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La naissance du Pentecôtisme en France

Les dates

Eglise Apostolique (1926)
Assemblées de Dieu de France (1932)
Mission Evangélique Tzigane de France (1957),
Eglise de Dieu en France (1959),
Eglises protestantes Foursquare France
Fédération des Eglises Pentecôtistes Unies de France

Ceci n'est pas une liste exhaustive. Je n'ai pas les dates pour les deux dernières qui sont les plus récentes.


Les origines exactes du pentecôtisme français restent dans l'ombre, tout comme ces pionniers inconnus, mais consacrés à Dieu qui bravèrent les obstacles pour évangéliser le pays de Voltaire. Dans son Histoire générale du pentecôtisme, Donald Gee relate qu'en 1909, il y avait à Paris une petite salle où se tenaient des réunions « pour ceux qui cherchaient le baptême du Saint-Esprit ». Leonhard Steiner, Historien suisse du pentecôtisme, déclare que depuis 1909, existaient en France de petits groupes de croyants pentecôtistes, comme ceux de Paris et du Havre. Le professeur Bloch-Noell fait remarquer que A. T. Barratt eut un disciple en France, en 1907, un Hollandais qui avait assisté aux réunions de Barratt en Norvège. Frank Bartleman, évangéliste célèbre, huit de la Mission de la rue Azusa à Los Angeles, relate que, pendant son séjour en France en 1912, il avait visité un certain « frère Michael Mast qui avait une petite mission de Pentecôte à Rosny-sous-Bois, à seize kilomètres environ de Paris ». Il avait déjà visité cette mission en 1910. Deux ans plus tard, Bartleman y prêcha chaque soir.

Il poursuit en disant qu'il avait tenu une réunion au coeur même de Paris, chez Mast, dans son atelier de tailleur, devant un auditoire d'une trentaine de personnes. Il continue : « Une âme précieuse a été sauvée au cours de cette réunion, mais ajoute-t-il, il est très difficile de faire venir les gens à une réunion d'évangélisation à Paris. Il m'a semblé que Paris est encore pire que lors de mon séjour en 1910. Bartleman parle aussi d'une mission pentecôtiste au Havre. Quelle que soit l'importance, pour l'avenir du mouvement de Pentecôte, des quelques cellules pentecôtistes françaises isolées, il est certain que l'essor de ce mouvement avant 1930 est dû à deux facteurs principaux. Le premier facteur fut l'existence, au Havre, d'un établissement qui allait devenir en son temps le centre de l'activité pentecôtiste française, l'hôtel-restaurant sans alcool de Mademoiselle Hélène Biolley. Quant au second facteur, ce fut un esprit de réveil qui, comparable à celui qui prévalait au même moment dans le pays de Galles, captivait les esprits d'un petit nombre de chrétiens français.

Le réveil du pays de Galles de 1904-1905 fit une profonde sur les milieux religieux, tant dans les îles Britanniques qu'en France. Dans ce pays, de nombreux protestants souhaitèrent connaître une « même visitation de l'Esprit de Dieu ». Henri Bois, historien français du réveil du pays de Galles, déclare que beaucoup de Français cherchèrent Dieu avec ferveur pour qu'Il envoie « une effusion de Son Esprit sur la France ». Peu après 1906, un Ecossais du nom de H. E. Alexander, influencé par le réveil du pays de Galles, fonda « l'Action biblique », groupe de fondamentalistes étroits qui accordaient une place prépondérante à la puissance du Saint- Esprit dans la vie de l'individu. En Angleterre, un groupe de pentecôtistes fonda en 1908 l'Eglise apostolique par la foi, groupe qui avait des idées extrêmes sur l'action directrice du Saint-Esprit dans la vie du croyant. L'un des traits marquants de cette Eglise fut le fanatisme. Les prophéties y étant considérées comme des extravagances, un groupe plus modéré se retira en 1916 pour fonder l'Eglise apostolique du pays de Galles. Animée d'un grand esprit missionnaire, l'Eglise apostolique envoya bientôt des évangélistes en France. L'un d'entre eux fut le jeune Gallois Thomas Roberts qui ouvrit une mission à Paris en 1926. D. P. Williams, apôtre, et W. J. Williams, prophète, rendirent visite à la Mission apostolique assez prospère de Sanvic dans la banlieue du Havre. L'Eglise apostolique fit des convertis, parmi lesquels B. Selvaratnam, fils d'un pasteur de l'Eglise méthodiste.

