Option :Sortir du frame


Biographie par Henri Guillemin

La première chose qu'il faut dire de Pascal c'est qu'il n'a pas eu d'enfance, pas de mère, pas de camarades de classe; il avait deux ans quand sa mère est morte en 1625 en donnant naissance à son troisième enfant, et ceci a changé le climat un peu particulier de cette famille. La plus jeune s'appelait une fille Jacqueline, la plus vieille Gilberte et Pascal était entre les deux. Blaise est un petit garçon avait des yeux brillants, un front bombé qui donne l'impression d'avoir une intelligence particulière et son père ne le mettra jamais dans aucune école, son père se charge seul de le façonner intellectuellement. Son père Étienne Pascal était conseiller du roi, très grand bourgeois. Il apprend à son fils tout ce qu'il était possible de savoir à ce moment là.

Gilberte raconte que jusque pendant les repas son père parlait à Blaise de quelques parties de la logique ou de la philosophie. Blaise était passionné pour apprendre, il ne jouait pas (Pascal a parlé sévèrement des divertissements). Il parle avec les gens importants que reçoit son père, tel que Roberval. François Mauriac a dit: Le petit Blaise qui discute avec ces savants fait penser à Jésus discutant avec les docteurs quoiqu'avec moins de simplicité. Le fait est qu'il est assez gonflé de lui-même. Toujours est-il qu'il donne l'impression de quelqu'un d'extrêmement développé. Le Blaise de 15, 16 ans donne l'impression d'une intraitable suffisance, de quelqu'un qui donne l'impression de toujours avoir raison, une assez insupportable de "m'as-tu-vu", doublé d'un vrai savant. A 16 ans il fait un traité sur les coniques qui appelle l'admiration d'un homme comme Descartes.

Jacqueline, sa soeur cadette, fait de la poésie galante extraordinaire dès le début de son adolescence.

Pascal invente la roue pascal, la pascaline, l'ancêtre de la machine à calculer pour son père afin de l'aider à calculer les rôles d'imposition.

Son père se casse la jambe et on fait revenir deux rebouteux rouvillistes (du curé de Rouville qui était un janséniste). Pascal était alors un catholique traditionnelle, et s'intéresse à leurs débats théologiques passionnés. Guillemin décrit sa "conversion" comme l'orgueilleuse irruption d'un conquérant dans un nouveau domaine de l'esprit où il entend à son tour dogmatiser. il se dit si je me mets, moi, à étudier ces problèmes de théologie, ça va changer! A peine devenu janséniste Pascal se conduit comme un jeune inquisiteur.

En 1651 son père meurt.

Sa soeur devenue janséniste prie, paradoxalement, pour sa conversion, car il est imbu de lui-même. Elle lui dit: "ne me retenez pas si vous n'avez pas le courage de me suivre, ne m'ôtez pas ce qui n'est pas en votre pouvoir de me donner - la joie, le bonheur pour elle c'était la vie religieuse - (Pascal ne voulait pas payer la dot pour qu'elle entre au couvent, il a finalement cédé en 1653 en grognant, il est alors très mondain entre 1651 et 1653 vers l'âge de 26, 27ans, il était tanné d'éblouir - par son intelligence - et il voulait plaire - par sa richesse acquise par héritage, il avait 3 domestiques ce qui était beaucoup et il avait un carosse à 6 chevaux, seul le roi avait droit à en avoir un à 8 chevaux.)

En 1655 Jacqueline lui écrit une lettre parlant du bourbier dans lequel il s'était retiré. En 1655 Pascal met dans la bouche de Jésus ces paroles: "je t'aime, je t'aime plus ardemment que tu n'as aimé tes souillures".

Les souillures ne l'intéressent plus, Pascal est une âme de feu qui brûle tout ce qu'on lui jete, il a été un moment passionné par les mathématiques, il l'est moins, il a été passionné par le jansénisme, il l'est moins, il a été passionné par la vie mondaine, il l'est moins, en 1654 il est dépris de toutes choses, il est dans un état de grand abondonnement, il n'a plus de vie intérieure, plus de ferveur. Cela l'ennuie beaucoup d'être comme cela, il n'a pas perdu la foi, il décide alors de revoir à Port-Royal cette soeur avec qui il ne s'était pas tellement bien comporté. Il va lui demander conseil, maintenant c'est lui qui écoutait et elle qui parlait, il va l'écouter, elle lui dit "pour retrouver la ferveur il faut faire de la ferveur, aller à la messe, faites des signes de croix, prenez de l'eau bénite, parce qu'à force d'imiter l'extérieur de la ferveur peut-être que la cette imitation entrera à l'intérieur de vous-mêmes. On peut plier le corps, on peut utiliser le corps, l'exercice extérieur pour avoir un avancement intellectuel.

