Comme bien d'autres doctrines catholiques, le célibat obligatoire des
prêtres n'est donc pas basé directement sur des commandements de la
Bible mais sur une ligne de pensée basée sur des interprétations de
passages bibliques qui sont devenues avec le temps des lois d'église.
En gros cette ligne de pensée part des paroles de Jésus qui dit que
certains choisissent le célibat à cause du royaume de Dieu. On s'appuie
aussi sur 1Co.7 où l'apôtre Paul, sans condamner le mariage, fait
l'éloge du célibat comme un meilleur choix pour servir le Seigneur sans
distraction. Ce qui était un choix personnel louangé, puisant dans
l'amour sans partage pour Dieu aux temps apostoliques est devenu
rapidement une loi ecclésiastique inflexible. Ce fait est reconnu par l'Église catholique elle-même .
Je ne pose pas de jugement de valeur ici, disant que c'est bien ou mal,
certains attribuent au célibat des prêtres les abus sexuels perpétrés
par certains d'entre eux mais cela se produit aussi chez les prêtres
mariés dans les autres dénominations. La tentation est là pour tous,
comme peuvent en témoigner tous ceux qui sont mariés.
L'adoption de cette ligne de pensée a amené des
interprétations (par Augustin d'Hippone "De bono coniugali" vers 420 ap
JC) qui ne sont pas évidentes à première vue de 1Ti.3 où l'expression
"marié à une seule femme" est prise comme signifiant "le prêtre marié à
l'église" = le prêtre, image du Christ, marié à l'église, image de
l'épouse du Christ. Lire le texte anglais suivant qui développe cette pensée.
Cependant, on voit mal comment cette interprétation peut tenir la route
- même si j'ai beaucoup d'estime pour Augustin - quand on lit la suite
du passage où il mentionne que l'évêque doit savoir s'occuper de ses
propres enfants pour être digne de s'occuper des enfants de Dieu (1Ti.3:4-5).
Paul n'aurait pas été écrire cela s'il voulait dire que l'évêque est
"marié à l'église" car ce serait impossible à un célibataire de prendre
soin de ses enfants.
Personnellement, malgré toutes les raisons évoquées au fil de
l'histoire par l'église catholique pour justifier le célibat des
prêtres, j'estime donc - en accord avec des millions d'autres chrétiens
des autres dénominations - qu'il est plus sage et plus en accord avec
la liberté à laquelle Jésus nous a appelée (Jn.8:31-32) de laisser à
chacun le choix de se marier ou pas qu'il soit prêtre ou laïque même si
le célibat est l'idéal.
De toute façon, qu'on soit marié ou célibataire, on a tous besoin de la
grâce de Dieu pour vivre d'une manière digne la vocation qu'Il nous a
adressée.
Ep.3:20 Or,
à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment
au delà de tout ce que nous demandons ou pensons,
21 à lui soit la gloire dans l'Eglise et en Jésus-Christ, dans toutes
les générations, aux siècles des siècles! Amen!
4:1 Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à
marcher d'une manière digne de la vocation qui vous a été adressée,
2 en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns
les autres avec charité,
3 vous efforçant de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la
paix.
Je vous laisse avec ce texte produit par le Vatican qui fait l'apologie du célibat des prêtres.
RÉFLEXION DU CARDINAL CLAÚDIO HUMMES
À L'OCCASION DU XL ANNIVERSAIRE DE L'ENCYCLIQUE
«SACERDOTALIS CAELIBATUS» DU PAPE PAUL VI
L'importance du célibat sacerdotal
A l'approche du XL anniversaire de la publication de l'Encyclique Sacerdotalis caelibatus, de
Sa Sainteté Paul VI, la Congrégation pour le Clergé a considéré
opportun de rappeler l'enseignement magistériel de cet important
document pontifical.
Le célibat sacerdotal est véritablement un don précieux du Christ à son Eglise, un don qu'il faut toujours
méditer et renforcer à nouveau, en particulier dans le monde d'aujourd'hui, profondément sécularisé.