Au cours de ses études d'ingénieur à Paris, Selvaratnam eut à subir de sérieux conflits entre la raison et sa foi. Après avoir lu le Secret de l'univers de Charles Bradlaugh, Selvaratnam bannit de son esprit tout ce qui pouvait avoir trait à la foi. Un jour, alors qu'il présidait un congrès de l'Union des rationalistes, il s'écria : « S'il existe un Dieu vivant, qu'Il prouve son existence en me frappant de mort. Je donnai à Dieu soixante secondes pour le faire, mais Il ne me foudroya pas. Savez-vous pourquoi ? Afin de prouver plus tard Son existence par mon témoignage ». Selon ses propres paroles, la guérison de sa mère fut à l'origine de sa conversion. Elle était invalide depuis douze ans et n'avait, de l'avis des médecins, plus que deux mois à vivre. La question de la guérison divine devait jouer un rôle important dans le pentecôtisme français. Ce fut à l'hôtel restaurant sans alcool d'Hélène Biolley que le mouvement de Pentecôte a pris son véritable essor.

Cette dernière ouvrit le Ruban bleu en 1909. Née en Suisse, elle y fut élevée et y fit ses études. Elle faisait partie des « Coeurs purs », un groupe suisse qui mettait l'accent sur l'examen de conscience approfondi: « Mes pensées sont-elles pures ? Ai-je traité mon voisin avec justice ? Ai-je honoré Dieu par mes actes ? » Mademoiselle Biolley, dés cultivée et linguiste distinguée, était venue en France vers 1908 pour travailler avec la Société française de la Croix Bleue et l'aider dans sa lutte contre l'alcoolisme. Malgré sa culture et l'excellente éducation qu'elle avait reçue, elle désirait travailler dans les bas-fonds et relever les rejetés de la société, en particulier les ivrognes. Sachant que la population cosmopolite du port du Havre lui fournirait suffisamment d'occasions de poursuivre son but, elle y installa le Ruban bleu qui devint à la fois un hôtel-restaurant sans alcool et un centre religieux. Elle ne servait à ses clients assoiffés que des boissons sans alcool : thé, café ou chocolat !

Dès le début, le Ruban bleu devint un centre important fréquenté par de nombreux chrétiens étrangers. Ils y trouvaient non seulement une chaude atmosphère spirituelle, mais aussi le gîte pour un prix très modique. De nombreux amis suisses de Mademoiselle Biolley venaient y passer leurs vacances ; de même, des missionnaires anglais et suédois, en route pour le Congo, s'arrêtaient souvent au Ruban bleu. Nombre d'entre eux avaient entendu parler de la Pentecôte ou étaient eux-mêmes des pentecôtistes. Leurs conversations éveillèrent la curiosité de Mlle Biolley à propos de ce mouvement suscité par Dieu. En 1920, cinq missionnaires suédois à destination du Congo, vinrent au Havre pour parfaire leurs connaissances de la langue française. Eux aussi mentionnèrent ce que Dieu avait fait en Suède. Quelques pasteurs de Pentecôte ayant entendu parler du Ruban bleu, y trouvèrent l'hospitalité. Mlle Biolley invita au Havre un évangéliste bien connu, Smith Wigglesworth, qui avait tenu en Suisse plusieurs missions couronnées de succès. Il arriva dans cette ville en 1920, accompagné du prédicateur hollandais R. G. Polmann. Ils donnèrent une série d'études bibliques sur la guérison divine et sur le baptême du Saint-Esprit. Ces deux sujets étaient particulièrement chers au coeur de cette femme pieuse et à celui de son collaborateur, Félix Gallice. Le Ruban bleu n'était pas seulement un « hôtel pour étrangers », mais il servait aussi de lieu de réunion pour l'école du dimanche. Mlle Biolley était persuadée qu'il fallait instruire les enfants dans les voies de Dieu. Beaucoup d'enfants du quartier assistaient aux classes bibliques enfantines. En outre, le Ruban bleu servait de centre de prière. Mlle Biolley qui croyait fermement à la puissance dans la prière, tint pendant près de trente ans des réunions de prière pour dames dans son hôtel-restaurant. Le sujet prédominant de ces réunions était : « persévérer dans la prière pour que le réveil souffle sur la France ». Parlant de ces réunions, l'une des participantes s'exprime ainsi : « Mlle Biolley priait avec foi pour le réveil, nous, nous priions dans l'incrédulité ». Les réunions pour adultes faisaient partie du programme religieux hebdomadaire. Les missions d'évangélisation spéciales jouaient un grand rôle dans la vie du Ruban bleu. Après une mission avec Wigglesworth en janvier 1921, cinq personnes furent baptisées d'eau dans l'estuaire de la Seine. « Une jeune fille atteinte d'une maladie de coeur fut guérie lors de son baptême. Plusieurs personnes reçurent le baptême du Saint-Esprit. » En plus de toutes ses activités au Ruban bleu, Mlle Biolley trouva le temps de traduire un livre de M. B. Woodworth Etter.