Et il va se passer quelque chose de tout à fait mystérieux et dramatique c'est ce qu'on va appeler un peu pathétiquement la nuit de "feu" de Pascal, le lundi 23 novembre 1654.

"Depuis environ 10.30 hr du soir jusqu'à environ minuit... (ensuite écrit en grosses lettres au milieu de la feuille) FEU

(Un feu de bengale mystique dans sa chambre - buisson ardent - ou une illumination intérieure - comme les disciples d'Emmaus)

Joie, joie, pleurs de joies (Pascal ne fait plus de rhétorique) mais je l'ai fait, renoncé, crucifié à cause de ce que j'ai fait, mais c'est lui qui a fait tous les pas à mon égard et qui est venu me trouver dans ma misère, dans mon délaissement

Ah que je n'en sois plus jamais séparé!"

Guillemin : Je ne peux pas me prononcer, hein, je ne sais pas, c'est du mystère d'une vie intérieure, mais c'est très évident qu'il s'est passé quelque chose de très bouleversement dans la vie de Pascal cette fameuse nuit. Tellement bouleversant qu'il propose aux gens de Port-Royal de s'associer à eux.

Mais il s'est élevé - ou il a été élevé - à des hauteurs où l'altitude ne permet pas toujours un air respirable et voilà qu'on va lui proposer un combat à mi-pente et en suite à ras de terre, un combat où ce sentiment - déjà discerné en lui - de gloriole, de vanité, de gladiateur va pouvoir trouver à s'épanouir et c'est la bataille des "provinciales (des lettres écrites par quelqu'un qui n'est pas nommé à un provincial de ses amis)" des petites lettres accessibles et facile à lire pour tous.

Il commence à y discuter sur le fond de la question qui était difficile, vous savez, la grâce, la prédestination, l'ampleur de la rédemption, ces sujets très difficiles c'étaient des têtes d'épingle.

A partir la 5ème provinciales il s'aperçoit que cela ne capte pas l'opinion publique, il va alors faire une rectification du tir, un mouvement tournant, au lieu de s'attaquer au Vatican il vise les jésuites.

On a étudié alors les casuistes, ceux-ci avaient une complaisance particulière pour les cas de conscience les plus scabreux et proposaient presque toujours une solution assez scandaleuse. Par exemple on peut mentir si on fait de la restriction mentale, autre exemple, si je vole une pomme avec l'intention de nuire à autrui alors cela n'est pas correct, mais si devant cette pomme j'ai terriblement envie de cette pomme, je vais me rendre malade si je ne prend pas cette pomme alorsd là c'est une considération qui fait qu'on a des droits envers soi-même et que ce n'est pas un péché si on vole la pomme, des trucages, quoi!.

Alors Pascal est trop content d'avoir trouvé tout ces arguments contre les jésuites et il va se déchaîner. Mais les provinciales vont devenir très dramatiques à partir de la 17ème, pourquoi donc? parce que figurez-vous, et cela je vais le dire sans joie, le Vatican va se comporter d'une manière invraisemblable en disant si vous voulez éviter la condamnation vous devez dire que les 5 propositions résumant la doctrine de Jansénius sont de lui même si ce n'est pas lui qui en a fait le résumé.

Dans sa 18ème provinciale il donne au Vatican de lui indiquer à quelle page ces 5 propositions ont été prises dans les livres de Jansénius. Pas de réponse de Rome, alors il prépare une 19ème provinciale qui ne sera jamais écrite et dont il semble qu'elle était une provinciale de rupture. Vous savez quand on pense à Blaise Pascal on se représente un catholique extrêment fidèle et soumis, mais il faut savoir qu'à un certain moment dans sa vie vers 1657-8 qu'il a été au bord de la rupture, indigné par le comportement du Vatican.

Puis je crois qu'à Port-Royal on va le tirer par ses basques et lui dire "ne faites pas cela, c'est extrêment dangereux", il ne la publiera pas cette dernière provinciale, mais il sait que le livre va être condamné, - on avait réuni les provinciales - et on a retrouvé plus tard une petite note qui disait "si ce livre est condamné à Rome, ce que j'y condamne est condamné dans le ciel". Bon il se tait.

