Les blessures psychiques
par Fischer

Chapitre IX
Pardonner l'impardonnable
 



Les textes entre [] sont des commentaires qui ne font pas partie du chapitre du livre, dans l'original, il n'y avait pas non plus de mots en majuscules.




Le pardon est du point de vue psychologique l'une des questions les plus cruciales et les plus déroutantes pour beaucoup de victimes.

C'est en fait une question centrale si on la considère sous l'angle de sa valeur thérapeutique, c'est-à-dire comme un facteur de guérison pour les blessés.

J'ai souvent été frappé par leurs réactions symptomatiques (des victimes), chaque fois que la question du pardon était abordée ; certaines s'enfermaient dans le mutisme ; d'autres exprimaient leur exaspération ; beaucoup évitaient le sujet. Pardonner est réellement quelque chose qui relève de l'impensable pour la plupart.

Que reste-t-il à pardonner lorsqu'on a été détruit au plus intime de soi ? À quoi sert de pardonner lorsque la vie est brisée ?

(...) Le fait de ne pas pardonner peut même être pris aujourd'hui comme une valeur et une affirmation de soi qui permettent de préserver sa dignité offensée.

(...) Beaucoup de victimes invoquent leur impossibilité de pardonner par le fait que les agresseurs, les criminels n'ont jamais demandé pardon.

(...) Si la demande de pardon est bien un aspect essentiel et indissociable du pardon, l'argumentation des conditions préalables déplace le véritable problème, car le caractère conditionnel du pardon est une exigence qui s'adresse aux criminels et ne peut être invoquée par les victimes comme leur condition préalable ; celles-ci sont exclusivement concernées par le fait de pardonner de manière inconditionnelle, que les coupables leur aient demandé pardon ou non.

En d'autres termes, reconnaître sa faute et demander pardon, c'est le problème du coupable : S'il ne demande pas à être pardonné, il n'y aura pas de pardon pour lui. Les conditions du pardon ne peuvent en aucun cas être fixées par les victimes ; la demande de pardon ne peut être posée par elles comme exigence préalable ; la question essentielle pour elles, c'est uniquement le pardon. Par conséquent, même si le coupable n'a pas demandé pardon, c'est le fait de pardonner qui reste leur problème.

(...) Un autre aspect de l'impossibilité de pardonner, du point de vue psychologique, est essentiellement relié à la haine et au ressentiment. (...) Toute haine est une énergie affective retournée qui pousse à vouloir du mal à celui ui nous en a fait. Chez le blessé, elle est l'expression même du pardon impossible.

(...) La haine enferme le blessé dans le sentiment que sa vie est invivable et que le mal ne peut être défait. Cet affect destructeur dirigé contre l'agresseur le nie aussi comme autre, en retournant contre lui la même négation que celle dont il a été l'objet. [Comme l'apôtre Jean écrivait, celui qui hait ne peut avoir la vie en lui-même, cf. 1Jn.3:14 Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. 15 Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu'aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui.]

(...) Par conséquent, la haine obture toute ouverture vers la vie. Du point de vue psychologique, elle empêche de sortir du cycle infernal de l'inoubliable. C'est pourquoi haine et impossibilité de pardonner s'alimentent mutuellement et constituent un verrou par rapport à toute guérison psychique.

(...) Dire que le mal est impardonnable, c'est laisser son doigt sur la plaie.

(...) Qu'est-ce que pardonner ?

Le pardon ne se réduit pas à la réconciliation ; en même temps il est au-delà de la justice. Il se situe à un autre niveau dans cette zone obscure du mal impardonnable.

(...) «Le pardon ne demande pas si le crime est digne d'être pardonné. Le pardon est là précisément pour pardonner... car il n'y a pas de faute si grave qu'on ne puisse, en dernier recours, la pardonner... S'il y a des crimes monstrueux que le criminel de ces crimes ne peut même pas les expier, il reste toujours la ressource de les pardonner, le pardon étant précisément pour ces cas désespérés ou incurables» - Jankélévitch, 1967

Autrement dit, c'est le mal impardonnable qui est la seule chose qui doit être pardonnée. la question du pardon surgit donc au coeur de ce qui apparaît humainement impensable : cette impossibilité même de pardonner. Mais si le pardon n'existe en définitive que pour pardonner l'impardonnable, alors il faut admettre qu'il n'est plus lié à des conditions préalables, ni à une contrepartie quelconque ; il ne se justifie que par ce qu'il est : la part métaphysique qu'il révèle de l'humain comme capacité d'effacer l'offense et qui transcende toute justice et toute réparation.

En tant que processus psychique, le pardon s'inscrit dans une dynamique spécifique qui s'énonce comme une inversion des forces destructrices à l'oeuvre chez les blessés.