En effet, les chercheurs
indiquent que les origines du célibat sacerdotal nous ramènent aux
temps apostoliques. Père Ignace de la Potterie écrit: "Les chercheurs
s'accordent généralement pour dire que l'obligation du célibat ou du
moins de la continence est devenu une loi canonique depuis le IV siècle
[...]. Mais il est important d'observer que les législateurs des IV et
V siècles affirmaient que cette disposition canonique était fondée sur
une tradition apostolique. Le Concile de Carthage (en 390) disait par
exemple: "Il faut que ceux qui sont au service des mystères divins
soient parfaitement continents (continentes esse in omnibus) afin que ce qu'ont enseigné les apôtres et a maintenu l'antiquité elle-même, nous l'observions nous aussi"" (1). Dans le même sens, A. M. Stickler
parle d'arguments bibliques en faveur du célibat d'inspiration apostolique (2).
Le développement historique
Le Magistère solennel de l'Eglise
répète de façon ininterrompue les dispositions sur le célibat
ecclésiastique. Le Synode d'Elvira (300-303?) prescrit au canon 27:
"Un Evêque, comme tout autre clerc, ne doit avoir auprès de lui qu'une
sœur ou une vierge consacrée; il a été établi qu'il ne doit absolument
pas avoir auprès de lui une étrangère"; et au canon 33: "Il a été
décidé de façon générale l'interdiction suivante aux Evêques, aux
prêtres et aux diacres, ainsi qu'à tous les clercs qui exercent un
ministère: qu'ils s'abstiennent de leur épouse et n'engendrent pas
d'enfants; ceux qui l'auront fait devront être éloignés de l'état
clérical" (3).
Le Pape Sirice
(384-399), dans la lettre à l'Evêque Imerius de Tarragone, en date du
10 février 385, affirmait: "Le Seigneur Jésus [...] voulait que de la
figure de l'Eglise, dont il est l'époux, émane la splendeur de la
chasteté [...]
nous tous prêtres sommes liés en vertu de la loi indissoluble de ces
dispositions [...] afin qu'à partir du jour de notre ordination, nous
confions tant nos cœurs que nos corps à la sobriété et à la pudeur,
pour plaire au Seigneur notre Dieu dans les sacrifices que nous offrons
chaque jour" (4).
Dans le premier Concile
œcuménique du Latran de 1123, au canon 3, nous lisons: "Nous
interdisons de la façon la plus absolue aux prêtres, aux diacres et aux
sous-diacres, de vivre avec leur concubine ou épouse et d'habiter avec
des femmes autres que celles avec lesquelles le Concile de Nicée (325)
a permis de vivre" (5). De même, dans la XXIV session du Concile de
Trente, au canon 9, est rappelée l'impossibilité absolue de contracter
un mariage pour les
clercs constitués dans les Ordres sacrés ou les religieux qui ont fait
le vœu solennel de chasteté; et avec elle, la nullité du mariage
lui-même, unie au devoir de demander à Dieu le don de la chasteté dans
une juste intention (6).
A une époque plus récente, le Concile œcuménique Vatican II a répété dans la déclaration Presbyterorum ordinis
(7) le lien étroit entre célibat et Royaume de Dieu, voyant dans le
premier un signe qui annonce de façon radieuse le second, un début de
vie nouvelle, au service duquel le ministre de l'Eglise est consacré.
Avec l'Encyclique du 24 juin
1967, Paul VI maintint une promesse faite aux Pères conciliaires deux
ans auparavant. Il examine les objections soulevées relatives à la
discipline du célibat et, plaçant l'accent sur ses fondements
christologiques et faisant référence à l'histoire et à ce que les
documents des premiers siècles nous enseignent à propos des origines du
célibat-continence, en confirme pleinement la valeur.
Le Synode des Evêques de 1971, tant dans le document pré-synodal Ministerium presbyterorum (15 février) que dans le document final Ultimis temporibus (30
novembre), affirme la nécessité de conserver le célibat dans l'Eglise
latine, en expliquant son fondement, la convergence de ses motifs et
les conditions qui le favorisent (8).