Mais on lui dit vous devriez faire une apologie de la foi chrétienne, alors il ne demande que cela, mail il n'aura pas la possibilité de la faire, il est très malade il va mourir tès tôt, à 39 ans, mais il a laissé des textes qu'on a appelé les pensées de Pascal.

Les pensées de Pascal ce sont les lambeaux d'une apologie chrétienne qu'il n'a pas eu le temps d'écrire parce qu'il est mort trop vite.

Il nous donne une nouvelle vision de l'homme, il y a cette réflexion sur le divertissement qui est très intéressante et qu'il faut bien comprendre. Divertir c'est, au sens le plus profond pour lui, s'écarter de la vérité, prendre une voie de travers, une voie oblique, divertir c'est pour l'homme écarter son esprit de ce qu'il y a de plus important, le sens de la vie et ce qu'il y a après la vie. il dit que nous sommes tous saisis ou happés par le divertissement, à savoir que nous faisons tout ce que nous pouvons, le travail ou le plaisir, afin de ne pas penser à l'essentiel, nous sommes dans le bâteau qui mène à la mort et par conséquent on essaie de ne pas y penser.

Pascal est un des premiers, je crois, il y aura Tolstoï, il y aura Jean-Jacques Rousseau, qui va nous dire que la substance de l'homme est faite d'une aspiration, qu'il y a au fond de nous-mêmes une sorte de présence divine, qu'il y a un appel d'Air et que c'est précisément cet appel d'air qui nous constitue dans notre substance, l'homme passe l'homme infiniment, à l'intérieur de la personne humaine il y a quelque chose qui nous dépasse, quelque chose qui est précisément un contact avec l'infini, si Dieu existe il est incompréhensible, notre esprit notre raison n'est pas suffisamment façonné, assez catégorique, supérieure pour que nous puissions cerner, embrasser Dieu, ça c'est pas possible, nous ne pouvons pas le connaître rationnellement. Mais c'est là qu'intervient pour lui la connaissance du coeur (le coeur est habilité à la connaissance des premiers principes mathémathiques, le coeur de l'homme n'est pas la sentimentalité, le coeur c'est ce qui nous constitue de plus subtantiellement, c'est la nature profonde de l'homme) La nature profonde de l'homme peut avoir une communication par contact avec Dieu. Il y a en nous, au fond de nous-mêmes une présence de Dieu qui fait que lorsque nous en avons pris conscience, cette fois ça y est, on est converti, on a compris. Et la seule façon de rejoindre Dieu c'est de rejoindre celui qui a osé dire Jn.14:6., le Christ

Et Pascal est un homme qui est entraîné passionnément dans la direction de ce personnage mystérieux, en fait ce passant suprême qui s'appelait Yeshua, pour lui c'est l'homme qui peul seul nous conduire à la connaissance de Dieu dans un embrassement qui va devenir un embrasement.

A côté de tous ces textes il y a aussi de la critique littéraire, par exemple, il ne faut pas employer deux mots forts dans la même, lorsqu'on a un mot fort il ne faut pas le compromettre par la présence d'un deuxième mot fort.

La justice sans la force est impuissante et la force sans la justice est tyrannique, l'idéal serait donc de faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste, mais dans le fait, le jeu c'est de faire croire que dans la force ils sont aussi la justice.

L'ordre règne par la coutume, rien de tel pour bouleverser l'État que d'ébranler les coutumes reçues, les coutumes établies en sondant leurs sources et si on sonde leurs sources alors apparaît à plein leurs défauts d'autorité et de justice. Il ne faut pas que le peuple sente la vérité, l'usurpation, il faut la faire regarder comme raisonnable et éternelle et en cacher le commencement si on ne veut pas qu'elle prenne bientôt fin.

Dieu hait et méprise le pécheur et jusqu'à ce point même qu'à l'heure de leur mort la sagesse divine joindra la moquerie et la risée à la vengeance qui les condamnera.

C'est terrible, n'est-ce pas ce Dieu vengeur qui ne se contente pas de punir atrocement et éternellement cette créature qui lui a manquée mais qui joindra la moquerie et la risée aux péchés du pécheur. Je trouve cela terrifiant, il a écrit cela vers 1657 ou 1658.

Il est mort en 1662 ses 4 dernières années a subi des souffrances physiques (ses pieds, turberculeux et migraine terrible) et morales (Jacqueline meure) affreuses.

