- Foi -

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Peut-on croire et être incrédule en même temps ?


Dans cette affirmation, on a une chose et son contraire, comment est-ce possible ?

Voici comment je comprends le fait que quelqu'un puisse croire tout en confessant humblement son incrédulité, comme on voit dans la lecture de Matthieu 17:14-21 et son passage parallèle de Marc 9:14-29 (textes cités à la fin de cette méditation). Il faut regarder le contexte pour bien saisir comment la foi et son contraire, l'incrédulité peuvent se retrouver dans la même confession d'une personne.

Ce qui semblerait être un signe de schizophrénie à prime abord peut se comprendre de la façon suivante en étudiant l'attitude du père qui avait un enfant sourd-muet suicidaire : on peut avoir la foi pour le général : «tout est possible à Dieu», mais éprouver de l'incrédulité pour une intervention divine spécifique dans une situation précise ou la foi n'a pas été suffisante pour obtenir les résultats escomptés : «si tu peux, viens à mon secours et guéris mon fils».

Le père avait assurément de la foi pour avoir pris la peine d'amener son fils jusqu'à Jésus dont il connaissait de réputation. Sa motivation de se déplacer avec un enfant sourd-muet suicidaire venait de sa foi, cela ne devait pas être évident de l'amener avec lui, l'enfant ne voyait rien et n'entendait rien. Le père devait faire attention où l'enfant mettait les pieds, il l'a dû le réchapper de l'eau et du feu à plusieurs reprises. Le père croyait que Jésus allait le guérir comme il guérissait tous ceux qui venaient à lui.

Mais une fois arrivé où il pensait trouver Jésus avec ses disciples, il apprend que Jésus était parti sur une montagne avec ses trois plus proches disciples. Au lieu de se décourager et retourner chez lui avec son fils, il s'en est remis aux disciples présents sur place et leur a demandé de chasser le démon de son fils et de le guérir. Confiants de l'autorité que leur avait déléguée Jésus, les disciples font comme d'habitude en invoquant le nom de Jésus, mais étonnamment cette fois-ci, il ne se passe rien, l'enfant continue à ne rien voir ni entendre. Pourtant, ils avaient déjà vu Jésus guérir un sourd-muet auparavant, alors ils avaient sûrement la foi pour le guérir.

Marc 7:32 On lui amena un sourd, qui avait de la difficulté à parler, et on le pria de lui imposer les mains. 33 Il le prit à part loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa propre salive; 34 puis, levant les yeux au ciel, il soupira, et dit: Ephphatha, c’est-à-dire, ouvre-toi. 35 Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parla très bien. 36 Jésus leur recommanda de n’en parler à personne; mais plus il le leur recommanda, plus ils le publièrent. 37 Ils étaient dans le plus grand étonnement, et disaient: Il fait tout à merveille; même il fait entendre les sourds, et parler les muets.

Ils se mettent alors à discuter entre eux pour tenter de comprendre pourquoi ils n'ont pas pu chasser le démon sur lequel Jésus leur avait pourtant donné l'autorité. Même après que le démon eut-été chassé par Jésus, cette question les travaillait et ils étaient venus demander à Jésus pourquoi ils n'avaient pas pu le chasser.

Devant l'échec des disciples, on peut comprendre que la foi du père qui l'avait poussé à amener son fils de peine et de misère au travers de la foule fut sérieusement ébranlée. Il voyait que même les disciples étaient devenus très perplexes et incrédules eux-mêmes. C'est leur insuccès qui avait sabré sa foi forte au départ et celle des disciples aussi par le fait même. C'est pour cela que Jésus les avait tous traités de race incrédule, ses disciples avant tout, parce que s'ils avaient eu le même genre de foi que Jésus, ils se seraient mis en prière avant pour libérer ensuite la puissance du Saint-Esprit qui chasse les démons au commandement de leurs paroles de foi !

