Sexualité avant le mariage ???
Le thème de la sexualité est délicat,
car il touche directement aux personnes, avec leurs idéaux, leurs
espoirs, leurs passions et leurs blessures. Tout le monde en parle pourtant,
et on fait parfois allusion à la position de la Bible, qui semble
varier beaucoup selon les personnes. Tant le discours dominant (" couche
avec qui tu veux, tant que tu n'uses pas de violence ") que le discours
conservateur (" ceinture jusqu'au mariage ") seraient fondés sur
la Bible, si on en croit leurs promoteurs. Ce serait une grave erreur de
les croire !
Comme chrétien, l'autorité ultime que je
reconnais est celle de Dieu, telle que révélée dans
la Bible. Dans le texte qui suit, je vais donc baser ma réflexion
sur elle ; les exemples et considérations pratiques ne sont que
des développements personnels, mais les versets bibliques sont la
Parole de Dieu.
1. Introduction
2. Bible et sexualité en général
3. Bible et sexualité hors mariage
4. Question pratiques
5. Conclusion
1. Introduction : état des lieux
1.1. La position admise dans la société
La société occidentale a une vision de la
sexualité, véhiculée par les comportements des gens,
les lois, les médias (même sans regarder Docteur Ruth ou Chère
Doria), les représentations : la sexualité est du domaine
privé et personne d'autre que les acteurs ne peut s'en mêler,
sauf en cas de violence (viol) ou d'autres horreurs (abus, pédophilie).
On a sexualisé l'ensemble de la société, il suffit
de regarder la publicité pour s'en rendre compte. Certaines marques
utilisent explicitement l'image d'un couple en train de faire l'amour pour
vendre leur produit. Il est rare qu'un film normal ne comporte pas une
scène de sexe, où en général le héros
et l'héroïne consomment une passion qui les tient depuis très
peu de temps. Résultat : neuf couples et demi sur 10 ont vécu
ensemble quand ils se marient et un certain nombre des autres ont couché
ensemble. C'est un vrai discours majoritaire.
Il ressort de ce discours que l'orgasme est le but ultime
à atteindre, l'objectif d'une relation. Dans un tel discours la
sexualité a presque une dimension religieuse, l'extase sexuelle
remplaçant l'extase mystique, et la liberté sexuelle étant
le dogme orthodoxe auquel il est bon de ne pas s'attaquer. Ce dogme encourage
tout le monde à essayer et à prendre son pied. En gros, on
peut le résumer par on est bien mieux qu'avant, quand les gens ne
pouvaient pas et se retrouvaient mariés avec des gens avec qui ils
n'étaient pas compatibles sexuellement. Il y a trois mensonges dans
cette phrase :
1) " Avant ", on ne s'est guère gêné
; à l'époque de Louis XIV et XV, ne pas avoir une maîtresse
et être vierge au mariage est très rare et à la limite
du ridicule. Un des Choiseul écrit de sa femme "Ma femme a beaucoup
d'esprit ; ce qui est extraordinaire : elle ne me fait pas cocu" (lettre
à Voltaire). La Révolution française a été
dans la même direction et la " moralité " du 19e siècle
tolérait très bien garçonnières et maisons
closes. Plus près de chez moi, dans la région des Ormonts,
il était admis que des jeunes sortant ensemble couchent ensemble,
chez les parents de la belle ; cette manière de faire se nommait
aberger. L'arrivée d'un bébé hâtait le mariage,
tout en assurant que la jeune fille pouvait avoir des enfants. Vous avez
dit poule pondeuse ?
2) L'incompatibilité sexuelle, si j'en crois le
Docteur Ruth et Chère Doria, est un mythe. Il existe des causes
physiques empêchant l'acte, mais un médecin moyen les découvre
à l'œil nu ! Les causes psychologiques nécessitent plus de
temps, mais elles ne sont pas résolues en essayant. L'argument de
la compatibilité est commode, mais pas très efficace : depuis
30 ans, il est admis que l'on peut essayer et le nombre de divorces ne
cesse de grimper (45% ou 51% en Suisse selon les statistiques consultées).
Vous avez dit problème ?
3) La liberté est moins grande qu'on veut le dire
: liberté de coucher avec qui on veut, mais pressions sociales pour
sortir avec quelqu'un, et donc coucher avec. Essayez de rester célibataire
plus de six mois par choix, et vous verrez les réactions.
