Étudiant à Halle
Je touchais enfin au but que je m'étais proposé!
J'étais désormais membre de l'université et j'y avais
été admis avec une mention très honorable. Par là
j'obtenais le droit de prêcher dans l'Église luthérienne;
et cependant j'étais toujours aussi malheureux, toujours aussi éloigné
de Dieu! J'avais pris, en arrivant à Halle, les plus énergiques
résolutions: désormais j'ailler aiguiller ma vie dans une
tout autre direction et changer de conduite. Il le fallait absolument...
Hélas! j'étais à peine arrivé à l'université
que toutes mes résolutions s'effondrèrent. Plus que jamais
auparavant, j'étais maintenant mon seul maître; aucun contrôle
ne s'exerçait plus sur moi. J'étais maintenant étudiant
en théologie, et pourtant je retombai dans les habitudes vicieuses.
Lorsque je n'eux plus d'argent, j'empruntai sur gages et je me séparai
de ma montre, de mon linge, enfin de mes habits, ce qui ne m'empêcha
pas de contracter encore d'autres emprunts. Cette vie de dissipation, cette
vie misérable, était loin de me satisfaire, et je n'y trouvais
pas de joie. Mais j'ignorais la tristesse selon Dieu, celle qui découle
du sentiment de l'avoir offensé...Une fois de plus, je dois faire
l'expérience que les efforts de l'homme qui s'appuie sur ses propres
forces sont inutiles.
Nous étions alors 1200 étudiants à
l'université. Sur ce nombre 900 étudiaient la théologie
et avaient l'autorisation de prêcher. Mais je crois bien qu'entre
nous tous on n'aurait pas trouvé 9 jeunes gens craignant Dieu...
Je ne possédais pas de Bible et je n'avais pas ouvert ce livre depuis
des années. Je n'allais que rarement à l'église; mais
comme c'était la coutume, je communiais 2 fois par an. Jusqu'au
commencement de 1825 je n'avais encore jamais entendu prêcher l'Évangile.
Jamais personne ne m'avait dit vouloir vivre selon les enseignements de
l'Écriture avec l'aide de Dieu. Bref, je croyais que tout le monde
me ressemblait plus ou moins, à des degrés différents.
Samedi soir de novembre 1825 lors d'une réunion
chez un commerçant chrétien du nom de Wagner. Après
le chant d'un cantique, le frère Kayser s'agenouille pour demander
à Dieu de bénir la réunion. Cette manière de
se présenter devant Dieu fait sur moi une impression profonde. Jamais
encore je n'ai vu personne s'agenouiller! Jamais je ne me suis mis à
genoux pour prier!
Ensuite on lit la Bible et un sermon imprimé (en
Prusse, il est interdit de commenter les Écritures, si un pasteur
consacré n'est pas présent). Après le chant d'un nouveau
cantique, M. Wagner termine la réunion par la prière. Je
sens nettement que malgré tout mon savoir, je serais incapable de
prier comme cet homme illetré: je suis profondément impressionné,
heureux, mais je ne saurais expliquer pourquoi.
En retournant à la maison, je dis à mon
ami: «Tous ce que nous avons vu en Suisse, tous nos plaisirs passés
ne sont rien en comparaison de cette soirée». Lorsque je me
couchai, la joie et la paix habitaient dans mon coeur.
Dès lors ma vie change. J'abandonne la compagnie
de mes anciens amis; je ne remets plus les pieds dans les tavernes; je
renonce à dire des mensonges, bien qu'exceptionnellement il m'arrive
encore de m'écarter de la vérité.
Désormais je ne vis plus de façon habituelle
dans le péché, bien que celui-ci réussisse parfois
à me dominer encore: mais alors j'en ressens la plus profonde tristesse.
Je lis la Bible, je prie souvent, j'aime les frères, je vais à
l'église avec les entiments que Dieu demande, et je reste fidèle
à Christ malgré toutes les moqueries des étudiants.
Ce que n'avaient pu faire les exhortations, ni les préceptes
de mon père ou ceux de ses amis, ce que n'avaient pu faire mes bonnes
résolutions, l'amour de Jésus l'accomplisait en moi et m'amenait
à renoncer à ma vie de péché. Quiconque veut
trouver la force de vaincre le mal, doit la chercher en Christ. Il la trouvera
là, parce que, sur le Calvaire, Christ a répandu son sang
pour nous.