-il dit dans le prophète ?
" Qu'ils mangent du bouc offert au jour du jeûne pour tous les
péchés. "Et, faites-y bien attention, " les prêtres
seuls mangèrent les viscères non lavés avec du vinaigre
" (Aut. inconnu). 5.
Pourquoi ? Parce que, moi qui vais offrir ma chair en sacrifice pour
les péchés de mon nouveau peuple, " vous m'abreuverez de
vinaigre et de fiel " (Mt 27, 34, 48). Vous me mangerez, vous seuls,
pendant que le peuple jeûnera et se frappera la poitrine sur le
sac et la cendre. Et pour montrer que c'est par eux qu'il lui faut
souffrir : 6. " Prenez deux boucs, de bon poids et de même taille
;
que le prêtre en prenne un et l'offre comme holocauste " (Lv
16, 7-9). 7. Et l'autre bouc, qu'en feront-ils : " Que celui-ci soit
maudit " (cf. Lv 16, 8-10).
Or, remarquez comment c'est Jésus qui est manifesté ici
en figure : 8. " Crachez tous sur lui, percez-le avec un aiguillon, coiffez-le
d'une laine rouge écarlate et chassez-le ainsi dans le désert
" (Aut. Inc.). Et lorsque tout cela est accompli, celui qui tient le bouc
le
conduit vers le désert, lui enlève la laine, et la met
sur un buisson, que nous appelons ronce : nous aimons en manger les fruits
lorsque nous en trouvons dans la campagne, il n'y a que ceux de la
ronce pour être si doux.
9. Mais faites attention à la signification de ce fait. " Un
bouc sur l'autel, l'autre est maudit " (Lv 16, 8) ; et celui qui est maudit
est
couronné. C'est qu'ils verront un jour Jésus, le corps
enveloppé dans le vêtement écarlate et ils diront :
" N'est-ce pas celui que
nous avons autrefois crucifié, outragé, couvert de coups
et de crachats ? " En vérité, c'est bien cet homme qui affirmait
alors qu'il
était le Fils de Dieu.
10. Mais pourquoi un bouc semblable à un autre ? " Les deux
boucs doivent être semblables, de belle apparence, de même
taille
" (cf. Lv 16, 7), pour exprimer que voyant le Christ revenir, les Juifs
seront frappés de stupeur par sa ressemblance avec le
Crucifié. C'est là la ressemblance des boucs. Voici donc
la figure de Jésus qui devait souffrir.
11. Mais pourquoi a-t-on déposé la laine au milieu des
épines ? C'est une figure de Jésus proposée pour l'Église
; elle veut dire
que si on veut enlever la laine pourpre, il faut beaucoup souffrir
car les épines sont cruelles et ce n'est qu'en peinant qu'on peut
s'en emparer. C'est ainsi, dit le Seigneur, que ceux qui veulent me
voir et atteindre mon Royaume doivent m'obtenir par les
tribulations et les souffrances (cf. Nb 19).
VIII, 1. Et ce précepte fait à Israël, de quoi est-il
la figure, à votre avis ? Les hommes coupables de péchés
graves doivent offrir
une génisse, l'égorger et la brûler ; ensuite de
jeunes enfants recueillent la cendre, la mettent dans des vases ; puis
ils enroulent
autour d'un bois de la laine écarlate (encore une figure de
la croix, encore une fois la laine écarlate) et de l'hysope. Enfin
ces
jeunes gens aspergent tout le peuple, individu par individu, afin de
les purifier de leurs péchés. 2. Voyez comme ce fait est
simple
à interpréter. La génisse, c'est Jésus,
les hommes pécheurs qui l'offrent sont ceux qui l'ont mené
à la tuerie. Mais après, ils ne sont
plus, ces hommes ; elle n'est plus, la gloire des pécheurs.
3. Les jeunes gens qui aspergent sont ceux qui proclament la bonne
nouvelle de la rémission des péchés et de la purification
des coeurs. A eux furent confiés tous les pouvoirs pour proclamer
l'Évangile ; ils étaient douze, justifiant par leur nombre
les tribus (il y avait, en effet, douze tribus en Israël). 4. Et pourquoi
trois
jeunes gens étaient-ils chargés de l'aspersion ? A cause
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, tous trois grands devant Dieu. 5.
Pourquoi la laine sur le bois ? Parce que la royauté de Jésus
repose sur le bois, et ceux qui espèrent en lui vivront éternellement.
6. Pourquoi avec la laine, l'hysope ? Parce que dans son royaume, il
y aura des jours mauvais, des jours de souillure, et nous,
nous serons sauvés, comme le malade guérit avec le jus
de l'hysope. 7. Ainsi, quand les événements sont si limpides
pour nous, et
si obscurs pour les autres, c'est que ceux-ci n'ont pas écouté
la parole du Seigneur.
IX, 1. Car c'est des oreilles qu'il parle lorsqu'il nous dit comment
il a circoncis nos coeurs. Le Seigneur dit dans le prophète : "
Ils
sont tout oreilles et m'obéissent " (Ps 17, 45). Et ailleurs
: " Ils écouteront, les plus lointains, ils sauront ce que j'ai
fait " (Is 33, 13).