La nouvelle codification de
l'Eglise latine de 1983 réitère la tradition de toujours: "Les clercs
sont tenus par l'obligation de garder la continence parfaite et
perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au
célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés
peuvent s'unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et
s'adonner plus librement au service de Dieu et des hommes (9).
C'est dans la même ligne que se place le Synode de 1990, dont découle l'exhortation apostolique du Serviteur
de Dieu le Pape Jean-Paul II
Pastores dabo vobis, dans
laquelle le Souverain Pontife présente le célibat comme une exigence de
radicalisme évangélique, qui favorise de façon particulière le style de
vie spinale et qui jaillit de la configuration du prêtre à Jésus
Christ, à travers le sacrement de l'Ordre (10).
Le Catéchisme de l'Eglise
catholique, publié en 1992 et qui recueille les premiers fruits du
grand événement du Concile œcuménique Vatican II, répète la même
doctrine: "Tous les ministres ordonnés de l'Eglise latine, à
l'exception des diacres permanents, sont normalement choisis parmi les
hommes croyants qui vivent en célibataires et qui ont la volonté de
garder le célibat en vue du Royaume des Cieux" (11).
Dans le très récent Synode sur
l'Eucharistie lui-même, selon la publication provisoire, officieuse et
non officielle de ses propositions finales, autorisée par le Pape
Benoît XVI, dans la proposition n. 11, en ce qui concerne le manque de
clergé dans certaines parties du monde et sur la "faim eucharistique"
du peuple de Dieu, on reconnaît "l'importance du don inestimable du
célibat ecclésiastique dans la pratique de l'Eglise latine". Avec une
référence au Magistère, en particulier au Concile œcuménique Vatican II
et aux derniers Souverains Pontifes, les pères ont demandé d'illustrer
de façon adéquate les raisons du rapport entre célibat et ordination
sacerdotale, dans le plein respect de la tradition des Eglises
orientales. Certains ont fait référence à la question des viri probati, mais cette hypothèse a été considérée comme une voie à ne pas parcourir.
Récemment, le 16 novembre
dernier, le Pape Benoît XVI a présidé dans le Palais apostolique l'une
des réunions régulières des chefs de dicastères de la Curie romaine. A
cette occasion, a été réaffirmé la valeur du choix du célibat des
prêtres, conformément à la tradition catholique ininterrompue, et a été
répétée l'exigence d'une solide formation humaine et chrétienne, tant
pour les séminaristes que pour les prêtres déjà ordonnés.
Les raisons du célibat sacré
Dans l'Encyclique "Sacerdotalis caelibatus", Paul
VI présente tout d'abord la situation dans laquelle se trouvait à cette
époque la question du célibat des prêtres, tant du point de vue de sa
reconnaissance que des objections à son égard. Ses premières paroles
sont déterminantes et encore d'actualité: "Le célibat sacré, que
l'Eglise garde depuis des siècles comme un joyau splendide, conserve
toute sa valeur également à notre époque caractérisée par une
transformation profonde des mentalités et des structures" (12). Paul VI
révèle combien lui-même a médité, en s'interrogeant sur ce thème, pour
pouvoir répondre aux objections, et il conclut: "Nous estimons donc
que la loi du célibat actuellement en vigueur doit, encore de nos jours
et fermement, être liée au ministère ecclésiastique; elle doit soutenir
le ministre de l'Eglise dans son choix exclusif, définitif et total de
l'amour unique et souverain du Christ, du dévouement au culte de Dieu
et au service de l'Eglise, et elle doit qualifier son état de vie aussi
bien dans la communauté des fidèles que dans la société profane" (13).
"Certes",
ajoute le Pape, "comme l'a déclaré le second Concile du Vatican, la
virginité n'est pas exigée par la nature même du sacerdoce, ainsi que
le montrent la pratique de l'Eglise primitive et la tradition des
Eglises d'Orient (Presb. ord.,
16), mais le même saint Concile n'a pas hésité à confirmer
solennellement la loi ancienne, sainte et providentielle du célibat
sacerdotal, telle qu'elle existe actuellement, non sans exposer les
motifs qui la justifient aux yeux de quiconque sait apprécier les dons
divins en esprit de foi et avec la flamme intérieure de la générosité"
(14).