Il décide de se retirer de toutes ces grandes questions et contestations qui sont nuisibles à la paix de l'Église et je m'en remets dorénavant aux sentiments de la sainte église catholique romaine. Que s'est-il passé, il me semble que Pascal vient de faire un grand pas dans sa vie intérieure, un moment c'était fini de la rhétorique, et mainenant c'était fini des deux orgueils qui était en lui, l'autre orgueil, c'est l'orgueil de l'élu, l'abbé Prémont dit "mais il faut réfléchir que Pascal est un homme qui croit que tout le monde est condamné mais qu'il y a une petite pincée d'élus et que lui il a le sentiment qu'il est de la petite pincée des élus, il y a en lui une joie gêné, discrète et tragique, comme celle de quelqu'un qui aurait échappé presque seul à un immense naufrage où tout le reste de sa famille aurait péri. Il est persuadé à cause de sa nuit de feu, il est persuadé à cause du miracle de la sainte épine par laquelle sa nièce a été guérie qu'il fait partie de ce tout petit nombre des élus, et bien ce sentiment d'orgueil d'être parmi le nombre des élus a disparu.

Nous avons jusqu'alors un Pascal extrêment renfermé sur lui-même, vous savez, très égoïste, très indifférent à autri, et le voilà qu'il va découvrir que les autres existent, il va découvrir la charité qui lui est très étrangère, c'est encore Gilberte qui nous le dit: Il y avait dans la rue où il habitait Blaise Pascal, il y avait une famille d'indigent, il s'aperçoit que si on ne s'occupe pas des autres on est pas un véritable chrétien. Alors savez-vous ce qu'il fait, il décide que cette famille viendra habiter chez lui, il va vendre sa vaisselle d'argent et il leur laisse le produit de la vente. Il décide ensuite qu'il quitte son chez lui pour aller vivre à l'hospice des incurables là où allaient mourir les gens qui n'avaient pas d'argent pour aller à l'hôpital. Et Blaise Pascal décide à ce moment là d'aller vivre avec les plus déshérités les plus pauvres pour être le plus possible à la ressemblance du crucifié.

L'abbé Beurier qui avait suivi Pascal dans les derniers mois de sa vie a dit: il était avec moi doux et simple comme un enfant. C'est pourquoi je vous disais au début de cet exposé que c'était un homme qui n'avais jamais été un enfant, mais qui avait été tout de suite un adolescent plein de lui-même et voilà qu'au seuil de la mort il découvre l'esprit d'enfance, je trouve que c'est un miracle infiniment supérieur à celui de la sainte épine.

Dans la nuit du 15 au 16 août 1562, il entend l'abbé Beurier qui monte l'escalier, il avait supplié depuis quelque temps qu'on lui apporta le viatique, la communion, et vous savez à ce moment là on aimait pas multiplié les communions et lui-même avait été de ceux qui disaient que la communion ne soit s'opérer que rarement, mais il a tellement peur de mourir sans avoir reçu cette communion, alors Beurier entre et tient le ciboire et dit à Pascal qui s'est soulevé sur un coude, il était plein de convulsions, il était dans un état épouvantable, et l'abbé lui dit: voilà celui que vous avez tant désiré. Alors les larmes que vous avez vu sur les joues de Pascal dans sa nuit mystérieuse de 24 nov, vous les voyez de nouveau sur cette figure exténuée, et c'est le 19 aout 1662 qu'il entre dans ce qu'il appelle lui-même la lumière de la mort. 

On ne croyait pas que Pascal serait un homme connu, Nicole qui était pourtant un homme intelligent écrivait très tranquillement "M. Pascal sera peu connu dans la postérité". Et savez-vous qu'il a fallu que la famille Perrier intervienne avec force pour qu'au moins les notes qu'il avait laissées parussent. C'est en 1670 qu'apparaîtra les Pensées de Blaise Pascal.

A travers les Pensées vous voyez un homme qui vous parle de tout près, qui vous prend presque par le rebord de votre veston, qui vous regarde dans les yeux, nos mains il n'a pas envie qu'elles battent en son honneur, il a envie de les tenir dans les siennes, c'est un homme qui nous dit des choses qui nous concernent, qui nous concernent tous capitalement. 

L'homme des Pensées c'est le regard d'un homme qui nous embrasse tout entier, c'est un regard qui nous traverse et en même temps qui nous mesure. Pasacal rappelle à l'homme cette faiblesse que ne voulait pas avoir Epictète, il rappelle aussi à l'homme cette grandeur que ne voyait pas Montaigne, il voyait dans l'homme une créature blessée certes, mais une créature blessée mais libre et capable de Dieu pourvu qu'elle sache aimer.

Page d'accueil

Page précédente Page suivante