Et ailleurs : " Circoncisez vos coeurs " (Jr 4, 4). 2. Puis encore
: " Écoute, Israël, voici ce que dit le Seigneur ton Dieu "
(Jr 7,
2-3). Ailleurs l'Esprit du Seigneur prophétise : " Où
est l'homme qui désire la vie à jamais ? Qu'il prête
l'oreille à la voix de mon
serviteur " (Ps 33,13 ; Ex 15, 26). 3. Et encore : " Cieux, écoutez,
terre, prête l'oreille, car le Seigneur dit ces choses afin qu'elles
vous soient un témoignage " (Is 1, 2). Et aussi : " Écoutez
la parole du Seigneur, princes de ce peuple " (Is 1, 10). Ou bien :
" Écoutez, enfants, la voix qui crie dans le désert "
(Is 40, 3). Ainsi donc il a circoncis notre ouïe afin qu'écoutant
sa parole, nous
ayons la foi. 4. Mais l'autre circoncision en laquelle ils avaient
mis leur espérance, elle est anéantie. Il leur avait dit
que la
circoncision ne concernait pas la chair. Mais ils passèrent
outre, car un mauvais ange les avait séduits.
5. Dieu leur dit : " Voici ce que dit le Seigneur votre Dieu (et c'est
ainsi que je trouve le précepte) : " Ne semez pas sur les épines,
soyez circoncis pour le Seigneur " (Jr 4, 3-4). Et que dit-il encore
? : " Circoncisez votre c_ur et ne raidissez plus votre nuque "
(Dt. 10, 16). Ajoutez ceci : " Voici, dit le Seigneur : Tous ces peuples-là
sont incirconcis du prépuce, mais ce peuple-ci est
incirconcis du c_ur " (Jr 9, 25-26).
6. Mais, dira-t-on, la circoncision pour le peuple était comme
un sceau d'alliance. Or tous les Syriens et les Arabes, les prêtres
des idoles faisaient de même. Est-ce qu'ils appartiennent donc
également à l'Alliance ? Les Égyptiens aussi pratiquent
la
circoncision.
7. Soyez abondamment instruits sur toutes choses, enfants de la dilection
: Abraham, qui le premier a pratiqué la circoncision, le fit
en contemplant en esprit Jésus ; il avait, en effet, été
initié au sens des trois lettres. 8. L'Écriture dit en effet
: " Abraham circoncit
les hommes de sa maison au nombre de 18 et 300 " (cf. Gn 17, 23-27
; 14, 14). De quel mystère reçut-il donc la connaissance
?
Remarquez qu'on nomme d'abord les dix-huit, et après un intervalle
les trois cents. Dix-huit, c'est : dix, iota, huit, êta --ce qui
fait
I H = Jésus. Et comme la croix en forme de tau est source de
la grâce, on ajoute encore trois cents = T. Jésus est désigné
par les
deux lettres, la croix par la seule troisième. 9. Il le sait
bien, celui qui a mis en nous le don de sa doctrine ; personne n'a entendu
de moi explication plus profonde. Mais je sais que vous en êtes
dignes.
X, 1. Si Moise dit : " Vous ne mangerez ni porc, ni aigle, ni épervier,
ni corbeau, ni poisson dépourvu d'écailles " (cf. Lv 11 ;
Dt
14) c'est qu'il avait reçu l'intelligence d'un triple enseignement.
2. Cependant le Seigneur dit, dans le Deutéronome : " J'exposerai
à
ce peuple mes volontés " (cf. Dt 4, 1-5). Ce n'est donc pas
un commandement de Dieu que de ne pas manger, mais Moïse a
parlé au sens spirituel. 3. Voilà ce qu'il voulait dire
à propos du porc : " Ne va pas t'attacher à ces hommes qui
sont semblables à
des porcs : quand ils sont dans les délices, ils oublient le
Seigneur ; dans ils sont dans le dénuement, ils se souviennent de
lui,
exactement comme le porc qui, lorsqu'il se repaît, ne connaît
plus son maître, mais se met à grogner lorsqu'il a faim. Puis
lorsqu'il a
reçu sa pâture se tait derechef.
4. " Tu ne mangeras pas non plus ni aigle, ni épervier, ni milan,
ni corbeau " (Lv 11, 13-16) : ne va pas t'attacher, pour leur
devenir semblable, à ces hommes qui ne savent pas gagner leur
pain au prix de leur peine et de leur sueur, mais qui s'emparent
injustement du bien d'autrui. Ils sont aux aguets, tout en se promenant
avec un air candide, et ils épient la proie que leur convoitise
va dépouiller ; comme ces oiseaux, les seuls de l'espèce,
qui au lieu de se procurer leur nourriture, restent perchés
paresseusement, et cherchent à dévorer les autres, vraie
peste par leur malfaisance.
5. " Tu ne mangeras pas non plus de murène, ni de polype, ni
de sèche (cf. Lv 11, 10). Ne vas pas devenir semblable, pour t'y
être attaché, à ces hommes totalement impies, et
déjà condamnés à la mort, qui ressemblent à
ces poissons, seuls à être maudits,
qui nagent dans les profondeurs, non pas quand ils plongent seulement,
mais qui ont élu dans les bas-fonds de l'abîme leur
demeure.