C'est vrai. Le célibat est un don
que le Christ offre aux appelés au sacerdoce. Ce don doit être
accueilli avec amour, joie et gratitude. Ainsi, il sera une source de
bonheur et de sainteté.
Les raison du célibat sacré, présentées par Paul VI, sont au nombre de trois: sa signification christologique,
sa signification ecclésiologique, sa signification eschatologique.
Commençons par la signification
christologique. Le Christ est nouveauté. Il réalise une nouvelle
création. Son sacerdoce est nouveau. Il renouvelle toutes les choses.
Jésus, Fils unique du Père, envoyé dans le monde, "s'est fait homme
pour que l'humanité, sujette au péché et à la mort, soit régénérée et,
par une nouvelle naissance, entre dans le Royaume des cieux. S'étant
consacré tout entier à la volonté de son Père, Jésus accomplit par son
ministère pascal cette création nouvelle, introduisant dans le temps et
dans le monde une forme nouvelle, sublime, divine, de vie qui
transforme la condition terrestre elle-même de l'humanité" (15).
Le mariage naturel lui-même, béni
par Dieu dès sa création, mais blessé par le péché, fut renouvelé par
le Christ qui "l'a élevé à la dignité de sacrement et de signe
mystérieux de sa propre union avec l'Eglise" [...]. Mais le Christ,
Médiateur d'une Alliance plus haute (cf. He 8, 6), a ouvert un
autre chemin où la créature humaine,
s'attachant totalement et directement au Seigneur, exclusivement
préoccupée de Lui et de ce qui Le concerne, manifeste de façon plus
claire et plus complète la réalité profondément novatrice de la
Nouvelle Alliance" (16).
Cette nouveauté, ce nouveau
chemin est la vie dans la virginité, que Jésus Lui-même a vécue, en
harmonie avec
sa nature de médiateur entre le ciel et la terre, entre le Père et le
genre humain. "En pleine harmonie avec cette mission, le Christ est
resté durant toute sa vie dans l'état de virginité, qui signifie son
dévouement total au service de Dieu et des hommes" (17). Service de
Dieu et des hommes signifie amour total et sans réserves, qui a marqué
la vie de Jésus parmi nous. Virginité par amour du Royaume de Dieu!
A présent, le Christ, appelant
ses prêtres à être ministres du salut, c'est-à-dire de la nouvelle
création, les appelle à être et à vivre en nouveauté de vie, unis et
semblables à Lui dans la forme la plus parfaite possible. C'est de cela
que découle le don du célibat sacré, comme configuration plus complète
avec le Seigneur Jésus et prophétie de la nouvelle création. Il a
appelé ses apôtres "amis". Il les a appelés à Le suivre de très près,
en tout, jusqu'à la Croix. Et la Croix les conduira à la résurrection,
à la nouvelle création accomplie. C'est pourquoi, nous savons que le
suivre avec fidélité dans la virginité, qui inclut un sacrifice, nous
conduira au bonheur. Dieu n'appelle personne au malheur, mais au
bonheur. Toutefois, le bonheur va toujours de pair avec la fidélité.
C'est ce qu'a dit le regretté Jean-Paul II aux époux réunis autour de
Lui lors de la II Rencontre mondiale des Familles, à Rio de Janeiro.
C'est ainsi que ressort le thème
de la signification eschatologique du célibat, en tant que signe et
prophétie
de la nouvelle création, c'est-à-dire du Royaume définitif de Dieu dans
la Parousie, lorsque tous, nous ressusciterons de la mort.
"L'Eglise [...] forme de ce
royaume le germe et le commencement sur la terre", comme nous
l'enseigne le Concile Vatican II (18). De ces "derniers temps", la
virginité, vécue par amour du Royaume de Dieu, constitue un signe
particulier, car le Seigneur a annoncé qu'"à la résurrection, [...] on
ne prend ni épouse ni époux, mais l'on est comme des anges de Dieu au
ciel" (19).