Ce discours recourt rarement à des arguments bibliques,
puisqu'il a son origine dans des cercles sécularisés. Cependant,
il est souvent repris par des ecclésiastiques libéraux et
des jeunes désireux de faire comme tout le monde, avec des arguments
bibliques très branlants ; il semble que certains versets très
généraux sur l'amour excusent tout (1 Corinthiens 13 est
un grand classique dans le genre).
1.2.La position conservatrice
En face de cette avalanche, il y a peu d'adversaires,
souvent âgés, avec un discours peu structuré, et dans
l'ensemble d'une insigne pauvreté. " Cela ne se fait pas " ou "
la Bible dit que cela ne se fait pas avant le mariage ". Certes, mais pourquoi
? Aucune réponse satisfaisante ne m'a été donnée
par eux. Ces conservateurs sont les héritiers de la pensée
bourgeoise dominante du 19e siècle : cela ne se fait pas, pour des
questions diverses (pas toutes religieuses, loin de là) et cela
doit être caché, car c'est quand même un peu sale. Ces
conservateurs sont d'ailleurs ceux qui ont produit des "Bibles de famille"
expurgées des passages pouvant être scabreux. Ils ne sont
vraiment plus très nombreux et se rencontrent surtout dans des communautés
chrétiennes peu ouvertes. Leur position repose souvent sur une hypocrisie
monumentale dans la pratique.
1) Si une jeune fille se trouve enceinte dans ces cercles,
on lui fera comprendre qu'elle est, à choix, pécheresse,
dévergondée, fille publique ou tout autre terme du même
acabit. La suivante aura bien compris et avortera en secret. Joli résultat
pour des milieux qui sont aussi anti-avortement.
2) La " honte " tombe toujours sur les filles, rarement
sur leurs partenaires, et tout ce que l'on ignore peut continuer. La pratique
du 19e siècle a laissé des traces peu ragoûtantes.
Ce discours dit avoir le mérite d'être fondée
sur la Bible (plus par tradition que par recherches personnelles), mais
il en est décalé sur plusieurs points importants. Certes,
la Bible affirme que la sexualité est réservée au
mariage, mais elle en fait une création de Dieu, donc très
bonne et pas sale. De plus, les conservateurs ne cessent de tomber dans
le piège du pharisaïsme : juger les autres et se vautrer dans
sa propre justice. Nous verrons que l'attitude de Jésus-Christ est
radicalement différente. Il ne suffit pas d'avoir une conformité
extérieure pour ne pas mériter des remises à l'ordre
du Seigneur, nous le verrons plus bas.
Pour sortir de ces deux ornières, il faut regarder
sérieusement la Bible, d'abord la question de la sexualité
en général et ensuite celle de la sexualité hors mariage.
2. Bible et sexualité en général
2.1. Homme et femme à l'image de Dieu.
Que hommes et femmes soient des êtres sexués
est un fait indéniable, que la Bible affirme dès son premier
chapitre :
Dieu créa les êtres humains à sa propre
image ; il les créa homme et femme (Genèse 1,27).
Cela implique l'égalité des sexes, qui ont
reçu les deux l'image de Dieu et la responsabilité de gérer
la terre (verset 28). Cela implique aussi l'existence de la sexualité
lors de la création des êtres humains, vu que Dieu les bénit
en leur disant " Ayez des enfants ... " (verset 28). Jusqu'à preuve
du contraire, pour avoir des enfants, le sexe est indispensable ; comme
Dieu bénit cet aspect, on ne peut pas affirmer que la sexualité
soit mauvaise dans son plan.
Certains ont dit que le couple est l'image de Dieu, qui
serait
donc à la fois mâle et femelle. La conséquence logique
serait qu'il faut être en couple, marié, pour être pleinement
humain. C'est une erreur assez grossière, puisque Jésus-Christ,
tout à fait célibataire, est l'image visible du Dieu invisible
(Colossiens 1,15). Le fait que l'être humain soit sexué est
une création de Dieu, une très bonne chose (Genèse
1,31). Mais ce n'est pas la sexualité vécue en couple qui
donne cette dignité à l'être humain, elle lui vient
de Dieu.
2.2. Plan de Dieu pour la sexualité.
Autant Genèse 1 traite de l'égalité
des sexes, autant Genèse 2 traite de leur complémentarité.
Ce texte commence par reconnaître le besoin d'intimité de
l'être humain : il n'est pas bon que l'homme soit seul, je [Dieu]
vais lui faire une aide qu'il aura comme partenaire (Genèse 2,18).
Inutile de chercher à tergiverser, le terme partenaire a aussi une
dimension sexuelle, ce que le texte exprime de manière encore plus
claire quelques versets plus loin :
L'homme quittera père et mère pour s'attacher
à sa femme, et ils deviendront une seule chair (Genèse 2,24).