Il est fondamentalement le retournement du sentiment de haine. En d'autres termes, pardonner, c'est un processus psychique par lequel on cesse de haïr, c'est-à-dire d'être enchaîné à son état victimaire ; mais cela ne signifie pas que la haine va s'arrêter d'un seul coup ; cesser de haïr peut durer des années, voire toute une vie. Pardonner correspond donc à une expérience spécifique du survivant, à un travail intérieur qui est un combat avec soi-même, combat sur la haine qui est en soi.

(...) Son enjeu psychique est du même ordre que tous les autres processus psychiques ; en effet, la structure et la dynamique de l'appareil psychique sont composées d'énergies qui sont réversibles, c'est-à-dire qui ont la capacité de se changer en leur contraire et qui, de ce fait, transforment profondément l'état affectif et le comportement ; nous en avons tous fait l'expérience à un titre ou un autre ; ainsi il nous arrive, pour des raisons diverses, de détester quelqu'un que nous avions auparavant apprécié, admiré, voire aimé, c'est le cas, par exemple, des couples qui divorcent.

(...) Le pire n'est donc jamais certain, rien n'est entièrement irrémédiable, rien n'est jamais définitivement consommé.

Cela va à l'encontre de nos perceptions habituelles ; ainsi nous avons souvent d'une expérience tragique, la vision d'un malheur irréversible. Si un événement est irrévocable et si les faits passés sont ineffaçables, en revanche, ce qui est d'ordre psychique, c'est-à-dire ce qu'on en fait et ce qu'on vit par rapport à ce qui est arrivé, n'est pas nécessairement irréversible. Cela dépend de ce que chacun fait de sa vie. Le pardon correspond précisément à un retournement des dispositions intérieures et à une nouvelle attitude face à son mal et face au criminel.

(...) Le fait de pardonner correspond en effet à une libération de sa propre haine. Cela se passe tout au fond de soi, comme un travail de deuil de l'irréparable.

(...) La psychologie du pardon ne s'inscrit pas dans une vision logique des relations humaines ; elle n'a pas vraiment de justification rationnelle ; elle correspond à l'émergence d'une attitude singulière par laquelle le blessé arrête de réclamer vengeance ou justice et ne cherche plus indéfiniment, et parfois désespérément, à faire payer au coupable le tribut de sa survie [Pensons au film Ben Hur, celui-ci laisse tomber le désir de vengeance le jour où il rencontre le Christ ]. Il sort de la logique de la réparation, non qu'elle soit inutile - au contraire, nous l'avons vu, elle reste essentielle et nécessaire - mais il réalise que c'est autre chose qui se joue ; le pardon ne se situe plus dans le registre comptable ; il s'adresse justement à quelqu'un d'insolvable, c'est-à-dire dont la dette est inexpiable et donc impardonnable [ Comme dans le parabole du serviteur qui avait une dette impossible à rembourser et à qui son maître lui avait fait grâce ]. Cette capacité-là a ceci d'humain, à savoir qu'elle possède ce pouvoir métaphysique si fragile d'effacer la dette infinie d'un criminel [C'est ainsi que Dieu a agi envers nous en faisant l'annonce du pardon de nos péchés via Jésus sur la croix, cf. Ac.13:38. Nous qui sommes faits à l'image de Dieu, sommes appelés à pardonner ainsi : Colossiens 3:13 Supportez-vous les uns les autres, et, si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi.]. Mais l'effacement de la dette n'est pas l'effacement des actes commis. En pardonnant, on ne règle pas ses comptes en exigeant réparation, ni a fortiori vengeance, mais on solde ses comptes par une remise de dette à un criminel insolvable. (...) Le pardon n'est plus dans le registre de la transaction ; il ne relève plus des normes de l'échange social ; il s'inscrit dans l'ordre du don, c'est-à-dire un mode de relation qui, par définition, n'est pas monnayable, car il n'a pas de prix. Il n'a pas de justification rationnelle, car il est gratuit.

Dans sa terminologie même, le pardon, qui vient du bas latin pardonare, et veut dire donner totalement, comporte ce sens du don absolu exprimé par l'annulation de toute dette. Il est la remise d'une dette inexpiable pour un dommage irréparable.

Ce faisant, le pardon déverrouille la mémoire blessée et l'ouvre à nouveau sur la vie : en sortant la victime de sa haine, il donne une autre orientation à son existence en devenant le vecteur d'une nouvelle relation à autrui : une relation qui peut redevenir fraternelle ; il réinscrit dans l'humain une relation à nouveau vivable ; il confère au lien humain et social son ultime raison d'être, celle d'un principe d'instauration de la vie. Dans le pardon, est restaurée la vie entre les humains, ni plus, ni moins.