Dans un monde comme le nôtre,
monde de spectacle et de plaisirs faciles, profondément fasciné par les
choses terrestres, en particulier par le progrès des sciences et des
technologies - rappelons les sciences biologiques et les
biotechnologies - l'annonce d'un au-delà, c'est-à-dire d'un monde
futur, d'une parousie, comme avènement définitif d'une nouvelle
création, est déterminant et, dans le même temps, libère des ambiguïtés
des apories, des vacarmes, des souffrances et des contradictions, au
profit des biens véritables et des nouvelles et profondes connaissances
que le progrès humain actuel porte avec lui.
Enfin, la signification ecclésiologique du célibat nous conduit plus directement à l'activité pastorale du prêtre.
L'Encyclique affirme: "La
virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l'amour
virginal du
Christ pour l'Eglise et la fécondité virginale et surnaturelle de cette
union" (20). Semblable au Christ et dans le Christ, le prêtre épouse de
façon mystique l'Eglise, aime l'Eglise d'un amour exclusif. Ainsi, se
consacrant totalement aux choses du Christ et de son Corps mystique, le
prêtre jouit d'une ample liberté spirituelle pour se placer au service
aimant et total de tous les hommes, sans distinction.
"Ainsi en va-t-il du prêtre: en
mourant quotidiennement à lui-même, en renonçant, par amour du Seigneur
et de son règne, à l'amour légitime d'une famille qui ne soit qu'à lui,
il trouvera la gloire d'une vie pleine et féconde dans le Christ,
puisque, comme Lui et en Lui, il aime tous les enfants de Dieu et se
donne à eux" (21).
L'Encyclique ajoute également que le célibat fait croître l'aptitude du prêtre à écouter la Parole de Dieu
et à prier, de même qu'il lui permet de déposer sur l'autel toute sa vie marquée des signes du sacrifice (22).
La valeur de la chasteté et du célibat
Avant d'être une disposition
canonique, le célibat est un don de Dieu à son Eglise, c'est une
question liée au
dévouement total au Seigneur. Même dans la distinction entre la
discipline du célibat des séculiers et l'expérience religieuse de la
consécration et de l'émission des vœux, il ne fait aucun doute qu'il
n'existe pas d'autre interprétation et justification du célibat
ecclésiastique en dehors du dévouement total au Seigneur, dans un
rapport qui soit, également du point vue vue affectif, exclusif; cela
présuppose un profond rapport personnel et communautaire avec le
Christ, qui transforme le cœur de ses disciples.
Le choix du célibat de l'Eglise
catholique de rite latin s'est développé, depuis les temps
apostoliques, précisément dans la ligne de la relation du prêtre avec
son Seigneur, ayant comme grande icône le "M'aimes-tu plus que
ceux-ci?" (23) que Jésus ressuscité adressa à Pierre.
Les raisons christologiques,
ecclésiologiques et eschatologiques du célibat, toutes enracinées dans
la communion particulière avec le Christ à laquelle le prêtre est
appelé, peuvent donc être déclinées de diverses façons selon ce qui est
affirmé avec autorité par
Sacerdotalis caelibatus.
Avant tout, le célibat est "signe
et stimulant de la charité pastorale" (24). Celle-ci représente le
critère suprême pour juger de la vie chrétienne sous tous ses aspects;
le célibat est une voie de l'amour, même si Jésus lui-même, comme le
rapporte l'Evangile selon Matthieu, affirme que tous ne peuvent pas
comprendre cette réalité: "Tous ne comprennent pas ce langage, mais
ceux-là à qui c'est donné" (25).
Une telle charité se décline dans
le double aspect classique d'amour envers Dieu et envers les frères:
"En
gardant la virginité ou le célibat pour le Royaume des cieux, les
prêtres se consacrent au Christ d'une manière nouvelle et privilégiée,
il leur est plus facile de s'attacher à lui sans que leur cœur soit
partagé" (26). Saint Paul, dans le passage que l'on évoque ici,
présente le célibat et la virginité comme "moyens de plaire au
Seigneur" sans partage (27): en d'autres termes, une "voie de l'amour"
qui présuppose assurément une vocation particulière, et en ce sens
c'est un charisme, et qui est en soi excellente, tant pour le chrétien
que pour le prêtre.