6. " Tu ne mangeras pas non plus de lièvre. " Pourquoi ? Cela
veut dire: tu ne seras pas corrupteur d'enfants et m n'imiteras pas
les gens de cette sorte ; car le lièvre acquiert chaque année
un anus de plus ; autant il a d'années, autant il a d'ouvertures.
7. " Tu ne mangeras pas non plus de la hyène " (Aut. inc.).
C'est-à-dire tu ne seras ni adultère, ni séducteur,
tu n'imiteras pas les
gens de cette sorte. Pourquoi ? Parce que cet animal change de sexe
tous les ans, il est tour à tour mâle et femelle.
8. Moïse a également haï " la belette " (Lv 11, 29)
d'une sainte haine. Ne va pas ressembler, veut-il dire, à ces personnes
qui,
dit-on, commettent de leur bouche le péché d'impureté
; ne te lie pas avec ces personnes impudiques qui pèchent avec leur
bouche. Tel cet animal qui conçoit par la gueule.
9. Ainsi Moïse qui avait reçu un triple enseignement sur
les aliments, a-t-il usé d'un langage spirituel. Mais les Juifs,
charnels
comme ils l'étaient, comprirent qu'il s'agissait de la nourriture.
10. David reçut la connaissance de ce même triple enseignement,
et il s'exprime de la même manière " Heureux l'homme qui ne
va
pas au conseil des impies " comme les poissons qui gagnent dans les
ténèbres les bas-fonds de la mer ; " ni dans la voie des
égarés ne s'arrête " comme ceux qui se donnent
l'apparence de craindre Dieu et pèchent comme le porc ; " ni au
banc de
pestilence ne s'assied " (Ps 1, 1), comme les oiseaux perchés
en vue de la rapine. Vous voici comblés au sujet de la nourriture.
11. Moïse dit encore : " Vous mangerez du ruminant qui a le pied
fourchu " (Lv 11, 3 ; Dt 14, 6). Pourquoi dit-il cela ? Parce que
le ruminant, quand il reçoit sa nourriture, montre qu'il connaît
celui qui la lui présente, et semble se plaire près de lui,
au repos.
Moïse avait vu bien juste en faisant ce précepte. Or, que
veut-il dire ? Attachez-vous à ceux qui craignent le Seigneur, qui
ont le
souci de la portée de la parole qu'ils ont reçue en leur
coeur, à ceux qui s'entretiennent des commandements du Seigneur
et les
gardent, à ceux qui savent que cette occupation est source de
joie, et qui ne cessent de remâcher la parole du Seigneur. Mais le
pied fourchu ? C'est parce que le juste sait à la fois marcher
en ce monde et attendre la sainte éternité. Voyez comme Moïse
a
sagement édicté ses lois 12. Comment les Juifs pouvaient-ils
concevoir et comprendre ces choses ? Mais nous, nous avons
compris les commandements du Seigneur, et nous les exprimons tels qu'il
les a voulus. C'est justement pour que nous en ayons
l'intelligence que nos coeurs et nos oreilles ont été
circoncis.
XI, 1. Recherchons maintenant si le Seigneur a pris soin de manifester
à l'avance l'eau et la croix. Au sujet de l'eau, il est écrit,
à
l'adresse d'Israël, qu'ils ne recevraient pas le baptême
qui procure la rémission des péchés, mais qu'ils essaieraient
de se fabriquer
à eux-mêmes leur salut.
2. Le prophète dit en effet :
" Terre frémis de stupeur, plus encore,
Car c'est un double méfait que ce peuple a commis :
Ils m'ont abandonné, moi la source d'eau vive,
Pour se creuser à eux-mêmes une citerne de mort "
(Jr 2, 12-13).
3. " Est-elle une roche déserte,
Ma montagne sainte, Sion ?
Vous serez comme une nichée d'oiseaux,
Voletant çà et là, arrachés du nid " (Is
16, 1-2).
4. Le prophète dit encore:
" Moi je marcherai devant toi
En nivelant les hauteurs.
Je fracasserai les battants de bronze,
Je briserai les barres de fer.
Je te livrerai les trésors secrets,
Et les richesses cachées,
Pour qu'ils sachent que je suis, moi, le Seigneur Dieu " (Is 45, 2-3).
5. Et encore :
" Tu habiteras dans une citadelle élevée,
Bâtie sur le roc,
L'eau ne te fera pas défaut.
Tes yeux contempleront le roi dans sa gloire,
Et votre âme aura souci de la crainte du Seigneur " (Is 33, 16-18).
6. Et dans un autre prophète, il dit encore :
" Celui qui agit ainsi sera comme l'arbre,
Planté près du cours des eaux,
Qui donne son fruit en la saison,
Et jamais son feuillage ne tombera.
Tout ce qu'il fait réussit.
7. Rien de tel pour les impies, rien de tel.
Non, ils sont comme la bale emportée par le vent
De sur la terre.
Non, au jugement les impies ne tiendront,
Les égarés à l'assemblée des justes.
Car le Seigneur connaît la voie des justes,
Mais la voie des impies va se perdre " (Ps 1, 3-6).