Cet ouvrage, bien connu des pentecôtistes américains, avait attiré son attention. Désireuse d'en faire connaître le contenu au public de langue française, elle traduisit ce livre en 1919, espérant qu'il serait « une source de bénédictions pour tous ceux qui le liraient ». Dans sa préface de la cinquième édition le pasteur R. Lebel déclara que « le réveil (introduit en France par M. D. Scot) est dans une certaine mesure lié au ministère de Miss Woodworth Etter ». Le Ruban bleu de Mlle Biolley devint rapidement le centre du christianisme évangélique en Normandie. Au cours de la décennie suivante, la réputation de son établissement parvint aux oreilles de trois jeunes gens qui devaient jouer plus tard un rôle important dans le mouvement de Pentecôte en France. Deux de ces trois jeunes étaient des étrangers et le troisième, Félix Gallice, était Français. Ce dernier qui fut amené à l'Evangile par un traité que lui avaient remis deux jeunes Anglaises, avait été élevé dans le catholicisme romain. Toutefois, après la lecture de ce tract, il fut intrigué par ce que Dieu pouvait faire. « En vérité, se ditil, ce Dieu protestant peut faire beaucoup de choses. » Rappelé sous les drapeaux au début de la Première Guerre mondiale et rempli de crainte à l'idée de ce qui pourrait lui arriver, F. Gallice se souvint des paroles du traité affirmant que Dieu pouvait préserver de tout mal. Il promit à Dieu de Le servir s'Il lui permettait de rentrer sain et sauf. Selon F. Gallice, Dieu le protégea en effet. « Une nuit, raconta-t-il, Dieu me remit en mémoire la promesse que je lui avais faite. Il m'appelait à Son service. Je lui demandai : Et où dois-je me rendre ? La réponse qui me vint comme une pensée subite semblait me dire : Va au Havre. » Avant entendu parler du Ruban bleu, il écrivit à l'adresse qu'on lui avait indiquée. Il partit alors immédiatement pour le Havre où commença pour lui une longue période d'activité religieuse. Tandis que sa femme travaillait pour augmenter leurs maigres revenus, F. Gallice poursuivait l'oeuvre du Seigneur. Le dimanche, il tenait des réunions pour un groupe de baptistes. Il prêtait également son concours à l'école du dimanche. Avec beaucoup d'autres chrétiens, il priait avec ferveur pour qu'un réveil spirituel semblable à celui du pays de Galles souffle sur la France.