L'amour radical à l'égard de Dieu devient à travers la charité pastorale amour à l'égard des frères. Dans
Presbyterorum ordinis, nous
lisons que les prêtres "sont plus libres pour se consacrer, en lui et
par lui, au service de Dieu et des hommes, plus disponibles pour servir
son royaume et l'œuvre de la régénération surnaturelle, plus capables
d'accueillir largement la paternité dans le Christ" (28). L'expérience
commune confirme qu'il est plus simple d'ouvrir le cœur à ses frères
pleinement et sans réserves pour ceux qui ne sont pas liés par d'autres
liens affectifs, aussi légitimes et saints soient-ils, en dehors
de celui à l'égard du Christ.
Le célibat est l'exemple que le
Christ lui-même nous a laissé. Il a voulu être célibataire.
L'Encyclique
explique encore: "Le Christ est resté toute sa vie dans l'état de
virginité, qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des
hommes. Ce lien profond qui, dans le Christ, unit la virginité et le
sacerdoce, se reflète en ceux à qui il échoit de de participer à la
dignité de la mission du Médiateur et Prêtre éternel, et cette
participation sera d'autant plus parfaite que le ministre sacré sera
affranchi de tout lien de la chair et du sang" (29).
L'existence historique de Jésus
Christ est le signe le plus évident que la chasteté assumée de façon
volontaire par Dieu est une vocation solidement fondée tant sur le plan
chrétien que sur celui de la raison humaine.
Si la vie chrétienne commune ne
peut se déclarer légitimement telle si elle exclut la dimension de la
Croix, l'existence sacerdotale serait d'autant plus incompréhensible si
elle était privée de l'optique du Crucifié. La souffrance, et parfois
les difficultés et même l'échec, ont leur place dans l'existence d'un
prêtre, même si, en dernière analyse, elle n'est pas déterminée par
ceux-ci. En choisissant de suivre le Christ dès le premier instant,
l'on s'engage à aller avec Lui au Calvaire, conscient que l'acceptation
de sa propre croix est l'élément qui qualifie la radicalité de la sequela.
Enfin, comme on l'a dit, le
célibat est un signe eschatologique. Dans l'Eglise est présent dès
maintenant le
Royaume futur: non seulement celle-ci l'annonce, mais elle le réalise
de façon sacramentelle en contribuant à la "création nouvelle" jusqu'à
ce que Sa gloire se manifeste pleinement.
Tandis que le sacrement du
mariage enracine l'Eglise dans le présent, la plongeant totalement dans
l'ordre terrestre qui devient ainsi lui-même lieu de sanctification
possible, la virginité renvoie immédiatement à l'avenir, à la
perfection intégrale de la création qui ne sera réalisée pleinement
qu'à la fin des temps.
Les moyens d'être fidèles au célibat
La sagesse bimillénaire de l'Eglise, experte en humanité, a constamment identifié dans le temps certains
éléments fondamentaux et indispensables pour favoriser la fidélité de ses fils au charisme surnaturel du célibat.
Parmi ceux-ci ressort, également dans le récent Magistère, l'importance de la formation spirituelle du prêtre
appelé à être "témoin de l'Absolu".
Pastores dabo vobis affirme: "Se
former au sacerdoce signifie s'entraîner à donner une réponse
personnelle à la question fondamentale du Christ: "M'aimes-tu?". La
réponse, pour le futur prêtre, ne peut être que le don total de sa vie"
(30). Dans ce sens, les années de la formation sont absolument
fondamentales, tant celles éloignées, vécues en famille, que celles
futures, au cours des années du Séminaire, véritable école d'amour dans
laquelle, comme la communauté apostolique, les jeunes séminaristes se
rassemblent autour de Jésus en attente du don de l'Esprit pour la
mission. "La relation du prêtre avec Jésus Christ et, en lui, avec son
Eglise s'inscrit dans l'être même
du prêtre, en vertu de sa consécration ou de l'onction sacramentelle,
et dans son agir, c'est-à-dire dans sa mission ou dans son ministère"
(31). Le sacerdoce n'est autre qu'une "vie intimement unie à Jésus
Christ" (32), dans une relation de communion intime qui est décrite
"avec une nuance d'amitié" (33). La vie du prêtre est, au fond, une
forme d'existence qui serait inconcevable s'il n'y avait pas le Christ.
