Pour introduire le thème des vertus, j'ai choisi de vous présenter une étude bien préparée par un abbé catholique. À part une couple d'allusions aux sacrements, ce texte rejoint plutôt bien la pensée évangélique. Une vertu est une vertu est une vertu ... pour paraphraser une expression célèbre sur la rose !
- I - LES VERTUS EN GÉNÉRAL

RÉFLEXION

A-- En plus du don merveilleux qu'Il nous fait de sa Grâce, Dieu ne nous a pas ménagé ses bienfaits: Il nous a prodigué ses Dons surnaturels   apportés tout particulièrement par le Sacrement de Confirmation. Et Il nous a encore comme équipés, pour le combat de la vie, de poussées et inclinations favorisant le bien sous toutes ses formes et qui nous permettent aussi de combattre le mal sous ses divers aspects : Ce sont ces poussées et ces inclinations que l'on appelle : les VERTUS.

B-- Et comme s'il ne suffisait pas de mettre à notre disposition ces nouvelles "puissances" que sont les vertus,le Seigneur les a diversifiées et multipliées. C'est ainsi que l'on distingue les vertus selon qu'elles concernent notre corps et notre esprit : ce sont les vertus naturelles; ou selon qu'elles ont pour objet de favoriser notre âme dans ses rapports avec Dieu : ce sont les vertus surnaturelles .

C-- Mais tout comme pour la Grâce et les Dons surnaturels reçus du Saint-Esprit, il est bon de rappeler ici que ces nouvelles richesses, que Dieu a mises à notre disposition d'une façon stable, ne pourront être vraiment fructueuses que dans la mesure où nous les rendrons efficaces par notre réceptivité et nos efforts personnels.

EXPLICATION

1.- Une vertu est une force et une disposition stable qui nous incline à faire le bien et à éviter le mal. La vertu facilite donc la pratique du bien.

2.- D'après leur but, on distingue plusieurs sortes de vertus :

  1. Les vertus naturelles ; puis
  2. les vertus surnaturelles, dans lesquelles on distingue :
  3. les vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité;
  4. les vertus morales cardinales (= fondamentales) ; puis
  5. toutes les autres vertus.

- II - LES VERTUS NATURELLES

1.- Les vertus naturelles sont appelées aussi vertus acquises. Ce sont celles que nous acquerrons, avec la Grâce de Dieu, par l'exercice de nos facultés natives. Elles supposent donc de notre part une correspondance à la Grâce de Dieu.

2.- Ces vertus naturelles fortifient l'âme pour l'accomplissement des bonnes œuvres naturelles. On les trouve même chez les païens. Mais il convient que les Chrétiens les cultivent plus attentivement et plus profondément.

- III - LES VERTUS SURNATURELLES

1.- Les vertus surnaturelles sont aussi appelées vertus infuses. Elles se greffent, pour la plupart, sur les vertus naturelles. D'où l'importance de ces dernières.

2.- Les vertus surnaturelles sont donc comme des forces surhumaines mises dans l'âme par Dieu pour rendre celle-ci capable de faire des actes de valeur surnaturelle. On les appelle encore vertus chrétiennes, car elles sont l'apanage exclusif des vrais Chrétiens.

3.- Elles diffèrent des vertus acquises, parce qu'elles ne peuvent provenir que de Dieu et non de nous. Elles nous donnent la possibilité de réaliser alors des œuvres méritoires.

A -- LES VERTUS THÉOLOGALES

1.- Comme leur nom l'indique, ces vertus ont un rapport direct à Dieu. Ce sont, en effet, les vertus de Foi en Dieu, d'Espérance en Dieu et de Charité pour Dieu.

2.- La vertu de Foi : Avoir la Foi, c'est tenir pour vrai une chose dont nous n'avons pas l'évidence, la perception directe, comme nous pouvons les avoir par une perception sensorielle.

3.- Grâce à la vertu de Foi, nous croyons plus aisément ce que Dieu nous a révélé et à quoi Il nous propose d'adhérer par l'enseignement de l'Église.

4.- On s'exposerait à perdre la Foi : si on négligeait les moyens d'entretenir en nous la Grâce Sanctifiante et les connaissances religieuses ; si on entretenait le doute sans essayer de le faire tomber en nous renseignant sur ce qui en fait l'objet ; par la fréquentation habituelle des personnes,des œuvres littéraires ou autres (diverses émissions de télévision...) qui seraient fondamentalement ou pratiquement opposées à Dieu ou à la Religion ; etc. La Foi est un don de Dieu qui a besoin d'être entretenu et protégé ; surtout dans le  monde athée ou apostat en lequel beaucoup sont fréquemment plongés de nos jours.

5.- La vertu d' Espérance   :   L'espérance, c'est l'attente confiante d'une chose qui arrivera certainement et nécessairement, parce que c'est Dieu qui l'a promis  ainsi. (Tandis qu'avoir l'espoir, c'est espérer une chose qui se produira peut-être, mais sans certitude).