L'homme … sa femme
Au singulier les deux fois ! Un homme, une femme.
Le plan de Dieu est une union exclusive, hétérosexuelle et
monogame.
quittera père et mère
Il doit y avoir une manifestation sociale et publique
du mariage. Cette dimension vient avant la dimension sexuelle, pas après.
pour s'attacher à sa femme
Le mariage est un engagement d'amour et de fidélité
(voir Malachie 2,14).
ils deviendront une seule chair
Une manière comme une autre de dire " faire
l'amour ", signe et sceau de l'alliance du mariage.
Le mariage selon le plan de Dieu est donc un engagement
libre à vie d'un homme et d'une femme. C'est le cadre légitime
à l'expression de la sexualité des deux conjoints. Le Cantique
des Cantiques, huit chapitres de la Bible, célèbre l'amour
entre un homme et une femme. Le livre des Proverbes enchaîne sur
cet aspect avec un texte superbe, autant un hymne à l'amour conjugal
fait de don qu'à la sexualité vécue dans ce cadre
:
Réjouis-toi de vivre avec celle que tu as choisie
dans ta jeunesse, et rends-la heureuse. Ta femme est aimable, et gracieuse
comme une gazelle. Que son corps te comble toujours de joie. Sois sans
cesse heureux de son amour (Proverbes 5,18-19).
Avec de tels textes, le refus du plaisir que l'on reproche
à la Bible est assez difficile à fonder, ne trouvez-vous
pas? Sexualité comme création et plaisir comme dessein de
Dieu, cela dénote une ouverture certaine face à la sexualité.
2.3. Le péché dans tout cela.
Le monde est assez loin d'être conforme au plan
de Dieu dans tous les domaines. Il n'y a pas besoin d'être très
perspicace pour se rendre compte que cela concerne aussi la sexualité.
Le péché a tout tordu dans ce monde, mais attention ! La
chute n'a rien à voir avec un acte sexuel, malgré ce que
certains ont prétendu. Le nœud du problème est la convoitise,
le désir d'être comme Dieu, l'orgueil, quel que soit le terme
que vous préférez (Genèse 3,1-6).
Le péché a eu aussi des conséquences
au niveau de la sexualité, que la Bible rapporte et dénonce.
Elle ne fait pas de ces conséquences dans le domaine sexuel des
exceptions ou des paroxysmes du péché ! Le grand problème
en matière sexuelle est celui du désir ; de désir
de son conjoint dans le cadre d'une unité de vie, on est passé
à la convoitise, du conjoint d'autrui (Proverbes 7,10-23 par exemple)
ou d'autrui tout court, allant jusqu'à l'inceste (Ezéchiel
22,11), assortie souvent de violences, viol (2 Samuel 13), pressions et
meurtre (2 Samuel 11-12). La convoitise est la démarche par laquelle
on cherche à posséder plutôt qu'à donner. Elle
est donc l'antithèse de l'amour, qui est défini dans la Bible
comme un don.
Devant ce gâchis, Dieu a donné des limites
aux hommes dans la Bible, afin qu'ils aient des points de repère
pour agir de manière conforme à son projet, même s'ils
ne le connaissent plus.
3. Bible et sexualité hors mariage
Même si nous considérons maintenant les corruptions
du dessein de Dieu et les limites qu'il nous donne, la sexualité
est et reste une chose très bonne.
3.1. Adultère
Le premier aspect qui frappe au niveau d'une éthique
biblique de la sexualité est celui des condamnations de l'adultère.
Dans toute la Bible, on retrouve l'acte, interdit, dénoncé
et condamné dans de très nombreux versets, y compris ceux
des 10 commandements. Qu'est-ce qu'un adultère ? C'est une relation
sexuelle entre deux personnes dont l'une au moins est mariée à
quelqu'un d'autre que son partenaire. Dans notre société,
on entend souvent des condamnations mitigées de l'adultère
(" ça ne se fait pas si on a des enfants ") ou des approbations
plus chaudes (" puisqu'ils sont amoureux "). Rien de tout cela dans la
Bible : l'adultère est condamné quel qu'en soit le contexte
! Le fait d'être amoureux d'un autre que son conjoint ne constitue
pas une justification, ce qui rend le choix du conjoint d'autant plus important.
