La repentance est le renversement interne de notre manière
de percevoir la source de la vie. Elle nous fait reconnaître que
nos dispositions auto-protectrices pour éviter les blessures ne
nous ont pas conduits dans la vie réelle (l'abandon sans réserve
à Dieu qui en définitive procure un authentique sentiment
de plénitude et de joie) ni amenés à nouer des relations
significatives et tonifiantes.
La repentance nous fait véritablement découvrir
le commandement suprême d'aimer, même pour ceux qui ont été
traîtreusement pris au piège de l'abus. En fin de compte,
la repentance c'est le retour à Dieu d'un être affamé,
brisé, silencieux et sans excuse pour le mal infligé à
nous-mêmes et aux autres, et pour le chagrin causé à
Dieu.
Il est bon de refuser les systèmes défensifs
qui engourdissent l'âme et lui évitent de ressentir la souffrance
afin de goûter à la vie avec toutes nos capacités.
Dans la vie, l'essentiel c'est de donner, non de recevoir. Par la grâce
de Dieu, nous avons déjà reçu ce après quoi
nous soupirions et que nous ne méritions pas. Nous avons maintenant
le privilège d'entrer dans le domaine véritablement réel:
celui de la relation centrée sur autrui. La repentance nous pousse
dans cette direction.
REPENTANCE OU PÉNITENCE?
Dans la repentance authentique, la personne reconnaît
son incapacité de s'amender par elle-même; la pénitence,
elle, suppose qu'elle a la capacité de s'amender par elle-même.
La repentance est l'humble aveu d'un désir; la
pénitence est une forme de mortification qui paraît humble,
mais est en fait prétentieuse.
La pénitence est un remboursement, la repentance
un appel à la miséricorde.
La repentance et la pénitence ont des effets tout
à fait différents. La repentance adoucit la personne, la
pénitence l'endurcit.
La repentance fait disparaître la terreur qu'inspire
la honte, parce que l'âme a déjà reconnu qu'elle est
nue, affamée et qu'elle ne mérite rien. L'individu qui se
sait accepté comme pécheur n'a plus rien à cacher
ni à craindre; c'est pourquoi il est libre d'aimer les autres sans
avoir à redouter leur réaction ou leur rejet, Lu.7:47.
À l'opposé, la pénitence endurcit
le coeur de la victime. Une fois qu'elle a payé pour son péché,
celui-ci est annulé; personne n'a donc le droit d'exiger davantage
d'elle.
Le mépris est l'énergie qui alimente la
pénitence. Il fait croire qu'on est opprimé et indigne, et
engendre finalement la colère et la haine meurtrière. Le
résultat est une tristesse non salutaire, pleine d'apitoiement
sur soi et de désespoir.
En revanche, une authentique conviction de péché
entraîne un attendrissement du coeur qui dissipe le mépris
d'autrui, suite à la prise de conscience qu'au fond nous ne sommes
pas meilleurs que ceux qui nous ont abusé.
Le mépris de soi est la contrefaçon satanique
de la véritable conviction de péché. Le mépris
attaque la prétendue cause du problème pour la maîtriser
et s'efforce ensuite de rétablir les relations avec autrui et avec
Dieu par le moyen d'actes de contrition. Celui qui confesse son péché,
lui, reconnaît humblement son besoin de la grâce et accepte
la tristesse qui conduit à la vie et à l'amour qui se donne.
La repentance atténue la honte, la tristesse qui
mène à la vie est un mélange de l'amertume d'avoir
peiné Dieu et de la douce joie de se savoir pardonné et accueilli
par lui. Par exemple: "J'ai fait du tort à l'autre, je demande pardon,
je fais confiance au Seigneur qu'il va m'aider." Quant à la pénitence,
elle augmente le mépris qui détourne le regard de la honte,
affaiblit la vie et s'oppose à l'engagement. Par exemple: "J'ai
manqué mon coup, je ne suis rien qu'un bon à rien (mépris),
j'y arriverai jamais (opposition à l'engagement)."
LES EFFETS INTÉRIEURS DE LA REPENTANCE
La repentance implique que nous admettions avoir été
des victimes injustement privées de la vie. À partir de là,
2 voies distinctes s'offrent à nous.
1° Il y a le sentier sur lequel la tristesse qui conduit
à la mort affronte le chagrin en se disant: «Plus jamais.
J'ai droit à la vie, et je ne veux plus en être privée.»
Cette attitude en face du chagrin transforme en fait le mépris de
soi en un mépris beaucoup plus virulent d'autrui.
2° L'autre sentier, celui de la tristesse qui conduit
à la vie, modifie progressivement le chagrin lié à
ce que nous avons subi en une prise de conscience des dommages que nous
avons fait subir aux autres par notre décision de vivre de façon
léthargique. La voie proposée par la Bible pour affronter
la vie nous détourne toujours de notre égocentrisme et exprime
ce qui est le fondement de l'éthique chrétienne: l'amour
désintéressé du prochain.
Allender, Dan