6.- La vertu d'Espérance est donc la vertu surnaturelle   par laquelle nous attendons sereinement la Grâce de Dieu, si nous sommes fidèles ; puis, dans les mêmes conditions, la Vie Éternelle que Dieu a promise à ses fidèles serviteurs. Cette vertu nous fait espérer aussi tous les secours surnaturels nécessaires à l'acquisition de la Grâce et de la Vie Éternelle.

7.- Les conditions logiquement nécessaires pour obtenir ces biens spirituels sont principalement : l'intention droite, l'exercice des bonnes œuvres et du devoir d'état, l'usage des Sacrements et de la prière, ainsi que celui des autres vertus. Et on s'exposerait à diminuer les effets de la vertu d'Espérance, voire à sa perte, si on agissait avec présomption ou désespoir.

8.- La vertu de Charité : C'est la vertu qui nous aide à préférer Dieu et Ses volontés à toute autre chose. Cette vertu nous aide à aimer Dieu pour Lui-même, c'est-à-dire en raison de ce qu'Il est. Et, par conséquence logique, notre prochain quel qu'il soit. La raison en est que, malgré les défauts que nous pourrions lui connaître, ce prochain a été créé lui aussi "à la ressemblance de Dieu".

9.- L'amour que nous devons porter à Dieu, n'est pas nécessairement un effet ou une manifestation de la sensibilité. C'est un amour que l'on pourrait appeler "amour rationnel", parce que produit par la raison qui considère Dieu comme étant l'être le plus parfait par rapport à tous les autres êtres que nous connaissons,ou que nous pouvons imaginer.

10.- Notre amour de Dieu pourra s'exprimer de diverses manières : Dans l'adoration. Adorer, c'est rendre hommage, honneur et culte à Dieu en tant qu'Il est l'Être par excellence, Créateur et Maître de tous et de tout. Également par la prière, et en faisant effort pour vivre en conformité avec Ses Commandements. Enfin, en Le recevant dignement dans l'Eucharistie, sans négliger les Grâces que mettent à notre disposition les autres Sacrements.  

11.- On l'a dit plus haut : l' "amour du prochain comme soi-même", en expression de l'amour que nous portons à Dieu, sera aussi un moyen que l'on pourrait dire "indirect", mais tout aussi sincère cependant que l'amour que nous devons porter à Dieu. Et là aussi, il ne s'agit pas nécessairement d'un amour de la sensibilité, mais d'abord de la raison.

12.- On s'exposerait à perdre la Charité envers Dieu par l'acceptation habituelle du péché dans notre vie. De même qu'on s'exposerait à porter atteinte à notre amour du prochain, dans la mesure où nous délaisserions plus ou moins la charité fraternelle en des domaines où nous devrions être attentif à ce même prochain.

13.- Aimer notre prochain, c'est d'abord  le respecter comme créature faite à l'image de Dieu; c'est ne pas le gêner sans motif ; c'est lui souhaiter du bien et, selon les circonstances, lui être utile et agréable, tout en veillant à une certaine discrétion et, parfois, à la nécessaire prudence.

B-- LES VERTUS MORALES

1.- Comme leur nom l'indique, ces vertus ont pour objet les mœurs, c'est-à-dire nos comportements et nos manières de vivre. Elles n'ont pas pour objet Dieu Lui-même, mais le bien commandé par Dieu. Parmi les vertus morales,on distingue d'abord les VERTUS CARDINALES (ou FONDAMENTALES), puis toutes les autres vertus morales.

2.- Les VERTUS MORALES CARDINALES sont au nombre de quatre :

  1. La vertu de JUSTICE. C'est celle par laquelle nous respectons l'équité envers tous et en tout domaine.
  2. La vertu de FORCE, qui est la vertu qui nous rend à ce point déterminés et courageux, que les adversités rencontrées ne nous arrêtent pas dans notre poursuite du bien sous ses diverses formes ; dut-on même affronter le martyr pour sauvegarder le plus grand bien à défendre.
  3. La vertu de PRUDENCE, qui est la vertu qui dirige toute notre action vers son but légitime et qui cherche tous les moyens convenables et les mieux appropriés à une action efficace, et qui demeure toujours essentiellement conforme à ce que Dieu veut pour notre vrai bien.
  4. La vertu de TEMPÉRANCE. C'est la vertu qui, en vue de nous modérer et nous tempérer en nos initiatives et activités, nous fait réfréner et maîtriser les désirs désordonnés, afin d'en proportionner l'usage par rapport aux biens supérieurs. Cette vertu retourne particulièrement du don de SAGESSE.

3.- Il y a d'autres vertus morales à pratiquer chrétiennement; en particulier :

l'HUMILITÉ, la CHASTETÉ, le COURAGE, la DOUCEUR, la PATIENCE, la LONGANIMITÉ, la PERSÉVÉRANCE, la GÉNÉROSITÉ,   l'HONNÊTETÉ , la DÉLICATESSE, la POLITESSE, etc.   Toutes ces vertus sont opposées aux vices qui sont étudiés plus loin. La plupart de ces vertus n'étaient pas connues ou pas pratiquées dans le Paganisme. C'est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui les a instaurées; et c'est en cela aussi que réside la belle originalité de notre morale chrétienne.