3.2. Aucun n'est marié
Si beaucoup peuvent comprendre l'interdit de l'adultère
(il suffit de s'imaginer trompé par son propre conjoint pour être
peu enthousiaste), l'idée que deux partenaires non mariés
puissent faire quelque chose de répréhensible s'ils couchent
ensemble dans le cadre d'une relation durable (?) et s'ils sont amoureux
l'un de l'autre, cette idée est difficile à avaler. Que dit
la Bible de relations sexuelles avant le mariage ? Elle les condamne aussi.
Le problème n'est pas celui de la virginité.
La mystique de la virginité n'est pas un bon point de départ
pour comprendre la position biblique, même si elle fait écho
à des éléments récurrents de beaucoup de cultures.
Dans certaines cultures africaines, le mari peut vérifier qu'il
est le premier en déflorant sa femme excisée au couteau.
Désolé pour le détail peu ragoûtant... Dans
la culture occidentale pourtant peu conservatrice, l'importance de la "
première fois " prend des proportions impressionnantes, surtout
si l'on sait que cette fameuse première fois est rarement la meilleure.
Chez certains chrétiens, la mystique de la virginité a aussi
fait des émules : je me rappelle d'un ami qui pensait que l'important
pour moi, chez une fille avec qui je sortais était qu'elle soit
vierge. Perdu, mais le préjugé est intéressant...
Le centre de la question n'est pas la virginité (d'ailleurs souvent
celle de la femme, celle de l'homme étant difficile à établir),
mais sur le cadre que Dieu donne ou ne donne pas au niveau de la sexualité.
Pour définir les relations sexuelles hors mariage, on utilise en
français le mot fornication ; il n'est pas étonnant que ce
mot soit tombé en désuétude, car il a une connotation
négative qui cadre mal avec le discours dominant. Il reste cependant
encore utilisé par certains qui se vantent de leurs performances
et du nombre de leurs partenaires...
Comme l'Ancien Testament représente l'ancienne
alliance et que l'on pourrait m'objecter que la Loi est terminée
depuis Jésus-Christ, je vais me concentrer sur le Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament utilise le mot grec porneia pour décrire toute
relation sexuelle hors de la volonté de Dieu, adultère, sexe
avant le mariage, prostitution, inceste (Carrez, Dictionnaire grec-français
du NT), ce que l'on peut traduire comme la Bible en Français Courant
par immoralité. Cette racine a donné le mot français
porno-graphie et se retrouve souvent dans le Nouveau Testament : 10 fois
comme adjectif, 8 fois comme verbe, 12 fois pour désigner la personne
et 26 fois pour l'acte. Cela fait beaucoup ! La plupart de ces emplois
s'appliquent soit à la fornication, soit à l'ensemble des
comportements décrits dans la définition. L'adultère
ayant un autre mot pour le qualifier, cela permet de le distinguer de la
fornication, lorsque la distinction est faite. Une seule référence
explicite s'applique à un inceste, d'ailleurs entre deux personnes
adultes et consentantes (1 Corinthiens 5,1). Concernant la fornication,
on peut trouver diverses références dont voici un échantillon
:
Que le mariage soit respecté par tous et que les
époux soient fidèles l'un à l'autre. Dieu jugera les
gens immoraux et ceux qui commettent l'adultère (Hébreux
13,4).
C'est du coeur de l'homme que viennent les mauvaises pensées
qui le poussent à la fornication, à voler, à tuer,
à commettre l'adultère, à vouloir ce qui est aux autres,
à agir méchamment, à tromper, à vivre dans
le désordre, à être jaloux, à dire du mal des
autres, à être orgueilleux et insensé. Toutes ces mauvaises
choses sortent du dedans de l'homme et le rendent impur (Marc 7,21-23).
Vous savez sûrement que ceux qui font le mal n'auront
pas de place dans le Royaume de Dieu. Ne vous y trompez pas : les fornicateurs,
les adorateurs d'idoles, les adultères, les homosexuels passifs
et actifs, les voleurs, les envieux, les calomniateurs ou les gens malhonnêtes,
n'auront pas de place dans le Royaume de Dieu (1 Corinthiens 6,9-10). Un
péché parmi d'autres, qui ne mérite donc pas une place
à part...
Sachez-le bien : aucun homme immoral, impur ou avare (car
être avare est une forme de culte des idoles) n'aura jamais part
au Royaume de Dieu (Ephésiens 5,5).