La foi du père était ébranlée mais non pas éteinte, il n'est pas décidé à quitter les lieux encore. Romains 4:20 y va d'une affirmation intéressante au sujet d'Abraham : il ne douta point par incrédulité. Cela montre que «apistia» traduit par «incrédulité» n’est pas toujours l’absence de foi, car quand on doute, on laisse quand même une porte ouverte à la possibilité. Donc le Père était dans le doute mais pas dans l’absence de foi totale comme le mot «incrédulité» laisse penser en français. Un incrédule pur et dur ne dit pas comme le père de l'enfant : «je crois». Alors le début de la parole du père elle-même montre qu’il n’était pas dans l’incrédulité comme on comprend le mot en français. Il faudrait un autre mot pour traduire les nuances de «apistia».

Le mot grec traduit par incrédulité «apistia» est le contraire du mot traduit par foi «pistis». En grec, quand on rajoute le préfixe «a» cela indique l'opposé du mot auquel il est rattaché. Cependant, en grec, le contraire n'est pas toujours la forme la plus extrême. Dans le cas de «apistia» traduit par incrédulité, le mot grec pourrait être aussi traduit par Je crois, mais aide-moi, car je manque de foi! (Bible du Semeur) ou Je crois! Viens en aide à mon peu de foi (Bible de Jérusalem). La Bible en français courant a traduit de la façon suivante la réponse du père à Jésus : je crois, aide-moi car j’ai de la peine à croire. On voit que des traducteurs ont tenu compte du fait qu'on ne peut dire une chose et son contraire en même temps, mais si on comprend cette déclaration du père comme un désir profond de ranimer sa foi et l'élever au niveau de celle de Jésus, elle se comprend bien.

Il y a d’autres mots grec avec le préfixe privatif «a» qui montre que ce n’est pas toujours la négation totale. Par exemple, «sthénoô», un verbe qui veut dire fortifier la santé dans 1Pierre 5:10. Son contraire «asthénéô» est souvent employé dans le Nouveau Testament, comme pour décrire Lazare qui était malade dans Jean 11:6. La maladie affaiblissait Lazare, cela ne voulait pas dire que Lazare n'avait plus aucune force vitale en lui, ce qui allait être le cas plus tard quand il allait mourir. Dans 2Corinthiens 12:10, Paul emploie le même verbe et aussi la forme nominale «astheneia» pour parler de sa faiblesse corporelle suite à tous les mauvais traitements qu'il avait subi lors de ses voyages missionnaires (2Corinthiens 11:23-33). Ailleurs, dans Romains 5:6, Paul parle encore que nous étions sans force, trop faibles pour pouvoir nous sauver nous-mêmes, nous avions besoin que Jésus vienne nous sauver. On voit donc que le préfixe «a» devant un mot en grec n'indique pas nécessairement une absence totale mais plutôt une dégradation, une perte, un affaiblissement. Pour en revenir aux disciples et au père de l'enfant, quand Jésus les traite de race incrédule, il leur reproche leur petite foi, c'est ce mot même en grec «oligopistia» (petite foi) qu'il emploie trois versets plus loin dans Matthieu 17:20 en réponse aux disciples qui se demandaient pourquoi ils n'avaient pas réussi à chasser ce démon. Jésus ne leur dit pas qu'ils n'ont plus du tout la foi, il leur dit qu'ils ont une petite foi.

Le père était désespéré de voir son fils sourd-muet chercher à se suicider à répétition, qui ne le serait pas ! Le père demande à Jésus s'il peut faire quelque chose, il joue toutes les cartes qu'il a dans son jeu, il fait appel à sa compassion proverbiale qui motivait le Seigneur à chasser les démons, guérir les malades et nourrir les foules.

Je sympathise beaucoup avec ce papa, je suis loin de lui lancer la première pierre pour avoir avoué son incrédulité (ce qui était en fait devenu une petite foi) en même temps que sa foi déterminée qui l'avait amené jusque là et fait rester sur place même après l'échec des disciples. À son crédit, comme Abraham dans Romains 4:18, il était prêt à continuer à croire contre toute espérance. Et les paroles de Jésus venaient de raviver en lui cette espérance en lui disant juste avant "Tout est possible à celui qui croit", cette déclaration faite avec conviction et autorité de la part de Jésus a ranimé la flamme de la foi en lui. AUSSITÔT, il a voulu y croire, lui dont la foi était en train de vaciller dans l'incrédulité juste auparavant, cette foi vacillante manifestée par ses paroles SI TU PEUX et il l'a confessé en CRIANT sa détresse dans Marc 9:24 "Je CROIS".