Le premier des deux jeunes étrangers déjà cités, Christo Domoutchief, de nationalité roumaine, voulut, après son service militaire, visiter le Canada et les Etats-Unis. Quittant la Bulgarie où il avait travaillé, il partit pour Rome. Là, il obtint un visa pour la France et s'embarqua à destination de Marseille où il séjourna quelque temps. Puis, il décida de se rendre à Paris où il fit la connaissance d'un compatriote du nom de Nicoloff. Domoutchief travailla un certainà temps dans celle ville puis décida de se rendre au Havre. A l'hôtel où son compatriote et lui-même étaient hébergés, une jeune femme demanda à voir Nicoloff. Or, il se trouva qu'elle demeurait au Ruban bleu. Avant de prendre congé de ce dernier, elle demanda à Domoutchief qui avait manifesté le désir de parfaire sa connaissance de la langue française de descendre au Ruban bleu. Il s'y rendit. Non seulement Mlle Biolley lui apporta son aide pour l'étude du français, mais elle l'invita à assister au culte. N'ayant rien de mieux à faire, Domoutchief accepta l'invitation. Peu après, convaincu de la véracité du christianisme, il se convertit et fut baptisé d'eau. Mlle Biolley qui s'entendait à discemer les caractères, décela en lui l'étoffe d'un futur pasteur. Elle lui conseilla de suivre les cours d'une école biblique en Angleterre. Après avoir mûrement réfléchi à la question, il décida de suivre son conseil. Tout son avoir se réduisait à quatre livres sterling et à la promesse qu'on lui viendrait en aide. En 1928, C. Domoutchief traversa la Manche pour se rendre à Londres. Interrogé par les douaniers anglais sur la durée probable de son séjour dans le pays et sur la somme d'argent dont il disposait, il répondit : « J'ai quatre livres, et je compte séjourner deux ans en Grande-Bretagne. » Stupéfaits, les douaniers rétorquèrent : « Et vous pensez pouvoir vivre deux ans en Angleterre avec quatre livres ? » Avec une parfaite confiance, C. Domoutchief répondit : « Mais j'ai une famille qui m'enverra de l'argent ». Fort heureusement, il fut autorisé à poursuivre son voyage et à se rendre à Londres où l'accueillit Howard Carter, directeur de l'école biblique. Pendant son séjour à l'école, C. Domoutchief renoua connaissance avec le jeune Douglas Scott qu'il avait déjà vu au Ruban bleu au cours de l'été 1927. Ils se lièrent d'une profonde amitié. C. Domoutchief suivit pendant deux ans les cours de l'école biblique. A la fin de 1929 ou au début de 1930, il fut pressenti pour s'occuper d'une petite assemblée pentecôtiste en Angleterre. Deux ou trois mois plus tard, D. Scott, qui se trouvait alors au Havre, lui écrivit, le suppliant de revenir en France.

C. Doumoutchief cependant n'en avait ni l'intention ni le désir, mais « Dieu, comme il le dit lui-même, me donna une vision si poignante de la France que je me mis à sangloter ». Il n'était pourtant pas décidé à partir. Ce ne fut qu'après des difficultés d'ordre financier qu'il résolut de s'embarquer pour le Havre Où il apporta son concours à l'oeuvre de Pentecôte toute naissante. Par la suite, il joua un rôle important dans la propagation du réveil en France en ouvrant de nouvelles Eglises.

C'est du Danemark que vint le deuxième étranger dont le nom devait aussi être lié au réveil de Pentecôte en France. Ove Falg, « luthérien indifférent » pour reprendre ses propres termes, se rendit à Paris en 1925 alors qu'il était jeune homme.