Pour Arendt (1983), le pardon est un élément structurel de la condition humaine ; il est « la seule réaction qui ne se borne pas à réagir, mais qui agit de façon nouvelle et inattendue ; non conditionnée par l'acte qui l'a provoqué et qui libère des conséquences de l'acte à la fois celui qui pardonne et celui qui est pardonné. »

Il sort la personne blessée de la situation d'irréversibilité dans laquelle elle était enfermée. Arendt définit la faculté de pardonner comme « la rédemption possible de la situation d'irréversibilité (...) il faut que l'on pardonne pour que la vie puisse continuer en déliant constamment les hommes de ce qu'ils ont fait ». Autrement dit, le pardon délivre le blessé d'un enchaînement infernal dont la haine est l'un des maillons. Il n'est pas seulement la condition préalable d'une vie à nouveau possible, il en est un de ses éléments essentiels.

Mais le pardon ne se réduit pas à une expérience purement intérieure ; il doit s'extérioriser dans une conduite objective ; il n'y a pas de pardon sans expression concrète de pardon. (...) Le pardon est indissociable d'une relation, d'un face à face personnel qui met en présence le bourreau et la victime. Il n'y a pas de pardon sans cette confrontation inouïe. Elle n'est pas faite pour que les victimes et les bourreaux se mettent d'accord ; elle est faite pour pardonner ; il n'est donc pas nécessaire de chercher à comprendre, mais seulement de pardonner.

Une telle confrontation est d'une importance capitale pour que le pardon se réalise.

Le pardon est donc une relation singulière entre deux poles irréductibles, la victime et le bourreau ; et selon qu'il s'agit de l'un ou de l'autre, le problème ne se pose pas du tout dans les mêmes termes, même si les deux restent indissociables. Ainsi comme on l'a observé, la demande de pardon doit être considérée comme une CONDITION POSÉE AU COUPABLE ET NON COMME UNE EXIGENCE ADRESSÉE PAR LA VICTIME AU BOURREAU. [LA CONDITION QUI RELÈVE DU COUPABLE POUR LUI DONNER ACCÈS AU PARDON C'EST SON REPENTIR. LA CONDITION QUI RELEVE DE LA VICTIME C'EST SON BON VOULOIR.]

(...) Pour qu'il puisse être pardonné en lui-même [vivre le pardon, accueillir le don du pardon de la victime] le coupable doit reconnaître sa faute: La reconnaissance de sa faute constitue une exigence de base pour que l'offensé veuille bien accueillir sa demande: personne ne peut pardonner [faire vivre au coupable les bénéfices d'un pardon repentant] si le pardon ne lui a pas été demandé par l'offensant. [La puissance du pardon demeure stérile pour le coupable tant que celui-ci ne lui donne pas vie par son repentir et une attitude qui cherche à apaiser l'offensé. Le bon vouloir de la victime et son désir d'offrir un pardon résolu dans son âme, NI MÊME L'OFFRE DE CE PARDON ne peuvent suffire pour octroyer les bénéfices de ce pardon à son agresseur sans que celui-ci ne fasse son bout de chemin dans la repentance. La victime sera libre de SA haine en pardonnant mais l'agresseur demeurera prisonnier de sa faute, seul SA repentance pourra le libérer pas même le pardon de la victime, c'est dans ce sens que l'offensé ne peut pardonner. On pourrait ainsi dire que bien que la victime ait cessé sa haine envers son agresseur par son pardon, l'agresseur vit encore dans sa culpabilité et il n'est donc pas libre pas pardonné par faute d'un refus de repentance personnel.]

Le pardon se situe donc dans un contexte psychodynamique d'extrême tension où la demande de pardon met en évidence un enjeu de réciprocité dans lequel la qualité de la relation de l'offensant envers l'offensé devient un élément capital. Pourquoi? Parce que pour être pardonné [vivre le pardon] le criminel doit lui aussi s'engager dans un retournement intérieur, se transformer par le repentir de son acte, c'est à dire assumer intérieurement sa propre culpabilité. En d'autres termes, pour le coupable la demande de pardon doit être l'expression concrète de sa propre transformation,de son repentir, autant de signes qui montrent qu'il a reconnu sa faute et qu'il a changé sa relation avec celui qu'il a offensé. [C'EST LE PRINCIPE DE LA CONVERSION]

MAIS L'ABSENCE DE CES CONDITIONS OBJECTIVES NE PEUT ÊTRE INVOQUÉE PAR LES VICTIMES COMME UNE RAISON POUR REFUSER DE PARDONNER, comme on l'a vu; les conditions de repentir concernent la coupable.

(...) Le pardon se situe donc dans une zone de l'expérience humaine qui concerne autant le coupable que la victime; il touche chacun au noyau même de sa relation à autrui ; son enjeu fondamental est la transformation de l'hostilité (colère amertume) destructive envers l'autre, le semblable, le prochain.