D'autres textes font écho à ceux-ci, de
manière spécifique (Apocalypse 21,8 et 22,15), ou plus générale
(1 Corinthiens 5,9-11 ; 1 Corinthiens 6,13 (sur l'analogie besoin de nourriture/besoin
de sexe) ; 1 Corinthiens 10,8 ; 2 Corinthiens 12,21 ; Galates 5,19 ; Ephésiens
5,3 ; Colossiens 3,15 ; 1 Thessaloniciens 4,3 ; 1 Timothée 5,10
; Hébreux 12,6 ; 1 Thessaloniciens 4,3).
Certains opposent à cette clarté le fait
qu'ils s'aiment, qu'ils vont se marier, et estiment donc que ce genre de
versets ne comptent pas pour eux. C'est une grave erreur : d'une part,
ça ne marche pas (moins de 10% des gens qui m'ont dit ça
sont mariés) et d'autre part ils s'érigent ainsi en autorité
ultime, avant la Parole de Dieu. Se mettre à la place de Dieu pour
décider du bien et du mal, c'est la démarche de la chute,
mais c'est aussi se mettre soi-même au centre, ce qui à long
terme risque d'être fatal au don dans le couple. De manière
générale, l'état amoureux, émotionnel et transitoire,
est peu pris en compte par la Bible (douze fois, plus le Cantique des Cantiques)
; elle remarque que cet état n'est pas une garantie pour une union
durable et de qualité, sans le condamner. Par contre, elle se concentre
sur une démarche plus profonde qui est celle d'aimer, de se donner
pour l'autre.
D'autres diront qu'ils sont " mariés aux yeux de
Dieu ". Si c'était vrai, ils auraient vu que dans la Bible, l'aspect
social de l'engagement du mariage vient avant son aspect sexuel. Etre prêt
à un don complet de soi (ce qu'implique la sexualité dans
le plan de Dieu), sans y inclure la société, l'avenir professionnel
et financier, ce n'est pas possible. Aimer vraiment, tout vouloir, sans
être prêt à faire de sacrifice ? Pourquoi ne pas rester
célibataire jusqu'au moment où l'on sera prêt à
cela ?
D'autres encore disent que la Bible fait de la relation
sexuelle l'élément fondateur du mariage. C'est tout aussi
faux que ce qui précède. Les deux sont dissociés de
manière très explicite en Lévitique 20,17 et, dans
Genèse 2, l'engagement vient en premier, avant l'acte sexuel.
4. Question pratiques
pratiques
4.1. Attendre / ne pas attendre ?
Attendre ou ne pas attendre, c'est un choix qui a des
conséquences. Franchement, toi qui lis ces lignes, si tu veux passer
à l'acte sans être marié, tu le feras quoi que je puisse
écrire, si ce n'est pas déjà fait depuis longtemps...
La question qui se pose est plus fondamentale, c'est celle de ton choix
de vie : avec Dieu au centre ou pas ? Choisir de mettre Dieu au centre
de ta vie, avant ta propre personne a de multiples conséquences,
dont celles du domaine sexuel ne sont pas les plus importantes.
Il y a de bons arguments de portée générale
pour soutenir le fait de ne pas faire l'amour avec ton partenaire si vous
n'êtes pas mariés :
Le fait d'attendre et de s'en donner les moyens permet
de fonder un couple sur autre chose qu'un émerveillement sexuel.
Vivre une période d'ajustement l'un à l'autre sans cette
dimension, donc en découvrant plus l'autre que son corps, ne peut
qu'aider à vivre une sexualité épanouie plus tard,
cela s'appelle un investissement à long terme. La capacité
à renoncer à un plaisir immédiat et de courte durée
pour construire sur le long terme est une preuve de maturité personnelle,
plus que le fait de "l'avoir déjà fait".
Attendre permet aussi d'apprendre à dire non à
la tentation, qui ne disparaît pas avec le mariage, loin de là.
L'amour ne sort d'ailleurs pas toujours renforcé d'une expérience
sexuelle, loin s'en faut ; j'ai entendu trop souvent la même histoire
où l'un des partenaires n'a servi qu'à assouvir les pulsions
de l'autre, qui l'a jeté négligemment après. Certains
(le plus souvent des filles) portent des blessures longtemps après,
parce que cela s'est mal passé ou dans un cadre pas approprié.
Les autres ont bien de la peine à ne pas comparer les performances
sexuelles de leur partenaire du moment à celles de leurs relations
passées. Tout cela n'est pas une aide dans une vie de couple.
Mais ces arguments ne doivent pas te faire passer à
côté du choix essentiel : une vie pleine de sens avec Dieu
ou une vie sans lui. Chercher l'amour ailleurs qu'en lui est prendre un
grand risque : aucun partenaire n'est capable de combler le besoin d'amour
qu'il y a en chaque être humain. Le fait d'accepter dans sa vie un
péché, quel qu'il soit, nous coupe peu à peu de Dieu,
qui est la véritable source d'amour. C'est un prix beaucoup trop
lourd à payer !