Au foyer franco-scandinave où il résidait, il rencontra un groupe de jeunes chrétiens pentecôtistes anglais, candidat missionnaires de l'Eglise apostolique de Grande-Bretagne. Parmi eux se trouvait Thomas Roberts qui devait passer sa vie à promouvoir l'oeuvre de Pentecôte en France, padiculiérement au sein du récent mouvement charismatique. Cette rencontre produisit un profond bouleversement dans l'âme de O. Falg qui fit de lui un partisan convaincu de la réalité de la Pentecôte. Quelque temps après sa conversion, il fut baptisé d'eau par un pasteur danois dans une église appelée « Le Tabernacle » à Paris. En même temps, il « sentit un vibrant appel de Dieu pour évangéliser la France ». Cet appel devait se confirmer après une année d'étude biblique à l'Institut biblique d'Elim à Londres, sous la direction de George Jeffteys. Au cours d'une réunion missionnaire qui eut lieu au collège, une jeune missionnaire anglaise travaillant en Chine et amie infime de Mlle Biolley, parla aux jeunes étudiants et leur montra à quel point la France avait besoin de jeunes ouvriers consacrés pour « la moisson d'âmes ». Elle se fit l'interprète de l'appel émouvant dont l'avait chargée Douglas Scott : « Venez en France nous aider ! Nous avons besoin d'ouvriers, baptisés du Saint-Esprit et zélés pour le salut des âmes. Nous leur demandons de nous rejoindre afin de nous aider dans notre travail missionnaire en France ». O. Falg raconte : « Cet appel poignant me fit pâlir d'émotion et j'eus la conviction profonde que cet appel s'adressait à moi personnellement ». L'évangéliste George Jeffreys invita ceux qui se croyaient concernés par cet appel à s'avancer. O. Falg vint au premier rang, s'agenouilla et consacra sa vie pour le grand champ de mission qu'était la France. L'imposition des mains par George Jeffteys « me donna, dit-il, une grande assurance et remplit mon coeur de paix ». Quelques semaines plus tard (en novembre 1930), il se rendit au Havre où il rencontra D. Scott. En voyant ce dernier, O. Falg eut l'impression de se trouver en présence d'un officier.

Il raconte la scène comme suit : « Après m'avoir examiné de la tête aux pieds, D. Scott me posa des questions courtes et précises : « Né de nouveau ? » « Oui » « Baptisé d'eau ? Pas seulement quelques gouttes d'eau sur la tète alors que vous étiez un bébé ? », « Oui, à l'Eglise baptiste du Tabemacle à Paris ». « Baptisé du Saint-Esprit ? » « Oui ». « Comment le savez-vous ? » « Par le fait que j'ai parlé en langues et que je me suis senti indiciblement heureux! ». Satisfait de mes réponses, D. scott se mit à rire de bon coeur et dit en français : « Très bien, bon pour le service ! » En résumé, les débuts de la Pentecôte en France furent insignifiants. Les quelques réunions pentecôtistes disséminées ça et là et indépendantes les unes des autres, le travail accompli par l'Eglise apostolique britannique, ne constituaient que quelques gouttes d'eau dans l'océan du catholicisme. Bien que n'étant pas pentecôtiste, mais très intéressée par ce mouvement, Mlle Biolley et son hôtel le Ruban bleu servirent de point de départ au développement futur de la Pentecôte en France. Elle qui avait rencontré D. Scott en 1927 et avait vu les fruits de son ministère, l'invita à revenir au Havre. L'arrivée de D. Scott en janvier 1930 marqua le début d'une longue période d'évangélisation intensive et fructueuse dans toute la France.

Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Douglas Scott. Un thème important et qui revient souvent sous sa plume est celui de sa conception de la « mission ». D. scott faisait de « mission » le synonyme de devoir ou d'obligation, il aimait à insister sur la mission ou l'obligation que Christ avait laissée à l'Eglise. Autrement dit, la mission de l'Eglise était de prêcher l'Evangile aux « hommes, femmes et enfants qui sont sous l'empire de Satan ».

Sa position, toute simple, sur l'Eglise, était étroitement liée à sa position doctrinale. En conséquence, il plaidait pour un retour aux pratiques et aux croyances de l'Eglise du premier siècle. « L'Eglise, disait-il, n'est pas faite de briques et de pierres, elle n'est pas faite par l'homme, ni projetée par lui ; c'est une institution établie par Dieu ». Le Nouveau Testament fournit le seul modèle valable pour l'Eglise.