8. Remarquez comme il décrit à la fois la croix et l'eau.
Voici en effet ce qu'il veut dire : Bienheureux ceux qui ayant mis leur
espérance dans la croix, sont descendus dans l'eau, car il indique
la récompense par ces mots " en la saison " ; à ce moment-là,
veut-il dire, je m'acquitterai envers toi. Et ces mots : " jamais son
feuillage ne tombera " (Ps 1, 3), en voici le sens : toute parole qui
sortira de votre bouche, sous l'inspiration de la foi et de la charité,
sera la conversion et l'espérance d'un grand nombre.
9. Un autre prophète dit encore : " Le pays de Jacob recevait
des louanges, plus que tout autre " (cf. So 3, 19). Ce qui veut dire
que Dieu glorifie le vase qui renferme son esprit. 10. Et qu'est-il
dit encore : " Il y avait un fleuve coulant sur la droite, de ses
berges s'élevaient des arbres féconds, celui qui mange
de leur fruit vivra éternellement " (Ez. 47, 2, 7, 12). 11. Comprenons
: nous
descendons dans l'eau, remplis de péchés et de souillures,
mais nous en sortons, chargés de fruits, avec dans notre coeur la
crainte et, dans l'esprit, l'espérance en Jésus. " Quiconque
en mange vivra éternellement " signifie : quiconque écoute
ces paroles
et croit, vivra éternellement.
XII, 1. Il décrit également la croix, par ces paroles
d'un autre prophète : " Quand ces choses seront-elles accomplies
? Lorsque le
bois, dit le Seigneur, aura été abaissé et redressé,
et lorsque du bois le sang aura coulé " (cf. IV Esdras 4, 33 ; 5,
5). Voici donc
ce qui se rapporte à la croix et à celui qui doit y être
crucifié.
2. Dieu parla encore à Moise lorsque Israël était
à se défendre contre les tribus étrangères
; il lui remémora que cette guerre
même était le signe de la mort qu'ils méritaient
à cause de leurs péchés. L'Esprit-Saint inspira à
Moïse une attitude figurant la croix
et Celui qui devait y souffrir, car voilà le sens du geste :
à moins d'espérer en cette croix, ils seraient livrés
à une guerre éternelle.
Moïse entassa donc boucliers sur boucliers au milieu du champ
de bataille, et se plaçant sur le tas de façon à dominer
les autres, il
étendit les bras ; c'est ainsi qu'Israël reprit l'avantage.
Après un moment, Moïse ayant laissé retomber ses bras,
Israël succombait
à nouveau (Ex 17, 8-13). 3. Qu'est-ce à dire ? C'était
pour leur faire reconnaître qu'ils ne pouvaient être sauvés
que s'ils mettaient
en lui leur espérance.
4. Le Seigneur dit encore dans un autre prophète : " Tout le
jour j'ai tendu mes mains vers un peuple rebelle, et rétif à
mes justes
voies " (Is 65, 2).
5. Moïse figura d'une autre façon encore Jésus,
montrant qu'il devait souffrir et que c'est lui qui donne la vie, lui qu'ils
s'imagineront
avoir fait périr. Israël succombait. Pour leur donner un
signe, le Seigneur les fit mordre par toutes sortes de serpents et ils
mouraient (cf. Nb. 21, 6-9) (car c'est par le serpent que la désobéissance
est apparue dans la personne d'Ève). Or, le Seigneur
agissait ainsi pour les convaincre que c'était à cause
de leur désobéissance qu'ils étaient livrés
aux angoisses de la mort.
6. Finalement, Moïse, qui avait publié ce précepte
: " Vous n'aurez point d'image sculptée ou fondue pour votre Dieu
" (Dt 27,
15), fabriqua néanmoins une telle image pour manifester une
figure de Jésus. Il fabriqua donc un serpent d'airain, le dressa
solennellement et fit convoquer le peuple par un héraut. 7.
Le peuple réuni priait Moise d'intercéder pour leur guérison.
Alors
Moïse leur dit : " Lorsque quelqu'un d'entre vous sera mordu,
qu'il vienne vers le serpent étendu sur le bois ; qu'il espère
; qu'il
croie que celui-ci, même sans vie, peut le vivifier, et aussitôt
il sera sauvé " (cf. Nb. 21, 8-9).
Ainsi firent-ils. Voici bien la gloire de Jésus : tout a eu
lieu en lui et pour lui.
8. Et que dit Moïse à Jésus, fils de Navé,
après lui avoir imposé ce nom comme à un prophète,
dans la seule intention de faire
comprendre au peuple que le Père révèle toutes
choses au sujet de son Fils Jésus ? 9. Après lui avoir donné
ce nom, en
l'envoyant explorer le pays, Moïse dit à " Jésus,
fils de Navé " (Nb 13,16) : " Prends un livre dans tes mains et
écris ce que dit le
Seigneur : dans les derniers jours, le Fils de Dieu renversera de fond
en comble la maison d'Amaleq " (cf. Ex 17, 14).
10. Voilà de nouveau Jésus, figuré dans un être
de chair, non pas comme fils d'homme, mais comme fils de Dieu. Mais comme
les
Juifs devaient dire un jour que le Christ est " fils de David " (Mt,
22, 42-44), David lui-même, qui redoutait l'erreur de ces
pécheurs et qui en avait la connaissance, s'écrie prophétiquement
: " Le Seigneur a dit à mon Seigneur, siège à ma droite
; tes
ennemis, j'en ferai ton marchepied " (Ps 109, 1).