Je vais commenter un peu verset par verset maintenant.

Marc 9:21 Jésus demanda au père: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? Depuis son enfance, répondit-il. 22 Et souvent l’esprit l’a jeté dans le feu et dans l’eau pour le faire périr. Mais, si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous.

Le «si tu peux» manifeste une ouverture à une possibilité mais en même temps un doute aussi vu que les disciples de Jésus n'avaient rien pu faire. Il y avait quand même une lueur d'espoir dans sa parole. Dans sa situation, il est prêt à ne rien négliger, on lui aurait demandé de se tenir debout sur la tête, il l'aurait fait pour son fils !

Marc 9:23 Jésus lui dit: Si tu peux!. Tout est possible à celui qui croit.

Jésus était dans un tout autre registre de foi, il était convaincu que tout est possible à celui qui croit. Jésus lançait une invitation au père d'élever son niveau de foi.

Marc 9:24 Aussitôt le père de l’enfant s’écria: Je crois! viens au secours de mon incrédulité!

Le père n'hésite pas une seconde, il saisit la balle au bond, il décide de croire tout en étant transparent par rapport au fait que sa foi était insuffisante à ses yeux pour que son fils soit guéri. Alors il s'en remet à la foi de Jésus, pas la sienne qu'il confesse et devait avoir puisqu'il avait amené son fils pour être guéri. Là, il ne dit plus «si tu peux», ce n'est pas une possibilité qui est évoquée sans grande conviction suite à l'échec des disciples, c'est un appel au secours de sa foi malmenée par les circonstances qu'il perçoit comme de l'incrédulité en la comparant avec le foi tout azimut manifestée par Jésus.

Marc 9:25 Jésus, voyant accourir la foule, menaça l’esprit impur, et lui dit: Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de cet enfant, et n’y rentre plus.

La compassion est dans la nature de Jésus, il en avait pour les foules qui étaient mal enseignées (Matthieu 9:36), qui avaient besoin de guérison (Matthieu 14:14), qui n'avaient rien à manger (Matthieu 15:32), alors c'est clair que Jésus avait de la compassion pour le père et son fils. Mais ce verset donne une autre raison qui l'a motivé à agir à ce moment précis, sinon il aurait peut-être continué à discuter avec le père pour que s'affermisse sa foi. Soulignons aussi la grâce de Jésus qui l’exauce en dépit de ses doutes. C’est quand même un aspect important qui vient contrebalancer ce que Jacques dit que celui qui doute ne recevra rien de Dieu.

Jacques 1:6 Mais il faut qu’il demande avec foi, sans douter; car celui qui doute est semblable à une vague de la mer, que le vent soulève et pousse d’un côté ou de l’autre. 7 Un tel homme ne doit pas s’imaginer qu’il recevra quelque chose du Seigneur, 8 car il est indécis et incertain dans tout ce qu’il entreprend.

Jacques dit cette parole dans un tout autre contexte, celui qui demande plus de sagesse n'est pas dans la situation du père de l'enfant qui a dû passer par toute la gamme des émotions, de la grande foi qui le fait chercher et trouver Jésus après avoir vécu des années avec un enfant terriblement difficile à gérer qui ne comprend rien et ne voit rien et qui est en plus suicidaire. Qui, à sa place, n'aurait pas vacillé dans sa foi en voyant les disciples incapables de voir quoi que ce soti pour son fils ! Quelle déception ! Toutes ces histoires merveilleuses de guérison de toute sorte de ce Jésus qui fait tout à merveille et Jésus qui n'était même pas là avec ses disciples quand il réussit à trouver ces derniers. Puis voilà Jésus qui arrive et qui s'indigne de l'incrédulité de tous mais qui a tout de même compassion du père de l'enfant et de l'enfant. Merci Seigneur de passer par dessous nos doutes parfois, tu sais de quoi nous sommes faits et par quelles épreuves nous avons dû passer, viens au secours de nous quand même nous manquerions un peu de foi nous aussi !