Les écrits et paroles de Scott eurent des incidences durables et profondes sur le mouvement de Pentecôte en France. Pour ce qui est des principes théologiques et moraux, un seul texte doit servir de base : la Bible. Celle-ci, interprétée dans un fondamentalisme absolu, est considérée comme étant véridique dans ses moindres détails. Chaque aspect du mouvement trouve sa justification dans au moins une citation de l'Ecriture, et même parfois, plusieurs. Pour les pentecôtistes, tout nouveau converti doit être « sauvé », c'est-à-dire « né de nouveau » et ensuite « baptisé d'eau ». Ils mettent en outre l'accent sur une expérience distincte et complémentaire qui est (celle gories humaines ???) sont d'égale importance puisque tous les hommes sont perdus spirituellement. La jeunesse d'aujourd'hui représentant les conducteurs de demain, il convient donc de donner une certaine priorité aux organisations qui s'occupent de la jeunesse. De même, les pentecôtistes français sont conscients de la nécessité d'ensemencer les champs missionnaires de la doctrine de Christ, aussi donnent-ils une grande importance à l'oeuvre missionnaire en terre étrangère.

En outre, ils déclarent posséder la vérité spirituelle qu'ils désirent faire partager aux autres : en conséquence, leur programme missionnaire à l'étranger est basé sur ce partage de l'Evangile avec les autres. Les pentecôtistes français ont établi un organisme chargé de coordonner les efforts d'évangélisation à l'étranger. S'efforçant de mieux faire connaître cette vérité spirituelle en France comme à l'étranger, le mouvement étudie avec soin les moyens à employer. Pour les gens cultivés, la littérature a été et reste le moyen le plus efficace, mais pour atteindre le grand public que ne peuvent toucher ni les pasteurs, ni la page imprimée, les inventions de la technologie moderne conviennent mieux. La radio, et plus récemment encore, la télévision, permettent d'atteindre un auditoire qui se chiffre par millions. Désirant continuer à répandre le message de Pentecôte avec plus d'efficacité, la Convention nationale, après s'être penchée sur l'utilité de ces organes de propagande, décida de continuer à les exploiter. Au cours d'une de leurs conventions, les Assemblées de Dieu ont défini de façon concise leur conception de l'évangélisation : « Un mouvement sans mission court à sa perte ». La mission de la Pentecôte est donc de gagner de nouveaux convertis.

Au cours de ses cinquante années d'existence, le mouvement de Pentecôte en France, poussé par un intense désir de suivre l'ordre de Christ, a répandu le message évangélique dans toutes les régions de France. De plus, non content de maintenir la vérité spirituelle en France, le mouvement a fait connaître cette vérité, grâce à un programme missionnaire très intensif, aussi bien aux pays de l'Europe libre qu'aux autochtones d'autres parties du monde. Le succès des pentecôtistes est dû à leur esprit d'entreprise, soutenu par une doctrine solide qui trouve son expression dans un culte dés simple.

L'unique objectif de Douglas Scott en venant en France était d'apporter le réveil de Pentecôte aux Eglises protestantes de ce pays. A cet égard, ses efforts ont été partiellement de succès ; en effet, quelques Eglises baptistes et acceptèrent le message ; d'autres, par contre, le refusèrent nécessité de donner aux nouveaux convertis une spirituelle entraîna la création des Assemblées de Dieu de France que les Français ne considèrent pas comme une (conte» Sion ???) séparée, mais comme une partie du mouvement de Pentecôte mondial. Dès les débuts du mouvement en France, D. Scott, très sagement, en confia la direction aux Français qui l'ont jalousement préservée de tout contrôle étranger. Ne reconnaissant aucune autorité ecclésiastique supérieure à l'assemblée locale, les Assemblées de Dieu sont toutefois étroitement liées entre elles par un esprit fratemel et par le désir réciproque de répandre le message de Pentecôte en France et à l'étranger, dans la mesure où les moyens financiers et le personnel disponible le permettent. Il existe maintenant en France une Union nationale des Assemblées de Dieu de France. L'établissement d'un credo de vérités fondamentales leur a évité des divisions sur le plan doctrinal. Cette absence de divisions a eu un effet très salutaire car les querelles doctrinales ont toujours été réduites au minimum et l'unité du mouvement a impressionné les leaders des autres confessions ; ainsi, le message de la Pentecôte intégral a pu être largement répandu.