11. Et de même Isaïe :
" Le Seigneur a dit à son Oint, mon Seigneur,
Qu'il a pris par la main droite,
Pour abattre devant lui les nations
Et briser la puissance des rois " (Is 45 , 1).
Voilà comment " David l'appelle mon Seigneur ", et non pas mon
fils (Mc 12, 37 ; Mt 22, 45 ; Lc 20, 44).
XIII, 1. Voyons maintenant à qui est l'héritage : au peuple
que nous sommes, ou bien au précédent ; et à qui s'adresse
l'alliance, à
nous ou à eux ? 2. Écoutez donc ce que dit l'Écriture
au sujet du peuple : " Isaac implora le Seigneur pour sa femme, car elle
était
stérile " (Gn, 25, 21). Ensuite : " Rébecca alla consulter
le Seigneur, et le Seigneur lui dit : Deux nations sont dans ton sein,
deux
peuples dans tes entrailles, un peuple dominera l'autre, l'aîné
servira le cadet " (Gn 25, 22-23 ; cf. Rm 9, 10-12). 3. Vous devez
saisir qui est Isaac, qui est Rébecca, et de quel peuple il
est déclaré qu'il est plus grand que l'autre.
4. Dans une autre prophétie, Jacob éclaire encore ce
point, lorsqu'il dit à Joseph : " Voici que le Seigneur ne m'a pas
privé de ta
présence, conduis-moi tes fils, que je les bénisse (Gn
48, 11,9) 5. Et Joseph lui conduisit Éphraïm et Manassé,
pour qu'il bénisse
Manassé qui était l'aîné. Joseph le conduisit
donc à la droite de son père.. Mais Jacob vit là,
en esprit, la figure du peuple à venir.
Qu'est-il écrit ? " Jacob croisa ses mains et posa sa droite
sur la tête d'Éphraïm, le puîné et le plus
jeune, et il le bénit. Joseph dit
alors à Jacob : Remets donc ta main droite sur la tête
de Manassé, car c'est lui mon fils premier-né. Et Jacob dit
à Joseph : Je
sais, mon fils, je sais. Mais le plus grand servira le plus petit,
et c'est le plus petit qui sera béni " (Gn. 48, 14, 18, 19).
6. Voyez à qui Jacob a décidé que serait la prédominance,
et l'héritage de l'alliance. 7. Si Abraham lui-même a fait
mention de ce
fait, notre connaissance en sera parfaite. Or, qu'est-ce que Dieu dit
à Abraham, lorsqu'il fut le seul à croire, et que sa foi
lui fut
imputée à justice ? " Voici, je t'ai appelé Abraham,
et t'ai établi père des peuples incirconcis qui croient à
Dieu " (Gn 17, 5 ; cf.
Rm 4, 11s).
XIV, 1. Bien, voyons maintenant si l'alliance qu'il avait juré
à leurs pères de donner à ce peuple, lui fut vraiment
donnée. Elle leur
fut donnée. Mais ils n'en ont pas été dignes à
cause de leurs péchés. 2. Le prophète dit, en effet
: " Moïse sur le mont Sinaï jeûna
quarante jours et quarante nuits afin de recevoir l'alliance du Seigneur
avec son peuple, et Moïse reçut du Seigneur deux tables
écrites en esprit, du doigt de la main du Seigneur (cf. Ex 24,
18 ; 31, 18). Les ayant donc en main il les portait au peuple pour les
leur remettre, 3. Lorsque le Seigneur lui dit : " Moïse, Moïse,
descends au plus vite, car ton peuple, que tu as ramené d'Égypte,
a
péché. " Moïse comprit qu'ils s'étaient encore
fabriqué des idoles et il jeta les Tables de ses mains ; c'est ainsi
que furent brisées
les Tables de l'alliance du Seigneur (cf. Ex 32, 7-19 ; Dt 9, 12-17).
4. Moïse avait donc reçu l'alliance, mais eux, les Juifs, n'en
étaient pas dignes. Apprenez comment c'est nous qui avons reçu
l'alliance. Moïse l'avait reçue comme un serviteur, mais le
Seigneur lui-même nous l'a donnée comme à un peuple
d'héritiers, après avoir souffert pour nous. 5. Il est apparu
à la fois pour
permettre aux Juifs de pousser jusqu'au bout leurs péchés,
et à nous-mêmes de recevoir l'alliance par l'intermédiaire
de l'héritier,
le Seigneur Jésus.
Son avènement avait été préparé,
afin que par lui nos âmes, déjà atteintes par la mort
et livrées aux égarements du péché fussent
délivrées de leurs ténèbres et que l'alliance
fût établie avec nous par sa parole. 6. L'Écriture
explique, en effet, comment le Père lui
commande de nous délivrer des ténèbres, et de
se préparer un peuple saint.
7. Or, le prophète dit : " Moi, le Seigneur ton Dieu, je t'ai
appelé dans la justice. Je te prendrai par la main et je te fortifierai.
Je t'ai
désigné comme alliance du peuple, lumière des
nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, faire sortir de prison les
captifs, et de
leur cachot ceux qui demeurent dans les ténèbres " (Is
42, 6-7). Connaissons donc de quel état nous avons été
délivrés.