En tant qu'expérience singulière, le pardon tranche dans le cycle de la répétition haineuse et lui met un terme. Lorsque quelqu'un demande pardon et que l'autre lui répond : je te pardonne, ces paroles deviennent lourdes de ce sens-là.

(...) Pardonner, ce n'est donc pas effacer le mal ; ses traces sont ineffaçables. Pardonner, c'est s'en libérer en effaçant la dette insolvable du criminel pour le mal qu'il nous a fait.

Le pardon peut-il guérir ?

(...) Une expérience a été menée avec un groupe de 12 femmes, victimes d'inceste et âgées de 24 à 54 ans ; le processus thérapeutique était basé sur le pardon ; il consistait en des séances individuelles d'une heure toutes les semaines, au cours desquelles était abordée la question du pardon.

Cette démarche durait jusqu'à ce que la personne se sente prête à pardonner à celui qui avait abusé sexuellement d'elle. Après avoir été engagées dans ce travail pendant plus d'un an, la plupart d'entre elles sont parvenues à effectuer une démarche de pardon envers ceux qui les avaient violées.

Cette expérience a permis de montrer le profond changement psychique qui est intervenu dans la vie de ces femmes et ceci à plusieurs niveaux : d'abord, une toute nouvelle estime de soi ; ainsi on a observé non seulement une transformation de cette estime, mais leur niveau d'estime est apparu comme supérieur à celui des femmes en général ; ensuite, une diminution significative de la dépression et de l'anxiété ; enfin, une confiance renforcée par un sentiment d'espoir ; certaines expliquaient ces transformations par le fait que leur vie n'était plus parasitée par la haine et le ressentiment.

(...) D'autres thérapeutes, ayant utilisé la même démarche, ont observé chez ceux qui pardonnaient non seulement une diminution de leur état dépressif et de leur amertume, mais aussi des modifications au niveau de leur engagement, du sens de leur responsabilité et de leur affection envers autrui.

(...) Le fait de pardonner est de nature à produire ses propres conséquences, à avoir son propre retentissement et sur la victime et sur le criminel. Une telle efficacité thérapeutique se manifeste de plusieurs manières : d'abord en mettant fin à sa haine, une victime réoriente sa propre énergie psychique vers la vie ; un tel retournement entraîne de profonds changements.

Ensuite en arrachant sa vie au cours inexorable de la haine, la victime met fin au cercle infernal de l'inoubliable offense. Pardonner redonne au blessé sa faculté d'oublier le passé.

Enfin comme effet du pardon, l'oubli est l'expression même d'une nouvelle disposition psychique qui est débarrassée de la haine; la faculté de l'oubli est ici la conséquence même du pardon elle peut alors libérer d'autres énergies qui rendent la vie à nouveau vivable.

(...) Le pardon, c'est donc une porte à nouveau ouverte sur la vie, sur sa vie blessée. Cette ouverture a une fonction essentielle : rendre l'avenir simplement possible

En pardonnant, une victime se délivre avant tout de son propre mal et va de ce fait se trouver apaisée. L'apaisement est, à côté de l'oubli, une autre expression de l'efficacité thérapeutique, car une personne qui pardonne se pacifie intérieurement ; le pardon apporte la paix.

(...) Si en tant que processus psychique, le pardon représente un tel potentiel de transformation de nous-mêmes, il reste pourtant très problématique dans la réalité. Beaucoup de blessés sont et seront incapables de pardonner ; par rapport à l'enjeu de leur guérison psychique, une telle impossibilité met peut-être en lumière les conséquences psychologiques ultimes d'une telle attitude : ne pas pardonner, c'est continuer à subir la force destructrice, la haine en soi, c'est admettre la victoire définitive du mal qui a été fait. Combien de vies ne se referment-elles pas sur un tel horizon ?

[Il n'est donc pas étonnant de voir l'emphase de la Parole de Dieu sur la nécessité d'expérimenter le pardon, à la fois comme offenseur et comme offensé : Matthieu 6:14-15 Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. Comme le dit Jésus dans Mt.18:34, ne pas pardonner c'est tout simplement se faire livrer aux bourreaux (de colère, de haine, d'amertume).]
Retour au début

 

 

Définition du pardon 

 

La confession, le pardon et la restitution 

 

Le pardon face à l'offense 

 

Pardonner l'impardonnable  

 

Le pardon de Dieu 

 

Pardon garanti 

 

Le pardon judiciaire et le pardon parental (John MacArthur) 

 

Amour pardon 

 

Pierre précieuse 

 

La magnitude du pardon 


EMAIL

height=28

Mariage

Famille

height=40

citations

livre

portfolio