La question de la sexualité se pose avant le choix
d'un partenaire, au moins de manière implicite. J'ai refusé
certaines propositions parce que cet aspect n'était pas clair et
je ne le regrette pas. Au contraire de certains de mes copains plus "expérimentés",
je peux regarder en face toutes les filles avec lesquelles je suis sorti.
Il est trop tard et pas très honnête de mettre ce genre de
choses sur la table au moment où ton partenaire désire aller
plus loin que toi (" j'aurais bien voulu être vierge en me mariant,
mais j'ai rencontré mon copain, et voilà "). Tu n'es pas
de fer et ta sexualité s'exprimera comme celle de toute autre personne
dans une situation où elle est stimulée.
Il est délicat de parler de sexe, surtout pour
ne pas vivre cette dimension, avec une personne dont on est amoureux ;
cela donne lieu à des situations comiques, très gênantes
sur le moment... Mais ce genre de choix se fait à deux et en parler
permet de construire une certaine confiance : je ne parle pas de sexe sérieusement
avec n'importe qui et j'ai besoin de me sentir écouté. Le
choix d'attendre se fait à deux et n'est pas viable si c'est le
choix de l'un, accepté par l'autre. Ce genre de situation mène
à des aberrations insolubles, à des tromperies, voire à
des divorces, lorsque celui qui a accepté désire après
le mariage en avoir pour son argent (c'est dit vulgairement, mais cela
correspond à l'expérience vécue d'une de mes connaissances).
4.2. En couple, sans sexe : ça se complique...
Dans notre société, ce que les gens qui
sortent ensemble font ensemble est directement conditionné par leur
choix de coucher ensemble. C'est une évidence, mais cela implique
aussi que de sortir avec quelqu'un comme tout le monde, juste sans sexe,
mène à une impasse. On ne peut pas jouer le jeu du sexe sans
sexe, il faut changer de jeu. Créer un couple sur autre chose que
le plaisir que l'on se donne (et si le but du couple était d'apprendre
à servir Dieu ensemble ?). Il se pose alors la question des limites
: " OK, je ne coucherai pas avec mon partenaire, mais jusqu'où on
va, si on suit la Bible ? " Cette question est pressante et elle a donné
lieu à toutes les prescriptions légalistes possibles, du
genre, " la main ne va pas plus haut que le tiers inférieur de la
cuisse ". C'est folklorique...
Le péché réside dans le fait de vivre
sa sexualité hors du plan de Dieu, point final. Il n'y a donc pas
de règle claire et définie pour les limites, et tu es capable
d'en juger mieux que moi : se retrouver à deux, nus sous la couette,
volets clos, en train de se faire des câlins n'est pas coucher avec
quelqu'un. Mais si tu arrives à ne pas aller plus loin qu'un chaste
baiser dans cette situation, tu m'inquiètes un peu. Pour ma part,
avec les filles avec lesquelles je suis sorti, j'ai évité
les gestes que j'associe (seulement) au fait de faire l'amour. Quels sont
ces gestes pour toi ? pour ton partenaire ? C'est à vous deux de
découvrir les limites que vous mettez. Evitez simplement les situations
tangentes que certains aiment cultiver pour pouvoir se justifier après
coup.
Un domaine important est celui de la pensée et
du regard. Tout homme qui regarde la femme d'un autre en la désirant
a déjà commis l'adultère avec elle en lui-même
(Matthieu 5,28). Il est illusoire de souhaiter vivre une chasteté
du corps si le cerveau et les yeux ne suivent pas. Beaucoup de gens se
font piéger par cet aspect, qu'ils soient célibataires, vivant
en couple ou mariés. Il ne suffit pas de dire qu'on regarde mais
qu'on ne touchera pas. Quand on regarde avec convoitise, on se prépare
déjà à toucher, même si l'occasion ne sera peut-être
pas saisie. La chasteté se gagne à deux, c'est vrai, mais
elle peut se perdre chacun de son côté. Si on joue avec le
désir, on prend l'habitude de penser que cela serait bien si…, jusqu'au
jour où on enlève le si.
Concernant les limites, je veux éviter de donner
une superbe loi qu'il faudrait suivre dans tous les cas ; la Bible n'en
donne pas, n'allons pas plus loin. Construire son couple, c'est aussi mettre
sa confiance en Dieu, fortifier sa relation avec lui à deux. La
tentation est une chose réelle, pas permanente mais récurrente.