C'est précisément en cela que consiste la force de son témoignage: la
virginité pour le Royaume de Dieu est une donnée réelle, elle existe
car le Christ existe et la
rend possible.
L'amour pour le Seigneur est
authentique lorsqu'il tend à être total: aimer le Christ signifie
avoir une connaissance profonde de Lui, fréquenter Sa personne,
partager et assimiler Sa pensée et, enfin, accueillir sans réserves les
exigences radicales de l'Evangile. On ne peut être témoins de Dieu que
si l'on fait une expérience profonde du Christ; de la relation avec le
Seigneur dépend l'existence sacerdotale tout entière, la qualité de son
expérience de martyria, de son témoignage.
Le témoin de l'Absolu est
uniquement celui qui a véritablement Jésus comme ami et Seigneur, celui
qui jouit
de Sa communion. Le Christ n'est pas seulement objet de réflexion, de
thèses théologiques ou une mémoire historique; Il est le Seigneur
présent, il est vivant car ressuscité et nous ne sommes vivants que
dans la mesure où nous participons toujours plus profondément à Sa vie.
C'est sur cette foi explicite que se fonde l'existence sacerdotale tout
entière. C'est pourquoi l'Encyclique affirme: "Le prêtre doit
s'appliquer avant tout à développer avec tout l'amour que la grâce lui
inspire son intimité avec le Christ, s'efforçant d'en explorer
l'inépuisable et béatifiant mystère; il doit acquérir un sens toujours
plus profond du mystère de l'Eglise, en dehors duquel son état de vie
risquerait de lui apparaître déraisonnable et sans fondement" (34).
Outre la formation et l'amour du
Christ, l'élément essentiel pour préserver le célibat est la passion
pour le Royaume de Dieu, qui signifie la capacité de travailler avec
zèle et sans ménager ses efforts afin que le Christ soit connu, aimé et
suivi. Comme le paysan qui, ayant trouvé la perle précieuse, vend tout
pour acheter le champ, ainsi, celui qui trouve le Christ et consacre
toute son existence avec Lui et pour Lui, ne peut s'empêcher de vivre
en œuvrant afin que les autres puissent Le rencontrer.
Sans cette perspective claire,
tout "sursaut missionnaire" est voué à l'échec, les méthodologies se
transforment en techniques de conservation d'un système, et les prières
elles-mêmes pourraient devenir des techniques de méditation et de
contact avec le sacré dans lesquelles se dissolvent tant le moi humain
que le Toi de Dieu.
Une occupation fondamentale et
nécessaire du prêtre, comme exigence et comme devoir, est la prière
qui, en fait, est irremplaçable dans la vie chrétienne et, par
conséquent, dans la vie sacerdotale. Il faut y accorder une attention
particulière: la célébration eucharistique, l'Office divin, la
confession fréquente, le rapport affectueux avec la Très Sainte Vierge
Marie, les Exercices spirituels, la récitation quotidienne du Rosaire,
constituent quelques-uns des signes spirituels d'un amour qui, s'il
était absent, risquerait inexorablement d'être remplacé par les
succédanés, souvent néfastes, de l'image, de la carrière, de l'argent,
de la sexualité.
