Un moine donne sa vision de l'église
Définition de Cyril de Jérusalem, vers 350 ap. J.C. L'Église est appelée «catholique» parce qu'elle s'étend partout dans le monde, aussi parce qu'elle enseigne universellement sans omettre aucune doctrine devant être portée à la connaissance des hommes et enfin parce qu'elle ramène des hommes de toute condition dans la vraie religion. Elle est aussi appelée à juste titre «église» (ekklèsia), parce qu'elle appelle (ekkaleô) tous les hommes à s'assembler ensemble...
Aimer l'Église aujourd'hui

L'Église c'est mon accent, mon histoire, ma culture, mon paysage. Ce que je dis d'elle résonne comme un murmure en moi-même.

Impossible, dans cette orientation, de me poser en juge passif et péremptoire. Aimer l'Église, c'est, pour moi, vouloir me convertir avec elle. Je me sens impliqué dans l'ébauche d'un visage de l'Église mystique et plus proche des pauvres à la fois.

L'Église, c'est d'abord, et avant tout, un projet d'Évangile. Les théologiens ont fait, parfois, de véritables acrobaties pour faire tourner l'histoire de l'Église comme un film à l'envers dont les moindres détails seraient déjà présents en prémices dans l'Évangile. Je crois, au contraire, que Jésus-Christ nous a laissé la bride sur le cou, nous incitant à l'imagination et prenant le risque de nos erreurs.

Peut-on retrouver avec précision nos sept sacrements, nos trois voeux et nos évêques tels que nous les connaissons aujourd'hui, dans l'Évangile? Certains se posent la question. Ce que l'on y rencontre, en tout cas, c'est l'Esprit de ce que doit être l'Église, l'inspiration, le souffle profond qui anime le grand mystère ecclésial au-delà de ses formes historiques variées. Je retiens ici trois traits fondamentaux de cet esprit ecclésial, de ce souffle.

1° La communauté de Jésus-Christ est avant tout une communauté de serviteurs. Ce qui distingue l'Église de Jésus-Christ des royaumes du monde, c'est qu'il ne s'y trouve personne pour «commander en maître», le Maître s'étant lui-même fait serviteur. Toute la vie sacramentelle a-t-elle un sens quelconque en dehors de cette vérité fondamentale de l'Évangile: le service ? Tout ce qui dans l'Église, ressemble de près ou de loin, à des luttes d'influences et de pouvoir, au souci des «meilleures places», tout cela est trahison de l'Esprit et du mystère évangélique de l'Église.

2° Le mystère de l'Église est aussi intimement lié à celui du Royaume de Dieu. Le festin de noces de Dieu avec son peuple a commencé, les grandes épousailles d'amour entre Dieu et l'humanité sont inaugurées. Dès lors, l'Église est le lieu de la surabondance pour le pauvre, de la joie pour celui qui est attristé, de l'espérance et de la libération pour celui qui est opprimé. Le Royaume fait éclater les «outres anciennes» pour se répandre en libations, en excès d'amour pour le monde. Le Royaume ne cesse de «tirer» dans sa nouveauté, sur le vieux tissu de nos calculs mesquins. Tout ce qui, dans l'Église, est parcimonieux, craintif et étroit, trahit le mystère évangélique de l'Église, lieu de la surabondance de la joie, de la folie de l'amour. Et pourtant, même cette Église reste provisoire. Elle n'est que les prémices, l'antichambre de ce qui doit venir et dépassera toutes nos imaginations.

Quand le Royaume viendra, l'Église aura fait son temps et elle se diluera dans l'universel. Tout ce qui, dans l'Église, se croit définitif et se substitue au Royaume, n'est-il pas trahison du projet évangélique ? Loisy disait déjà: «Jésus annonçait le royaume et l'Église vint». L'Eglise, comme Jean-Baptiste, n'a de sens que dans sa propre disparition dans la pleine lumière de la venue du Christ. La sagesse trop humaine d'une Eglise, qui ne cherche qu'à se perpétuer par ses propres moyens, est en contradiction avec le mystère évangélique qui la sous-tend et la définit.

3° Le troisième trait que je retiens de ce projet ecclésial de l'Évangile, c'est sa vocation proprement universelle. L'utopie que tout chrétien doit garder devant les yeux, comme un horizon qui s'éloigne sans cesse et pourtant concentre le regard, cette utopie, c'est, ni plus ni moins, l'humanité dans le temps et dans l'espace, enfin libérée de ses obscurités et de ses peurs. J'ai envie d'avoir l'audace naïve des convertis et de dire tout de go : l'Église, c'est l'Homme, le monde, l'Humanité entière. Tant qu'il y aura une limite, un «ici» et un «dehors» de l'Église, mon Église, notre Église, restera en chantier, inachevée, béante.