Elle n'est pas différente de toutes les autres tentations : celui
qui s'est mis dans une situation sans issue péchera, mais, sans
cela, il est possible de résister. L'attitude négative est
la pire pour y arriver : dire " non, je ne ferai pas " ne permet pas d'éviter.
Comme pour toute tentation, il est essentiel de cultiver sa relation avec
Dieu en général, de passer du temps avec lui et de méditer
sa Parole régulièrement (chaque jour). C'est la meilleure
protection que je connaisse, loin de l'orgueil d'être le meilleur
et le plus fort.
4.3. J'ai sauté le pas, qu'est-ce que je fais ?
On amène à Jésus une femme surprise
en flagrant délit d'adultère pour le piéger (Jean
8,1-11) : va-t-il la faire lapider ou va-t-il montrer son mépris
de l'Ancien Testament ? Dans les deux cas, on espère ruiner sa réputation
de rabbin fidèle à Dieu et ouvert aux gens. Ses contradicteurs
sont confiants de leur propre justice et de leur supériorité
sur cette … ; et pourtant, ils vont perdre devant Jésus, sans même
qu'il ait besoin de relever que pour un adultère il faut être
deux et qu'il manque l'homme (machisme et conservatisme font souvent bon
ménage). Il lui suffit de dire que la première pierre revient
à celui d'entre eux qui n'a jamais péché. Ecoeurés
car leur propre justice ne tient pas la route, ils abandonnent la partie
les uns après les autres. Jésus parle alors avec cette femme
qu'on a jetée à ses pieds et lui dit :
Je ne te condamne pas [...]. Tu peux t'en aller, mais
ne pèche plus ! (verset 11)
En faisant cela, il rappelle deux choses :
1° Dieu ne condamne pas le pécheur jusqu'au
Jugement Dernier. Même s'il déteste le péché,
il aime le pécheur. Cela vaut pour toi aussi (et pour moi aussi,
car je suis pécheur par bien d'autres côtés), quoi
que tu aies fait. Cela s'appelle la grâce, c'est par définition
gratuit et pas mérité, et c'est ainsi que Dieu te regarde.
Ce n'est pas un prétexte pour se vautrer dans le péché
(Galates 5,13-25), mais c'est une réalité. Cette réalité
de la grâce est ce qui manque aux conservateurs pour avoir une position
biblique. Ce n'est pas un à côté, c'est le centre même
de la Bonne Nouvelle ; ils sont donc autant hors de la vision de Dieu que
le discours permissif, malgré les apparences.
2° Il n'y a qu'une seule manière de sortir
du péché : s'en détourner. Dans cette situation, Jésus
offre une porte de sortie en appelant un péché péché.
S'il ne le faisait pas, mais arrangeait simplement les choses en disant
que ce n'est pas si grave, cette femme n'aurait pas de moyen ni de raison
de sortir. Se détourner du péché, c'est a) demander
pardon à Dieu b) lui demander son aide pour ne pas continuer c)
cesser de faire ce sur quoi on a prise.
Cette démarche permet à chacun de revenir
à Dieu, mais elle est difficile : plus on est engagé dans
la relation avec son partenaire, plus il est probable que la décision
de cesser de coucher avec implique des ennuis : manipulations ou rupture.
Il est difficile aussi parce que le corps aime ce qui a trait à
la sexualité bien vécue et donne l'impression qu'on n'arrivera
pas à s'en passer, même si c'est faux. Il est difficile encore
parce que cela implique de reconnaître devant Dieu qu'on est pécheur,
démarche douloureuse.
Le pire mensonge qu'on pourrait dire serait qu'il n'y
a pas de porte de sortie, mais un des textes qui dénonce la fornication
continue de manière encourageante pour tous les pécheurs.
Vous savez sûrement que ceux qui font le mal n'auront
pas de place dans le Royaume de Dieu. Ne vous y trompez pas : les fornicateurs,
les adorateurs d'idoles, les adultères, les homosexuels passifs
et actifs, les voleurs, les envieux, les calomniateurs ou les gens malhonnêtes,
n'auront pas de place dans le Royaume de Dieu. Voilà ce qu'étaient
certains d'entre vous. Mais vous avez été purifiés
du péché, vous avez été mis à part pour
être à Dieu, vous avez été rendus justes devant
Dieu au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu
(1 Corinthiens 6,9-11).