8. Le prophète dit encore : " Voici, j'ai fait de toi la lumière
des nations, pour que, par toi, mon salut atteigne aux extrémités
de la
terre. Ainsi parle le Seigneur, le Dieu qui t'a racheté " (Is
49, 6-7). 9. Et aussi :
" L'Esprit du Seigneur est sur moi
Car il m'a oint
Pour porter la bonne nouvelle de la grâce aux pauvres ;
Il m'a envoyé panser les coeurs meurtris,
Annoncer aux prisonniers la liberté,
Le retour de la vue aux aveugles.
Pour annoncer une année agréable au Seigneur,
Et le jour de la rétribution,
Pour consoler tous les affligés " (Is 61, 1-2 ; cf. Lc 4, 18-19).
XV, 1. L'Écriture mentionne également le sabbat dans les
dix paroles que Dieu dit à Moïse, sur le Mont Sinaï, lui
parlant face à
face. " Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un
coeur pur " (Ex 20, 8 ; Dt 5, 12 ; Ps 23, 4). 2. Dans un autre
endroit : " Si mes fils observent le sabbat, c'est alors que je répandrai
sur eux ma miséricorde " (cf. Jr 17, 24-25 ; Ex 31, 13-17).
3. Du sabbat, il est fait mention dès le commencement, à
la création : " Dieu fit en six jours les oeuvres de ses mains ;
le septième
jour elles étaient achevées ; et il chôma le septième
jour et le bénit " (Gn. 2, 2-3). 4. Faites attention, mes enfants,
à ce que
signifient ces mots : " Il acheva son oeuvre en six jours. " Cela veut
dire qu'en six mille ans, le Seigneur achèvera toutes choses,
car pour lui un jour signifie mille années. C'est lui-même
qui l'atteste par ces mots : " Voici, un jour du Seigneur sera comme mille
années " (Ps 89, 4 ; 2 P. 3, 8). Donc, mes enfants, en six jours,
c'est-à-dire en six mille ans, toutes choses auront achevé
leur
cours. 5. " Il chôma le septième " (Gn. 2, 2) veut dire
: lorsque son Fils sera venu mettre une fin au temps de l'injustice, juger
les
impies, métamorphoser le soleil, la lune et les étoiles,
alors il chômera pleinement le septième jour. 6. Mais il est
encore dit :
" Vous le sanctifierez avec des mains pures et un coeur pur " (Ex 20,
8 ; Ps 23, 4).
S'il y avait aujourd'hui un homme capable de sanctifier, par la pureté
de son coeur, le jour que Dieu a rendu saint, notre erreur
serait totale. 7. Mais remarquez-le bien, nous n'entrerons pleinement
dans le repos pour le sanctifier, que lorsque nous serons
nous-mêmes justifiés ; nous serons en possession de la
promesse, lorsqu'il n'y aura plus d'injustice et que le Seigneur aura
renouvelé toutes choses. Alors nous pourrons sanctifier le septième
jour, ayant été nous-mêmes d'abord sanctifiés
8. Le Seigneur dit enfin aux Juifs : " Je ne supporte pas vos néoménies
ni vos sabbats " (Is 1, 13). Voyez bien ce qu'il veut dire :
ce ne sont pas vos sabbats actuels qui me sont agréables, mais
celui que j'ai fait moi-même et dans lequel, mettant toutes choses
au repos, j'inaugurerai le huitième jour, c'est-à-dire
un univers nouveau. 9. Voilà pourquoi nous célébrons
dans l'allégresse le
huitième jour celui où Jésus est ressuscité
des morts et où, après s'être manifesté, il
est monté aux cieux.
XVI, 1. Je veux vous entretenir encore du Temple, de l'erreur de ces
malheureux qui mettaient leur espérance dans un édifice,
au
lieu de la mettre en Dieu leur créateur, sous prétexte
que cet édifice était la maison de Dieu. 2. Le culte qu'ils
rendaient dans le
Temple ne différait pas beaucoup des cultes païens. Mais
apprenez en quel terme Dieu récuse ce Temple :
" Qui a mesuré le ciel à l'empan,
Et la terre dans le creux de sa main ?
N'est-ce pas moi, dit le Seigneur ?
Le ciel est mon trône
Et la terre l'escabeau de mes pieds.
Quelle maison pourriez-vous me bâtir,
Et quel lieu assigner à mon repos ? " (Is 40, 12 ; 66, 1).
Vous avez reconnu que leur espérance est vaine.
3. Enfin il dit encore : " Voici que ceux-là mêmes qui
ont détruit ce Temple, le rebâtiront " (cf. Is 49, 17). 4.
En effet, par suite de
la guerre, le Temple fut détruit par leurs ennemis, et maintenant
les serviteurs de ces ennemis le rebâtiront.
5. Il avait été dévoilé aussi que la cité,
le Temple et le peuple seraient livrés. " Il arrivera dans les derniers
jours, dit l'Écriture, que
le Seigneur livrera les brebis de son pâturage, avec leur bercail
et leur tour, à la destruction. " Et tout s'est passé comme
le
Seigneur l'avait prédit.