N.B. De nos jours aussi, des adeptes d'autres Religions ne connaissent pas, ou ne pratiquent pas, ou encore se moquent et critiquent les vertus   spécifiquement chrétiennes. La cause habituelle en est qu'ils trouvent ces vertus gênantes parce que contraignantes et pas adaptées à leurs goûts et préférences. Et même chez certains Chrétiens de notre temps, qui ne sont plus Chrétiens que de Baptême mais qui, en fait, se sont fait une religion à leur convenance, on trouve fréquemment le même comportement pratique : Plus de "pratique religieuse", pourtant gravement et logiquement obligatoires; plus de prière en famille; plus de respect des lois morales gouvernant le foyer et la famille; plus tellement d'observance de l'honnêteté dans certaines affaires, etc. A force de vivre entourés de païens soumis à des institutions païennes, athées ou carrément antireligieuses, beaucoup de Chrétiens son devenus, hélas! de véritables Apostats.  

4.- Toutes ces vertus s'acquièrent  et s'enrichissent par leur répétition fréquente. Mais toutes se perdraient si l'on n'en posait plus les actes ; et surtout lorsqu'on pratiquerait les vices qui leur sont opposés. Voilà pourquoi la vie chrétienne doit être un combat spirituel constant.

On peut dire que toute cette leçon sur les VERTUS trouve sa racine et son achèvement dans le sermon que Jésus fit à ses Disciples du haut d'un mont de Galilée, et au cours duquel Notre-Seigneur a prêché les BÉATITUDES.

C'est pourquoi, à ce point de notre étude, il est fait une relation succincte de ce qu'on appelle "Le Sermon sur la Montagne".

LES BÉATITUDES OU "LE SERMON SUR LA MONTAGNE"

1.- Comme le Lui avaient demandé Ses Disciples, c'est pour résumer l'essentiel de Son enseignement, que Jésus prononça le "Sermon sur la Montagne" rapporté par les Évangiles. Le mont que l'on pense être celui d'où Jésus fit ce sermon, surplombe le beau Lac de Tibériade et offre, par temps dégagé de la brume, une vue magnifique sur le lac et son pourtour.

2.- En ce sermon, Jésus procède volontairement comme par antinomie. En effet, son enseignement apparaît là comme contradictoire et exagéré. C'est que Notre-Seigneur a voulu frapper l'imagination de Ses auditeurs, afin de stimuler leur attention et marquer l'importance fondamentale de Sa prédication, présentée cette fois sous forme de "maximes".  

3.- Voici le début des récits confondus que firent de ce Sermon St. Matthieu 5, 1 à 12, et St. Luc, 6, 20 à 29 :

...Face à ces foules qui L'avaient suivi, Jésus Se dirigea sur une montagne. Arrivé là, Il S'assit, tandis que Ses Disciples L'entourèrent. Puis, de là, Il Se mit à les enseigner en disant :

Bienheureux ceux qui ont un esprit de pauvres, parce que le Royaume des Cieux leur appartient ! "

" Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre ! "

" Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés ! "

" Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, parce qu'ils seront rassasiés ! "

" Bienheureux les miséricordieux parcequ'ils obtiendront (à leur tour) miséricorde ! "

" Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parcequ'ils verront Dieu ! "

" Bienheureux ceux qui font œuvre de paix,parce qu'ils seront appelés fils de Dieu ! "

" Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de la Justice, parce que le Royaume des Cieux leur est promis ! "

" Heureux serez-vous lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de Moi !

Lorsqu'on vous haïra, qu'on vous excommuniera et insultera et qu'on proscrira votre nom (de "Disciples") comme étant mauvais, à cause de Moi ! Réjouissez vous alors et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande et vous sera réservée dans le Ciel. C'est ainsi qu'ont été persécutés, avant vous,les Prophètes."

"Mais malheur à vous riches (jouisseurs des richesses d'ici bas), parce que vous aurez reçu déjà votre récompense !"

"Malheurs à vous qui êtes repus maintenant, parce que vous connaîtrez la faim (des richesses célestes!)"

"Malheur à vous qui vous réjouissez les biens d'ici bas, parce que vous serez dans le deuil et dans les larmes !"

"Malheur à vous lorsqu'on vous flattera, parce que c'est là l'attitude que vos pères eurent envers les Faux Prophètes !"

"Mais à vous qui M'écoutez Je dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient!" (Etc.)

4.- Les Béatitudes expriment donc, sous forme de "paradoxes divins", les vertus à pratiquer, et elles se terminent par l'annonce du bonheur qui en sera la récompense. Ce bonheur, c'est la Béatitude Éternelle sous divers noms. Mais dès la vie présente, le vrai Disciple de Jésus en goûte les prémices par l'espérance de la posséder un jour et par son contentement intime à pratiquer les leçons du Maître.



MANUEL D'INSTRUCTION ET D'EDUCATION RELIGIEUSES
Abbé Lucien Arène, Aumônier d'Ecoles libres









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