Les pentecôtistes français ne demandent pas d'où ils viennent, ni où ils vont. Ils connaissent leur origine et leur destinée. Face aux 36 000 localités françaises et aux nombreuses régions non encore évangélisées, leur tâche est clairement définie. Tant qu'il se trouvera un lieu non touché par l'Evangile, de manière infatigable, ils ouvriront une annexe après l'autre, tiendront des campagnes d'évangélisation et multiplieront les moyens pour atteindre leurs compatriotes. Pour les pentecôtistes, la France est un pays qui lance aux jeunes ce grand défi spirituel : « Relever le manteau d'Elie », regarder le maître qui disparaît à leurs regards et demander à être revêtus de puissance pour s'avancer dans le désert des « âmes qui attendent ». Il existe suffisamment de place pour que tous puissent travailler. Comme il y a encore beaucoup à faire, il ne reste guère de temps pour s'enliser dans des factions ; même si parfois, les discussions aux conventions ont semblé déboucher sur une division, il ne faut pas oublier que les français sont des individualistes très enclins à discuter et à argumenter. Une discussion ouverte et franche des questions à débattre est un facteur vital qui leur permet de préserver leur unité.

Le mouvement de Pentecôte en France a exercé une profonde influence dans trois domaines : ii il s'est implanté dans la classe ouvrière ; 2) il a pénétré parmi les Tsiganes ; 3) il a donné une impulsion spirituelle nouvelle au sein des Eglises protestantes, en particulier au sein de l'Eglise réformée de France.

Ces Eglises, ainsi que l'Eglise catholique, ont remarqué l'avance rapide enregistrée par le mouvement et son caractère militant. En fait, beaucoup de protestants confessent ouvertement que les pentecôtistes sont les seuls à faire des progrès en France. C'est pourquoi quelques groupes protestants se demandent pourquoi et comment les pentecôtistes français sont devenus en l'espace de quarante ans la confession protestante la plus importante en France ; ce à quoi les pentecôtistes pourraient répondre : « C'est grâce uniquement à la prééminence que nous accordons au Saint-Esprit, qui nous revêt de puissance et nous dirige ».

Toutefois, une analyse plus précise fait découvrir une explication qui cerne de plus près la réalité. Les facteurs qui ont contribué à cette croissance rapide comprennent aussi leur organisation, leur dévouement, leur idéologie et leur enthousiasme. Le message se répand grâce à la radio, à la télévision et à la diffusion de littérature. La communication de ce message est étroitement liée à l'organisation générale du mouvement en vue de son expansion. Sous le terme « d'évangélisation personnelle », les pentecôtistes apprennent à gagner leurs voisins, leurs amis, leurs parents ou leurs collègues de travail et sont fortement encouragés à le faire. Ils forment un groupe profondément engagé, motivé par une riche expérience religieuse, désirant que d'autres puissent faire la même expérience et posséder ce qu'ils ont découvert. L'efficacité de leur idéologie vient moins de la doctrine que de leur certitude. Le pentecôtisme se caractérise par ce jugement lapidaire : « Ou bien on est pour nous, ou bien on est contre nous ». En conséquence, ils préconisent une vie sainte, sans ascétisme rigide.

Convaincus que l'avenir leur appartient, ils promettent au croyant, selon les Ecritures, une part dans le contrôle de la future cité terrestro-céleste et dans les récompenses qui seront accordées. En retour, cette foi dans un avenir positif engendre chez le chrétien un sentiment de valeur et de puissance personnelle. Chez les pentecôtistes, il existe un certain fatalisme positif, convaincus de la véracité de leur message, ils affirment que Dieu leur donne la puissance nécessaire pour accomplir Son oeuvre, qu'il les dirige et que les oeuvres suivent la foi.

Les croyants sont convaincus que s'ils ne peuvent pas atteindre un certain but sur la terre, c'est que Dieu, tout au moins pour un certain temps, ne le permet pas. S'ils rencontrent des obstacles ou subissent une défaite, ils s'en remettent tout simplement à la volonté divine. Dans l'oeuvre qu'il accomplit pour Dieu, il est difficile à un pentecôtiste d'accepter l'échec. Il considère l'échec, de façon naïve, comme l'occasion de « faire le point », d'être « fort dans le Seigneur », et de s'avancer dans une autre direction.