Ce projet d'Évangile que nous venons d'évoquer, communauté de serviteurs, prémices du Royaume et utopie de l'humanité réconciliée, tout cela n'a de sens que si Jésus-Christ reste le centre et à la foi l'objectif du devenir ecclésial. C'est la foi qui, seule anime cette Eglise. Elle n'est pas une simple alternative, ou un simple modèle social, politique et culturel. Y adhérer suppose au contraire une communion explicite dans le Christ. Il n'est pas rare aujourd'hui de rencontrer des hommes et des femmes fascinés par l'Évangile, éblouis par la proposition des Béatitudes et qui seraient prêts, dans ce sens, à «choisir» l'Église ou, pour le moins, à l'admettre comme une alternative humaine peut-être plus crédible que d'autres. Cette vision risque d'escamoter ce qui fait l'âme, la seule raison d'être de la communauté: Jésus-Christ mort et ressuscité. En dehors de lui tout devient, dans l'Église, froid et mécanique. Sans lui, l'amour devient devoir, l'espoir opportunisme, la joie, simple quête de réussite. Dans tout ce livre, quel que soit l'aspect de la vie ecclésiale que nous touchions, il ne peut s'éclairer que par ce que nous appelons, malgré ses hésitations et ses obscurités, notre foi.

C'est vrai que l'Église visible n'est pas tellement belle à contempler. En elle, nous percevons les blessures qui offensent le plus l'Évangile. Mais nous ne pouvons vivre une image idéale de l'Église comme il est nocif de vivre une image idéale du moi. Du pape au dernier diacre, du Vatican à la dernière communauté paroissiale, l'Église vit, prêche, souffre et espère, et je ne me sens, en aucune manière, étranger à cette terrible caricature.

Le trésor que cherche l'homme de l'Evangile n'est-il pas dans champ? Et pour acheter le trésor, ne faut-il pas acheter aussi le champ?

Le trésor caché dans le champ, ce sont, je crois, les communautés chrétiennes. Elles sont les garanties de la vie et de la croissance de l'Évangile dans l'Église. C'est en leur nom, dans la diversité de leurs inspirations, de leurs incarnations et de leurs espérances, que je voudrais écrire ce livre, être le humble témoin. De tout temps, l'Esprit se manifeste dans le dynamisme communautaire chrétien. Partout, à travers le monde, surgissent et grandissent ces lieux de prière, de pensée, de partage et d'action qui, au delà des lenteurs institutionnelles et des intérêts de groupes, convertissent l'Église. Bien souvent, elles souffrent aussi persécution tant dans l'Église qu'au plan politique, dans la mesure même où leur prophétisme dérange les habitudes de pensées et les scléroses morales de tous les systèmes qui ne cherchent qu'à se perpétuer. C'est particulièrement vrai aujourd'hui des communautés de base du Tiers Monde chrétien. Persécutées par les régimes politiques et soupçonnées par l'Institution ecclésiale, elles poursuivent cependant leur chemin tranquillement, dans la discrétion de la foi. Elles ont, comme dans les premiers temps de l'annonce de l'Évangile, leurs martyres et leurs prophètes, leurs convertis aussi. Il arrive même parfois qu'elles provoquent la conversion de l'Institution elle-même, dans la personne des évêques par exemple.

Il y a le mouvement communautaire marqué par un renouveau de la prière, notamment dans les pays occidentaux.

Dans l'Église que j'aime, la vie communautaire est pour moi la véritable source de l'espérance et de l'avenir.

Aimer l'Église, c'est aussi aimer ses membres. L'Évangile tout entier est construit sur la primauté de la personne.

Que serait le christianisme sans la personnalité unique et parfois encombrante de Paul de Tarse ? Ce sont elles qui indiquent la couleur d'un temps puisqu'elles sont filles de leur temps, tout en imprégnant celui-ci de leur marque.

Leur rôle est trop important pour le négliger. Tout corps social est, j'en suis de plus en plus persuadé, le reflet, parmi bien d'autres éléments, des personnes qui la composent, la dirigent ou l'inspirent.

Voilà l'Église, toute l'Église que j'aime : projet évangélique, Institution visible, vitalité communautaire et visages multiformes. Je ne veux pas faire de tri dans tout cela. C'est, globalement, «l'Église», et rien de ces divers registres ne me laisse indifférent. Cependant mon engagement à ces divers niveaux est situé : je suis moine et je pose la question du pauvre.

Cité du livre «UNE ÉGLISE À TOUS VENTS» de Pierre Arnold





Pour vous préparer à rencontrer Dieu,

voici les 5 pas vers le ciel









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