Le prêtre est homme de Dieu car
il est appelé par Dieu à l'être et il vit cette identité personnelle
dans l'appartenance exclusive à son Seigneur, qui s'exprime également
dans le choix du célibat. C'est un homme de Dieu parce qu'il vit de
Lui, il Lui parle, il discerne et décide avec Lui, dans une obéissance
filiale, les étapes de son existence chrétienne. Plus les prêtres
seront radicalement des hommes de Dieu, à travers une existence
entièrement centrée sur Dieu, comme l'a souligné le Saint-Père Benoît
XVI dans les vœux de Noël à la Curie Romaine le 22 décembre dernier,
plus leur témoignage sera efficace et fécond et leur ministère riche de
fruits de conversion. Il n'existe pas d'opposition entre la fidélité à
Dieu et la fidélité à l'homme mais, au contraire, la
première est la condition qui permet la seconde.
Conclusion: une vocation sainte
Pastores dabo vobis,
en parlant de la vocation du prêtre à la sainteté, après avoir souligné
l'importance du rapport personnel avec le Christ, exprime une autre
exigence: le prêtre, appelé à la mission de l'annonce, se voit confier
la Bonne Nouvelle pour en faire don à tous. Toutefois, il est appelé à
accueillir l'Evangile avant tout comme don offert à son existence, à sa
personne et comme événement salvifique qui l'engage à une vie sainte.
Dans cette perspective, Jean-Paul
II a parlé du radicalisme évangélique qui doit caractériser la sainteté
du prêtre; il est donc possible d'indiquer dans les conseils
évangéliques traditionnellement proposés par l'Eglise et vécus dans les
états de vie consacrée les itinéraires d'un radicalisme vital auquel, à
sa façon, le prêtre est également appelé à être fidèle.
L'exhortation affirme: "Les différents "conseils évangéliques" que Jésus propose dans le Discours sur la
montagne sont l'expression privilégiée du radicalisme évangélique. Parmi ces conseils, intimement coordonnés entre eux, se trouvent l'obéissance, la chasteté et la pauvreté.
Le prêtre est appelé à les vivre selon les modalités et, plus encore,
selon les finalités et le sens original qui découlent de l'identité du
prêtre et l'expriment" (35).
Et encore, reprenant la dimension
ontologique sur laquelle le radicalisme évangélique est fondé:
"L'Esprit, en consacrant le prêtre et en le configurant à Jésus Christ,
Tête et Pasteur, crée un lien dans l'être même du prêtre; ce lien doit
être assumé et vécu d'une manière personnelle, c'est-à-dire consciente
et libre, par une vie de communion et d'amour toujours plus riche et un
partage toujours plus grand et radical des sentiments et des attitudes
de Jésus Christ. Dans ce lien entre le Seigneur Jésus et le prêtre,
lien ontologique et psychologique, sacramentel et moral, résident le
fondement en même temps que la force nécessaire de cette "vie dans
l'Esprit" et de ce "radicalisme évangélique", auquel chaque prêtre est
appelé et que favorise la formation permanente sous son aspect
spirituel" (36).
Le caractère nuptial du célibat
ecclésiastique, précisément en raison du rapport entre le Christ et
l'Eglise que le prêtre est appelé à interpréter et à vivre, devrait en
élargir l'esprit, en illuminant sa vie et en enflammant son cœur. Le
célibat doit être une oblation heureuse, un besoin de vivre avec le
Christ, afin qu'Il reverse chez le prêtre les effusions de sa bonté et
de son amour qui sont ineffablement pleines et parfaites.
A ce propos, les paroles du
Saint-Père Benoît XVI sont éclairantes: "Le véritable fondement du
célibat ne peut être contenu que dans la phrase: "Dominus pars" (mea)
- tu es ma terre. Il ne peut être que théocentrique. II ne peut
signifier être privés d'amour, mais il doit signifier se laisser gagner
par la passion pour Dieu, et apprendre ensuite, grâce à une présence
plus intime à ses côtés, à servir également les hommes. Le célibat doit
être un témoignage de foi: la foi en Dieu devient concrète dans cette
forme de vie qui a un sens uniquement à partir de Dieu. Placer sa vie
en Lui, en renonçant au mariage et à la famille signifie que
j'accueille et que je fais l'expérience de Dieu comme réalité et que je
peux donc l'apporter aux hommes" (37).
Cláudio Card. HUMMES
Préfet de la Congrégation pour le Clergé