Ce n'est pas par nos propre mérites que nous pouvons
vivre une vie qui soit en accord avec les standards de Dieu. Pour cela,
il faut d'abord le mettre lui aux commandes et laisser son Esprit travailler
en nous. Le seul obstacle véritable au pardon de Dieu est le refus
de reconnaître qu'on a péché et de se détourner
de son péché. Le reste n'est même pas un détail.
5. Conclusion
Si tu n'es pas prêt à entrer dans un engagement
comme celui du mariage, pourquoi chercher à sortir avec quelqu'un
? Le célibat recèle aussi des richesses, qui méritent
d'être considérées, comme la possibilité de
s'investir dans des amitiés fortes. 1 Corinthiens 7 met le mariage
et le célibat sur le même plan : les deux sont un cadeau de
Dieu (verset 7), pas une prison éternelle, mais quelque chose pour
un temps plus ou moins long. S'ils sont vécus dans la volonté
de Dieu, autant le mariage que le célibat sont une bonne chose.
S'ils ne sont pas vécus dans ce plan, le risque de catastrophe est
élevé. Mes pas ont croisé ceux d'assez de couple en
difficulté (mariés ou pas) pour que je puisse affirmer que
le couple n'est pas la solution miracle. Une femme indigne est comme un
cancer qui ronge son mari (Proverbes 12,4b), et un homme indigne ne vaut
pas mieux pour son épouse, ou sa copine. Celui qui vit bien son
célibat a de bonnes chances de bien vivre son mariage; celui qui
est amer à la base risque de le rester en se mariant.
Ne te presse pas de trouver un partenaire, même
si la société, les amis, les parents te poussent. Cherche
plutôt quelqu'un de bien, attaché au Seigneur avant de l'être
à toi, prêt à t'aimer dans tout ce que tu es, pas seulement
à te désirer physiquement. Le meilleur moyen pour trouver
une telle personne est de l'être soi-même, capable de vivre
avec soi-même et de gérer tes manques affectifs. Nous avons
tous de tels manques, qui nous poussent quelquefois à accepter n'importe
quelle relation, pour nous sentir moins seuls, pour montrer aux autres
que nous avons aussi assez de valeur pour sortir avec quelqu'un, pour essayer
de recevoir l'affection que nos parents ne donnent pas, pour toute une
série de raisons. Les manques affectifs sont un donné de
base de chaque personne, et ils ont besoin d'être comblés.
Demander à un conjoint ou à un copain de les remplir est
lui faire un très mauvais cadeau : il n'est pas capable. L'amour
de Dieu est seul capable de combler tes besoins de reconnaissance sans
condition.
Il n'est pas bon que l'homme soit seul (Genèse
2,18) ; cela ne concerne pas qu'un partenaire, mais a des implications
bien plus larges : autant la relation avec Dieu que les amitiés.
L'amitié, y compris avec des personnes du sexe opposé, te
transforme et fait de toi une personne plus ouverte, plus riche, … plus
intéressante pour une relation amoureuse sérieuse. Toute
amitié demande du temps, et le fait d'avoir du temps est justement
la grande chance des célibataires. Ils peuvent l'investir dans des
relations avec leur entourage et en eux-mêmes, sans devoir passer
beaucoup de temps et d'efforts à leur partenaire (ceci n'étant
pas dit négativement). L'âge 13-20 ans est celui où
l'on pose pour la première fois la question de la sexualité,
mais c'est aussi celui des amitiés fortes. Ne passe pas à
côté de cette dimension ! Si tu n'en crées pas parce
que tu es trop occupé à chercher l'âme sœur, tu passeras
à côté de cette richesse, sans être assuré
de trouver ladite âme sœur.
C'est en tant que célibataire que je dis cela,
pas en tant qu'homme marié depuis longtemps et " qui a le droit
de... " Je ne regrette pas le fait de ne pas avoir eu de copine pendant
ces années-là, ni d'être célibataire depuis
quelques années, car j'ai vécu des choses à côté
desquelles des amis plus " entreprenants " sont passés. Le temps
qui n'était pas pris par une copine ou une épouse m'a permis
de développer des amitiés dont certaines durent encore plus
de dix ans après, de développer ma personnalité et
d'approfondir ma relation avec Dieu. De manière plus prosaïque,
cela m'a aussi permis de combler en partie ma soif de voyages et de lectures,
de poursuivre mes études à côté d'un travail
et de créer un réseau d'amitié mondial. C'est précieux,
et sera joli cadeau pour une éventuelle copine/épouse, bien
plus qu'un peu d'expérience sexuelle.