En résumé, je suis touché par l'attitude du père, par son amour pour son fils dont il continuait à prendre soin malgré tous ses problèmes. De nos jours, plusieurs parents choisissent de placer de tels enfants en institution parce qu'ils sont rendus à bout. Ce père n'a pas abandonné son enfant, bravo papa, digne de porter le nom de père ! C'est normal que sa foi fut ébranlée après l'échec des disciples de délivrer son fils, mais la réponse de Jésus a ranimé l'espoir en lui et l'a fait implorer son secours. Bien entendu, Jésus a été à la hauteur de ses paroles et il a chassé le démon. Il est encore le même aujourd'hui et éternellement ! Votre condition est peut-être qualifiée d'irréversible, d'incurable par les spécialistes médicaux et les religieux, mais ces termes ne font pas partie du vocabulaire médical du Dr. Jésus. À son amie Marthe qui lui avait dit que Lazare puait parce que son corps se décomposait (Jean 11:39), Jésus lui a répondu en répliquant dans Jean 11:43 : Lazare sort !»

Voici le contexte du récit rapport par Marc et Matthieu.

Marc 9:14 Lorsqu’ils furent arrivés près des disciples, ils virent autour d’eux une grande foule, et des scribes qui discutaient avec eux. 15 Dès que la foule vit Jésus, elle fut surprise, et accourut pour le saluer. 16 Il leur demanda: Sur quoi discutez-vous avec eux? 17 Et un homme de la foule lui répondit: Maître, j’ai amené auprès de toi mon fils, qui est possédé d’un esprit muet. 18 En quelque lieu qu’il le saisisse, il le jette par terre; l’enfant écume, grince des dents, et devient tout raide. J’ai prié tes disciples de chasser l’esprit, et ils n’ont pas pu. 19 Race incrédule, leur dit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous? jusques à quand vous supporterai-je? Amenez-le-moi. 20 On le lui amena. Et aussitôt que l’enfant vit Jésus, l’esprit l’agita avec violence; il tomba par terre, et se roulait en écumant. 21 Jésus demanda au père: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? Depuis son enfance, répondit-il. 22 Et souvent l’esprit l’a jeté dans le feu et dans l’eau pour le faire périr. Mais, si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous. 23 Jésus lui dit: Si tu peux!. Tout est possible à celui qui croit. 24 Aussitôt le père de l’enfant s’écria: Je crois! viens au secours de mon incrédulité! 25 Jésus, voyant accourir la foule, menaça l’esprit impur, et lui dit: Esprit muet et sourd, je te l’ordonne, sors de cet enfant, et n’y rentre plus. 26 Et il sortit, en poussant des cris, et en l’agitant avec une grande violence. L’enfant devint comme mort, de sorte que plusieurs disaient qu’il était mort. 27 Mais Jésus, l’ayant pris par la main, le fit lever. Et il se tint debout. 28 Quand Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier: Pourquoi n’avons-nous pu chasser cet esprit? 29 Il leur dit: Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière.

Matthieu 17:14 Lorsqu’ils furent arrivés près de la foule, un homme vint se jeter à genoux devant Jésus et dit: 15 «Seigneur, aie pitié de mon fils qui est épileptique et qui souffre cruellement; il tombe souvent dans le feu ou dans l’eau. 16 Je l’ai amené à tes disciples et ils n’ont pas pu le guérir.» 17 «Génération incrédule et perverse, répondit Jésus, jusqu’à quand serai-je avec vous? Jusqu’à quand devrai-je vous supporter? Amenez-le-moi ici.» 18 Jésus menaça le démon, qui sortit de l’enfant, et celui-ci fut guéri à partir de ce moment-là. 19 Alors les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent en privé: «Pourquoi n’avons-nous pas pu chasser ce démon?» 20 «C’est parce que vous manquez de foi, leur dit Jésus. Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne: ‘Déplace-toi d’ici jusque-là’, et elle se déplacerait; rien ne vous serait impossible. 21 Cependant, cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne.»



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