Le pentecôtisme, à l'instar de certains groupes socio-religieux de différentes époques, a été remarqué pour son attirance vers les classes sociales défavorisées et pour son dévouement à leur égard. Il n'est donc pas surprenant que ces derniers aient volontiers accepté le message de D. Scott. Ceux qui avaient peu ou pas d'espérance dans cette vie furent attirés. ceux qui n'avaient ni appui social, ni idéologie, trouvèrent dans son message ce qui pouvait combler le vide de leur vie. De même, toutes les personnes qui étaient déçues par leur expérience religieuse, virent alors la satisfaction spirituelle se développer dans leur Eglise. Quant à ceux qui voyaient se développer un esprit de mondanité, le pentecôtisme les invitait à une réforme personnelle, réalité tangible que Dieu attendait de Son peuple.

Aujourd'hui, on remarque un changement dans l'appartenance aux diverses classes sociales. Les enfants de parents pentecôtistes font des études universitaires et embrassent des professions libérales. A la limite, on trouve tous ceux qui se joignent au mouvement parce qu'ils sont déçus par la vie, leur religion ou leur vocation. Le pentecôtisme a fait une brèche parmi loi intellectuels et le temps nous révélera si cette tendance doit subsister ou disparaître.

Lors d'une interview exclusive accordée une année avant sa mort, on demanda à D. Scott ce qu'il pensait de l'avenir du mouvement en France. Il répondit qu'à son avis, l'avenir dépendrait de la façon dont les Français continueraient à se « laisser conduire par l'Esprit ». S'ils le refusaient, dit-il, le résultat serait le même que pour les réveils des temps passés. « Le mouvement deviendrait statique ; il ne serait donc plus un mouvement, mais un monument ». Il laissa libre cours à ses préoccupations en la matière, en ajoutant que le mouvement ne serait plus alors qu'un témoin muet du « réveil qui avait eu lieu mais n'existait plus ». D'autres, faisant aussi part de leur inquiétude, reconnaissaient, que pour que le mouvement demeure spirituel, les pasteurs et les laïques devraient retrouver la « ferveur de l'esprit de prière, renoncer au monde et se consacrer au Seigneur, comme c'était le cas dans les années trente ». Toutefois il est un autre problème qui se pose, celui de savoir si « le pentecôtisme français n'approche pas de son apogée ».

Une analyse de la croissance du mouvement de Pentecôte indique que, pendant les trente à cinquante premières années, le taux de croissance a été extraordinaire. D'une part, tout mouvement qui commence par un petit nombre voit son pourcentage de croissance diminuer obligatoirement au fur et à mesure que le nombre de ses disciples augmente. D'autre part, lorsque la ferveur d'un mouvement diminue et que le statut social et économique des participants s'améliore, il en résulte une certaine stagnation. Les pentecôtistes français pourront peut-être éviter la stagnation en gardant leur ferveur et leur enthousiasme, en se laissant moins accaparer par le « bon entretien des rouages de l'organisation » et en ranimant constamment en eux l'écho des paroles de Christ : « Allez. . .prêcher la bonne nouvelle . . . Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru ».

Un danger très subtil guette les pentecôtistes. Comme ce fut le cas pour d'autres fondamentalistes, le mouvement est en danger de devenir prisonnier de son propre système doctrinal.

La doctrine fondamentaliste, à cause du dogmatisme qui lui est inhérent, limite la libre recherche et la poursuite de la vérité, emprisonnant ainsi ses adeptes. Les Français, toutefois, sans éviter complètement cette contrainte virtuelle, ont très nettement déclaré qu'ils n'étaient pas fermés à la vérité et les pentecôtistes devraient continuer à la poursuivre.

Quel que soit l'aboutissement final du pentecôtisme, c'est un fait certain qu'en quarante ans, le mouvement a exercé une profonde influence sur la scène religieuse en France.

Jesse Lyman Hurlbut "l'histoire de l'Eglise Chrétienne" (Editions Vida)






Pour vous préparer à rencontrer Dieu,

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