6. Mais recherchons s'il existe encore un temple de Dieu. Il en existe
un, oui, mais là où lui-même déclare le bâtir
et le restaurer. Il
est écrit en effet : " Il arrivera qu'après une semaine
un temple de Dieu sera bâti, magnifiquement, au nom du Seigneur "
(cf. Dn. 9,
24-27). 7. Je vois donc que ce temple existe. Mais comment sera-t-il
bâti au nom du Seigneur ? Vous allez l'apprendre. Avant
que nous eussions la foi en Dieu, l'intérieur de nos coeurs
était corruptible et fragile, vraiment comme une demeure faite te
main
d'homme ; il était rempli d'idolâtrie, habité par
les démons, puisque nous faisions tout ce qui est contraire à
la volonté de Dieu. 8.
" Mais il sera bâti au nom du Seigneur " (cf. Dn 9, 24-27). Faîtes
bien attention, que le temple du Seigneur soit magnifiquement
rebâti ! Comment ? Vous allez l'apprendre. C'est en recevant
la rémission des péchés et en mettant notre espérance
en son nom,
que nous sommes renouvelés, que nous devenons de nouvelles créatures
; et c'est pourquoi Dieu habite réellement en notre
intérieur, en nous. 9. Comment cela ? C'est par la parole de
foi, qu'il habite en nous, par la vocation de la promesse, par la
sagesse de ses volontés, les préceptes de sa doctrine.
C'est lui qui prophétise en nous, lui, l'hôte de nos coeurs.
C'est lui qui nous
ouvre la porte du Temple, à nous qui étions les esclaves
de la mort ; et cette porte, c'est notre bouche, qu'il ouvre en nous
donnant le repentir. C'est ainsi qu'il nous introduit dans le Temple
impérissable. 10. Oui, celui qui désire son salut ne regarde
pas à
l'homme, mais à celui qui habite dans le c_ur du prédicateur,
qui parle par sa bouche, et il est tout frappé de n'avoir encore
jamais
entendu les paroles de celui qui parle par la bouche de son apôtre,
et de n'avoir jamais même désiré les entendre. Voilà
ce que
signifie le Temple spirituel bâti pour le Seigneur.
XVII, 1. Je vous ai donné toutes ces explications de mon mieux,
aussi simplement que possible, et mon âme espère n'avoir rien
omis, dans son zèle, des enseignements qui concernent le salut.
2. Car si je vous écrivais sur des choses présentes ou à
venir,
vous ne les comprendriez pas, elles qui sont encore à l'état
de paraboles. Restons-en donc là pour ce que nous venons de dire.
XVIII, 1. Passons encore à une autre sorte de connaissance et
de doctrine. Il y a deux voies, répondant à deux sortes de
doctrine
et d'autorité : la voie de la lumière et celle des ténèbres.
Elles sont bien éloignées l'une de l'autre ! A l'une sont
préposés les anges
de Dieu, qui conduisent vers la lumière ; à l'autre,
les anges de Satan. 2. Or, Dieu est le Seigneur depuis l'origine et pour
les
siècles, et Satan est le prince du temps présent, le
temps de l'iniquité.
XIX, 1. Or, voici quel est le chemin de la lumière : si quelqu'un
veut, en la suivant, parvenir au but qu'il se propose, il lui faut
s'appliquer avec zèle à ses oeuvres. Et nous avons reçu
la connaissance de la bonne manière d'emprunter cette route. 2.
Aime
celui qui t'a fait, crains celui qui t'a formé, honore celui
qui t'a racheté de la mort. Sois simple de coeur, riche du Saint-Esprit.
Ne
t'attache pas a ceux qui suivent la voie de la mort. Sache haïr
tout ce qui déplaît à Dieu, sache haïr toute hypocrisie.
N'abandonne
pas les commandements du Seigneur. 3. Ne t'élève pas,
mais sois humble en toutes choses. Ne t'attribue pas la gloire ; ne forme
pas de mauvais desseins contre ton prochain, ne laisse pas ton âme
s'enfler d'audace. 4. Ne commets ni fornication, ni adultère ;
ne corromps pas les enfants. Ne te sers pas de la parole, ce don de
Dieu, pour dépraver quelqu'un. Ne fais point acception de
personnes lorsqu'il s'agit de reprendre les fautes d'autrui. Sois doux,
sois paisible, tremble aux paroles que tu entends. Ne garde
pas rancune à ton frère. 5. Ne te demande pas avec inquiétude
si la parole va s'accomplir ou non. " Tu ne prendras pas en vain le
nom du Seigneur " (Dt 5, 11). Tu aimeras ton prochain plus que ton
âme. Tu ne feras pas mourir l'enfant dans le sein de sa mère,
tu ne le feras pas mourir à sa naissance. Tu ne lèveras
pas ta main de dessus la tête de ton fils ou de ta fille, mais dès
leur enfance,
tu leur enseigneras la crainte de Dieu. 6. Ne sois pas envieux des
biens de ton prochain ; ne sois pas cupide. N'attache pas ton
coeur aux orgueilleux, mais fréquente les humbles et les justes.
Accueille comme un bien tout ce qui t'arrive, sachant que rien ne se
fait sans Dieu. 7. N'aie pas deux pensées, ni deux langages.
Car c'est un piège de mort que la duplicité dans le langage.
