Lundi, 23 novembre, jour de saint Clément, pape et martyr et autres au martyrologe,
Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres.
Depuis environ 10 heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,
Feu.
«Dieu d'Abraham,
Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob» non des philosophes et des savants
Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix.
Dieu de Jésus-Christ.
Deum meum et Deum vestrum (mon Dieu et votre Dieu)
«Ton Dieu sera mon Dieu»
Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.
Il ne se trouve que parmi les voies enseignées dans l'Évangile.
Grandeur de l'âme humaine.
«Père juste, le monde ne t'a point connu, mais je t'ai connu».
Joie, joie, joie, pleurs de joie.
Je m'en suis séparé:
Dereliquerunt me fontem aquae vivae. (Ils m'ont abandonné, moi, la source d'eau vive )
«Mon Dieu me quitterez-vous?»
Que je n'en sois pas séparé éternellement.
Cette est la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.»
Jésus-Christ.
Jésus-Christ.
Je m'en suis séparé; je l'ai fui, renoncé, crucifié.
Que je n'en sois jamais séparé.
Il ne se conserve que par les voies enseignés dans l'Évangile:
Renonciation totale et douce.
Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.
Éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre.
Non obliviscar sermones
tuos (Que je n'oublie pas tes paroles), Amen.
Écrit trouvé dans l'habit de Pascal après sa mort.
Le 23 novembre 1654, pendant deux heures, Pascal fut transporté par l'ardeur de sa méditation dans une sorte d'extase, où le coeur prit autant part que l'esprit, où il se sentit échauffé en même temps qu'il se voyait éclairé; ce fut alors qu'il se donna définitivement et entièrement à Dieu. Il ne voulut pas que le souvenir de ce «ravissement» le quittât; il essaya de le fixer en quelques phrases.
«Peu de jours après la mort de M. Pascal, dit le Père Guerrier, un domestique de la maison s'aperçut par hasard que dans la doublure du pourpoint de cet illustre défunt il y avait quelque chose qui paraissait plus épais que le reste, et ayant décousu cet endroit pour voir ce que c'était, il y trouva un petit parchemin plié et écrit de la main de M. Pascal, et dans ce parchemin, un papier écrit de la même main: l'un était une copie fidèle de l'autre. Ces deux pièces furent aussitôt mises entre les mains de Mme Périer qui les fit voir à plusieurs de ses amis particuliers. Tous convinrent qu'on ne pouvait douter que ce parchemin, écrit avec tant de soin et avec des caractères si remarquables, ne fût une espèce de mémorial qu'il gardait très soigneusement pour conserver le souvenir d'une chose qu'il voulait avoir toujours présente à ses yeux et à son esprit, puisque depuis huit ans, il prenait soin de le coudre et découdre à mesure qu'il changeait d'habits». Le parchemin est perdu; mais au commencement du manuscrit de la bibliothèque nationale se trouve le papier qui le reproduisait, écrit de la main de Pascal, et dont l'authenticité est attesté par un billet signé de l'abbé Périer, neveu de Pascal. En tête, une croix entourée de rayons.
- Léon Brunschvicg
Comme Paul l'avait fait avec Pierre et comme Luther un siècle avant lui, Pascal avait noté un comportement indigne chez le chef de l'Église, mais au lieu de l'envoyer promener comme Luther, il a plutôt pris la voie de Paul en le reprenant sévèrement sans toutefois aller jusqu'à briser la communion.
Le cheminement de Pascal est bouleversant car il montre comment Dieu s'y est pris pour faire maturer cet être imbu de lui-même en un être centré sur les autres. Cet apprentissage s'est fait par l'expérience de la vanité des jouissances mondaines pour satisfaire les besoins profonds et véritables du coeur, comme chez Salomon, mais aussi et surtout par l'expérience de la souffrance qui, au lieu de le faire se replier encore plus sur lui-même, le fait plutôt se détacher de lui-même et lui fait comprendre, compatir et soulager la misère des autres. Il a plu à Dieu de le briser par la souffrance.
Pascal n'a pas eu d'enfance mais il a connu l'enfance de la nouvelle créature, l'enfance spirituelle qui voit toutes chose sous un nouvel éclairage, à la lumière de l'Esprit, résultat de sa passion pour Jésus il se met à penser et à agir comme Jésus. Au lieu de rechercher la polémique et d'alimenter les divisions et les sentiments comme il l'avait fait au début, il consacre ses dernières énergies à construire des ponts d'amour avec les plus démunis, il leur manifeste la bonté de Dieu à leur égard en leur distribuant ses biens et il s'associe à eux dans leur souffrance et la sienne.
La leçon à en tirer est grande, la maturité du chrétien se voit dans son détachement de lui-même et dans son dévouement au bien-être de son prochain, Lu.6:40, Ac.20:35, «Occupe-toi plus des autres», non pas dans sa connaissance théologique exceptionnelle comme il avait pensé pour un temps 1Co.8:1.
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