Obéis à
tes maîtres comme à l'image de Dieu, dans le respect et
la crainte. Ne commande pas ton serviteur ou ta servante avec amertume,
car ils espèrent dans le même Dieu que toi, de peur qu'ils
n'en viennent à perdre la crainte de Dieu, votre commun maître
: car
Dieu ne fait pas acception de personnes, lorsqu'il nous appelle ; mais
il choisit ceux que l'Esprit a disposés. 8. Tu partageras tous
tes biens avec ton prochain, et tu ne diras pas que quelque chose t'appartient
en propre, car si vous possédez en commun les
biens impérissables, combien plus les biens qui doivent périr
! Ne sois pas bavard, la langue étant un piège de mort. Autant
qu'il te
sera possible, pour le bien de ton âme, sois chaste. 9. N'aie
pas la main tendue pour recevoir, fermée pour donner. Tu aimeras
" comme la prunelle de ton oeil " (Dt 32, 10 ; Ps 16, 8 ; cf. Ps 7,
2), ceux qui te prêcheront la parole du Seigneur. 10.
Souviens-toi du jour du jugement, penses-y jour et nuit, recherche
constamment la compagnie des saints. Tiens-toi toujours sur la
brèche, soir en annonçant la parole et en allant porter
au loin tes exhortations dans ton souci de sauver les âmes, soit
en travaillant
de tes mains pour racheter tes péchés. 11. N'hésite
pas à donner et donne sans murmure, et tu connaîtras un jour
celui qui sait
payer largement de retour. Garde ce que tu as reçu, " sans rien
ajouter, ni rien retrancher " (Dt 12, 32). Persévère dans
la haine
du mal. " Sois équitable quand tu as à juger " (Dt 1,
16 ; Pr 31, 9). 12. Ne fais pas de schismes, mais fais la paix en réconciliant
les adversaires. Fais la confession publique de tes péchés.
Ne va pas à la prière avec une conscience mauvaise. Telle
est la voie
de la lumière.
XX, 1. La voie du " ténébreux " est au contraire tortueuse,
et pleine de malédictions. C'est le chemin de la mort éternelle
et du
châtiment. On y rencontre tout ce qui perd les âmes : l'idolâtrie,
l'impudence, l'orgueil de la puissance, l'adultère, le meurtre,
la
rapine, la vanterie, la désobéissance, la ruse, la malice,
l'arrogance, les drogues, la magie, la cupidité, le mépris
de Dieu, 2. Les
persécuteurs des justes, les ennemis de la vérité,
les amis du mensonge ; car tous ces gens ne connaissent pas la récompense
te la
justice, ils " ne s'attachent pas au bien " (Rm. 12, 9), ils ne secourent
pas la veuve ni l'orphelin ; ils sont toujours en éveil non pour
craindre Dieu, mais pour faire le mal. Bien loin de la douceur et de
la patience, " ils aiment les vanités " (cf. Ps 4, 3), " poursuivent
le gain " (Is 1, 23) ; sans pitié pour le pauvre, sans compassion
pour l'affligé, ils sont prompts à la médisance, et,
ne reconnaissant
pas leur Créateur, " ils tuent les enfants " (Sg 12, 5), font
périr par avortement des créatures de Dieu. Ils repoussent
le
nécessiteux, accablent l'opprimé, se font les avocats
des riches, les juges iniques des pauvres. Bref, ils pèchent de
toutes les
manières.
XXI, 1. Il est donc juste de s'instruire de toutes les volontés
de Dieu consignées dans les Écritures, et de se diriger d'après
elles.
Car celui qui les accomplit sera glorifié dans le royaume de
Dieu, mais celui qui choisit l'autre voie périra avec ses oeuvres.
C'est
pour cela qu'il existe une résurrection et une rétribution.
2. J'ai quelque chose à vous demander, à vous qui êtes
des privilégiés, si vous me permettez un conseil que m'inspire
ma
bienveillance. Vous avez parmi vous des gens à qui faire du
bien ; n'y manquez pas. 3. Il est tout proche le jour où tout périra
aux
yeux du méchant : " Le Seigneur est proche ainsi que sa rétribution
" (Is 60, 10). 4. Je vous en prie encore et encore : soyez à
vous-mêmes vos bons législateurs, vos conseillers fidèles
; éloignez-vous de toute hypocrisie. 5. Veuille le Seigneur, le
Maître de
l'univers, vous donner la sagesse, l'intelligence, la science, la connaissance
de ses volontés avec la patience. 6. Faites-vous dociles
à Dieu, recherchant ce que le Seigneur attend de vous, afin
d'être trouvés fidèles au jour du jugement.
7. S'il demeure quelque mémoire du bien, souvenez-vous de moi
en méditant ces enseignements, afin que mon zèle et mes veilles
aient porté quelque fruit ; je vous en prie, c'est une grâce
que je vous demande. 8. Tant que vous serez dans le précieux vase
de
votre corps, ne négligez aucun de ces enseignements, mais appliquez-y
continuellement votre esprit et accomplissez tout ce qui est
commandé ; la chose en vaut la peine. 9. C'est pour cela surtout
que je me suis empressé de vous écrire, sur les sujets à
ma
portée, voulant vous donner de la joie.
Salut à vous, enfants de dilection et de paix. Que le Seigneur
de gloire et de toute grâce soit avec votre esprit.